Erwann Menthéour, Christ moderne ou businessman du bien-être ?

Vendredi 2 juin à 17h30, la Fnac de Lille Centre a organisé une rencontre avec le célèbre Erwann Menthéour. Cet ancien cycliste de presque 44 ans, reconverti dans le coaching personnel en sport et nutrition, est notamment connu pour ses ouvrages dans lesquels il dénonce le système industriel et agricole actuel. Jollies Magazine s’est rendu à cette rencontre.

La salle est presque vide à 17h26. Deux fauteuils noirs sur fond rouge, une ambiance intimiste d’interview « dans le canapé ». On entend des voix, il arrive. Veste noire et jean, casual décontracté comme on dit. L’interviewer s’assoit et engage les questions. La première porte sur le retrait des Etats-Unis de l’accord de Paris. Erwann Menthéour dénonce ce comportement et fait part de son anxiété par rapport à l’avenir de la planète : « La situation est catastrophique, dit-il. Il y a trois ans, j’ai rencontré Jean Jouzel qui était alors le patron du GIEC [Groupement International des Experts sur le Climat – ndlr]. Il disait que si l’on prenait 2°C d’ici 2050, on assisterait à la plus grosse catastrophe climatique mais également sociétale. Le nombre de migrants qui fuient la Syrie aujourd’hui ne représente rien par rapport à celui des réfugiés climatiques d’ici quelques années. Or si l’on en croit les prévisions actuelles, ce ne sont pas 2 mais 5°C que l’on va prendre d’ici 2050. Dans 130 à 150, la plus grande extinction de masse aura lieu. Toute forme de vie disparaîtra de la surface de la Terre. » La réponse a le mérite d’être claire, glaçante comme la banquise. Malaise dans la salle. C’est après que ça se gâte.

« Arrêtez de donner de la merde à votre corps »

L’approche d’Erwann Menthéour se veut globaliste comme l’est celle de la naturopathie par exemple. Il ne s’agit pas de traiter le symptôme mais d’en chercher la cause et de s’y attaquer. Or le carburant de notre corps, c’est bien l’alimentation. La pensée de l’auteur se résume donc ainsi : manger, bouger, dormir. Ce sont, selon lui – et selon bien d’autres spécialistes, les piliers d’une bonne santé.

La plus grande révolution médicale de ces dix dernières années est la découverte des microbiotes, c’est-à-dire de l’ensemble des bactéries qui vivent dans notre intestin. Ces bactéries peuvent à elles seules nous protéger des maladies inflammatoires que sont les cancers, le diabète et les maladies auto-imunes, de même que certaines maladies mentales (autisme, azeihmer…). Or les microbiotes seraient détruits par les pesticides, les antibiotiques et les OGM que l’on trouve principalement… dans la viande et les produits laitiers (de vache notamment). La solution est assez claire et simple pour Erwaan Menthéour : il ne faut manger ni viande ni produits laitiers de vache, et consommer des fruits et légumes du bio et exclure tous les produits industriels et transformés.

Cette solution que l’on peut considérer un brin radicale a pourtant l’avantage d’être bénéfique pour le corps et pour la planète. L’auteur explique : « Quand je parle de protection de l’environnement, on me répond toujours : “Mais je fais des efforts, je trie, j’éteins la lumière quand je quitte une pièce, je ferme le robinet pendant que je me savonne ou me brosse les dents… » Seulement ça ne suffit pas. En éteignant le robinet par exemple, on économise 120 L d’eau par an en moyenne. Mais le steak que vous mettez dans votre assiette le midi, ça équivaut à des tonnes d’eau. »

Faire la guerre aux politiques et aux industriels

Erwann Menthéour se décrit comme un altermondialiste humaniste. Selon lui, il n’y a pas de théorie du complot mais un engrenage néfaste causé par le capitalisme et l’ultralibéralisme. Ainsi, c’est ce modèle qui met les hommes dans des cases et condamne tout une partie de la population : « C’est les bons devant, les autres derrières. Si tu es faible, c’est tant pis pour toi. Ce système prévaut partout en Europe, mis-à-part dans les pays scandinaves. »

L’auteur dénonce également un problème important : celui du lobbying. La culture française fait que l’on parle peu des lobbies – aussi appelés groupes d’influence – alors que ceux-ci sont très présents dans le pays. Nombre de ces lobbies sont regroupés au sein de l’ILSI [Institut international des sciences et de la vie – ndlr]. Fondée à l’origine par des l’industrie du tabac, cette organisation regroupe aujourd’hui les lobbies de l’alimentation, mais aussi de la santé (avec des groupes tels que Bayer, vous savez, “Science for a better life”). Actuellement, 70% des publications scientifiques officielles émanent de l’ILSI. Difficile, dans ces conditions, de se tenir réellement informés des tenants et aboutissants de la science.

