Je suis ordinaire, le court-métrage poignant contre le viol conjugal

D’après une enquête de l’association Mémoire Traumatique et Victimologie datant de 2015 réalisée avec l’aide de l’UNICEF France, plus de 80% des agresseurs responsables des plaintes de viols sont des proches des victimes. Pourtant, le sujet reste encore tabou et beaucoup ne considèrent toujours pas le viol conjugal comme tel.

Deux minutes. C’est le temps qu’il a suffit à Chloé Fontaine, la réalisatrice, pour dépeindre de manière glaçante la scène d’un viol conjugal. Le court métrage est d’autant plus difficile à regarder qu’il marque par son histoire à priori banale : celle d’un couple, en pleine intimité, décidant du film qu’ils s’apprêtent à visionner. Le choix se porte sur Irréversible, seul bémol, cet avis ne va que dans un sens. Le ton est donné.

« Si rien ne vous choque, c’est que vous êtes l’un des deux. » Voilà comment Chloé présente son oeuvre à la compétition du Nikon Film Festival en janvier 2017. Interrogée par le Huffington Post, elle explique que son objectif principal était d’apporter une réponse à toutes les femmes qui se sont déjà interrogées quant à leur potentielle position de victime. Une démarche louable qui se conçoit ! Concernant le viol conjugal, la plainte est classée sans suite dans 90% des cas et de manière générale, au moins 40% de la population estime que la responsabilité d’un violeur est atténuée si la victime a eu une «attitude provocante» en public. Des résultats lourds et dér(g)outants qui en poussent plus d’une à se terrer dans le silence et qui, pour certaines, n’ont peut-être même pas conscience de la gravité des faits.

L’histoire

« T’es belle », ou comment une simple phrase censée flatter et apporter du baume au coeur finit par se transformer en véritable cauchemar. Loin d’être anodine, pleine de sous-entendus, celui qui la prononce ne démord pas de son objectif malgré le refus catégorique de sa petite amie. À ce moment, on comprend vite qu’on va assister à «l’irréversible». Devant l’obstination acharnée de son conjoint, qui va jusqu’à employer la carte du chantage émotionnel – « Tu m’aimes plus c’est ça? » -, la jeune femme qu’interprète la réalisatrice capitule et ne semble plus avoir de choix. Fin de l’acte, baisser du rideau.

Rappeler l’essentiel

Ce coup de poing visuel fait réfléchir quant à la position du violeur/de la violeuse qui n’a pas forcément conscience d’en être un(e) au moment de l’acte. En effet, ici, on devine par exemple que l’homme est amoureux de sa partenaire et en couple avec elle depuis un moment. Il ne semble pas du tout mesurer l’impact de ce qui vient de se produire, ni les retombées psychologiques que cela engendrera, alors qu’il vient subitement de devenir son bourreau.

Alors pourquoi un tel manque de réflexion ? Pourquoi imagine-t-on spontanément qu’après cette scène, la vie reprendrait son cours comme si de rien n’était, le couple lancerait son film dans une banalité extraordinaire et ni la femme, marquée, ni l’homme, satisfait, ne reviendraient plus jamais sur cet évènement ? Aussi, combien de fois ce schéma a-t-il pu arriver ? À toutes ces questions, des réponses évidentes : c’est la volonté indéniable de garder le sujet dans l’ombre ainsi qu’un manque crucial de communication qui font que les gens se retrouvent mal informés et ne réalisent pas à quel point leur comportement peut s’avérer nocif.

sans oui c'est non
Campagne de prévention sur le consentement sexuel (Crédit : http://www.harcelementsexuel.ca)

L’émergence de nouvelles plateformes

Grâce à ce court-métrage, Chloé Fontaine a très certainement pu permettre à certain(e)s de mieux comprendre l’enjeu du viol conjugal, à quoi il s’apparente et pourquoi il est si important de se poser les bonnes questions. Mais elle a surtout su placer le sujet sous le feu des projecteurs, en faisant découler de Je suis ordinaire une multitude d’articles oscillant entre paragraphes préventifs et piqûres de rappel indispensables.

Comme elle l’explique parfaitement : «Il y a des viols qui sont ‘admis’, qui sont ‘tolérés’, qui sont dédramatisés voire décrédibilisés». «Les gens ne peuvent pas croire qu’un mari puisse violer sa femme.» Voilà ce dont résulte le manque d’enseignement évoqué plus tôt. Heureusement, à l’heure où Internet domine et où les réseaux sociaux pullulent, on a vu accroitre des pages telles que Paye Ton Couple (définition officielle sur Tumblr : «Témoignages de sexisme et de violence dans toute relation amoureuse ou sexuelle, y compris au sein du couple.»), des articles, des campagnes fondées par des collectifs féministes contre le viol … De belles avancées mais qui, malheureusement, ne sont pas encore assez vantées ni encouragées.

De l’importance du partage

C’est en partageant, en écrivant, en en parlant encore et encore autour de soi que les choses pourront commencer à bouger sérieusement. Tant que le tabou persistera, il existera des hommes et des femmes qui ne comprendront pas ce qui leur arrive/ce dont ils sont responsables. Les faits sont pourtant bien réels et leurs répercussions ne sont pas à prendre à la légère : à l’heure actuelle, trop nombreux sont ceux qui estiment que «les hommes ne savent tout simplement pas résister à leurs pulsions», que «c’est dans leur nature» (ce qui justifierait les actes et la situation), que «les femmes ayant naturellement moins d’appétit sexuel que leurs compagnons doivent se résoudre à se forcer de temps en temps si elles espèrent pouvoir préserver leur relation» et que de manière générale, un viol n’en est pas un dès lors qu’il y a union.

Autant de clichés ancrés et dangereux qu’il est grand temps de venir dézinguer une bonne fois pour toutes.

schéma
(Crédit : Paye Ton Couple)

Peut-être êtes-vous ou avez-vous des proches à qui cela est arrivé, c’est pourquoi nous vous rappelons une dernière fois l’importance du partage, que ce soit articles ou autres supports témoignant du viol conjugal. Prévenir son prochain, c’est la manière la plus sûre d’informer du sujet, mais surtout, vous contribuez à aider des âmes potentiellement en détresse et en quête de réponses. Let’s do it guys, on compte sur vous !

Crédit photo à la une : capture d’écran du court-métrage Je suis ordinaire de Chloé Fontaine

Tifaine PIMENTEL

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