Ainsi, ce sont ces lobbies qui nous empoisonnent réellement. Erwann Menthéour explique, sur un ton glaçant, comment l’industrie agro-alimentaire s’applique à rendre les consommateurs accros à leurs produits : « Grâce à des calculs extrêmement complexes, on peut déterminer quel niveau maximal de sucre le cerveau humain peut supporter. En l’associant à la juste de dose de sel et de gras, on obtient un cocktail aussi addictif que les drogues dures. » (C’est le moment où toi, lecteur, qui parcours cet article un paquet de chips à la main, le regarde d’un œil totalement différent.)

Ces deux points rejoignent ainsi le principe de sa démarche : manger des produits entiers, biologiques et écologiques, bannir les produits industriels et remettre l’humain au cœur des préoccupations.

Entre science et sentiment

Dédicace 2Le problème du discours d’Erwann Menthéour, c’est qu’il allie pathos et logos de manière un peu trop brutale et voyante. Il cite des données scientifiques, puis pose des questions rhétoriques pour toucher ce qui fait mal : « Pourquoi vous faites manger de la merde à vos enfants ? Vous aimez votre chien, alors pourquoi vous mangez du cochon ? »

Le fond du discours est vrai et pertinent : la planète est en danger, l’Homme est en danger, les animaux souffrent et s’éteignent peu à peu. Cependant, on sent dans les paroles de l’écrivain, celles du coach. « On ferait tout pour nos enfants hein ? Moi j’ai une fille qui a failli mourir à la naissance et qui est malentendante aujourd’hui. Mais elle est vivante. (…) Quand mon frère est mort, j’ai compris que je devais mériter de vivre. » La voix basse et chaude, vibrante, les yeux mi-clos. On ressent une sorte de gêne à l’écouter ainsi.

Son discours est galvanisant, prenant. Il cite Coluche « Quand on pense qu’il suffirait qu’on n’achète plus que ça ne se vende plus ! », Gandhi « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Les punchlines fusent : « Votre carte de crédit est votre arme de construction massive ! », « Soyons des guerriers pacifiques ! », « VOUS êtes le pouvoir ! »

Quand le gourou se laisse déborder par les incohérences

Quand vient le temps des questions du public, Erwann Menthéour semble un peu moins à l’aise. Il répond souvent à côté, en ânonnant les mêmes formules, tirées de ses livres. Et il se perd un peu dans ses incohérences.

Ainsi, il considère que le véganisme « va beaucoup trop loin et est vraiment extrême ». Lorsque l’on a entendu son discours tout au long de la conférence, on s’étonne de ce jugement. Plus surprenant encore, Erwann Menthéour, qui se dit végétarien, mange en réalité du poisson et des fruits de mer. Cela ne pose pas de problème en soi ; en revanche, cela étonne, au vu du discours de l’auteur.

Par ailleurs, il refuse de considérer le fait que ces considérations puissent entraîner une psychose autour de l’alimentation, d’où peuvent découler des TCA [Troubles du Comportement Alimentaire – ndlr]. Erwann Menthéour fait semblant de ne pas comprendre : « On ne va pas continuer à mentir aux gens parce que la vérité les angoisse ». Et lorsque l’on avance que ce n’est pas l’objet de la question, il répond, les yeux dans les yeux « Si, je vois très bien de quoi vous parlez ». Donc… quid de l’anorexie, de l’orthorexie ?

Quand, au moment des dédicaces, l’auteur conseille à une adolescente de faire un jeûne ou une monodiète afin de repartir sur de bonnes bases, le sentiment de malaise de nos rédacteurs s’accentue. Le doute s’installe un peu, l’agacement aussi. Décidément…

Dédicaces

Et finalement, quelques minutes après, Erwann Menthéour s’exclame, en secouant sa veste : « Il fait chaud là non ? Vous pourriez augmenter la clim’ ? » Hum… êtes-vous sûr que ce soit vraiment écologique, monsieur Menthéour ?

Mathilde BERG

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