H&M Conscious : vraie avancée ou poudre de perlimpinpin ?

Vous les avez sûrement remarquées, ces petites étiquettes vertes accrochées à certaines pièces de la marque H&M, preuve d’un vêtement éco-responsable, souvent fait en coton recyclé. Vous vous demandez si le groupe tente réellement de sauver la planète ou s’il essaie simplement de récupérer les parts de marché laissées vides par les amateurs de tissus non-produits par des enfants qui ont déserté les magasins du groupe ? Nous aussi.

Petit lexique pour débuter sur de bonnes bases:

Fast fashion : Produire et vendre en un temps record des collections sans cesse renouvelées. A la place de deux saisons « traditionnelles » (printemps/été et automne/hiver), vous en retrouvez une trentaine par an. Grande spécialité des grands groupes, comme H&M, qui tentent ainsi de se démarquer en se renouvelant sans cesse.

Eco-responsable : L’inverse, pour faire simple. Simplement le fait d’essayer de respecter l’environnement au maximum, en utilisant des techniques ou des produits laissant très peu de traces (biodégradables, sans produits chimiques, non-testés sur les animaux, etc.) Ne veut toutefois pas dire vegan ou bio, qui sont des moyens d’être éco-responsable distincts et différentiables. Être vegan revient à ne rien utiliser venant d’un animal (dans la mode le cuir, la laine ou même la soie). Les produits bio sont, eux, dits naturels, ou sans produits chimiques et pesticides.

Les deux semblent ne pas s’accorder, selon vous ? Apparemment pas pour H&M, pourtant deuxième plus grand groupe de prêt-à-porter au monde, ayant vendu pour quelque 23 milliards d’euros de produits en 2016 (selon le rapport officiel du groupe, ouvert au public, uniquement disponible en anglais). L’industrie de la mode étant un des plus gros polluants aujourd’hui, le mélange laisse un goût amer en bouche.

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Capture d’écran du rapport 2016 de la marque. « Il a toujours été important pour nous d’agir pour rendre possible l’appréciation et l’accès à la mode, pas seulement pour nous aujourd’hui, mais aussi pour les futures générations. »

En pratique, ça donne quoi?

Le côté éco-responsable de la marque est développé avec divers projets, tous expliqués dans le rapport annuel de la marque et sur le site dédié.

Parmi eux, on retrouve l’utilisation d’énergie recyclée dans les magasins et usines de la marque, la part de coton venant de sources « éco-responsables » (augmentant et passant à 43% cette année) ou encore les baskets fabriquées à partir de plastique. Rien à dire, sur le site, tout est beau, propre et les interviews des différents chefs de projet, patrons de la branche éco de la marque ou même le PDG d’H&M vantent très bien les avancées écologiques faites par la marque. De plus, l’équipe va même jusqu’à avouer ses torts, en annonçant par exemple que certains objectifs n’ont pas été atteints cette année, le tout intégré à des tableaux, graphiques et autres datas très sérieux.

Mais du coup, il est où le souci ?

Effectivement, en s’en tenant simplement aux promesses et aux écrits de la marque, la vie est belle et H&M essaie réellement de faire bouger les choses. MAIS, parce que oui, il y a un mais, regardons ces initiatives de plus près.

  • Le recyclage

Recycler ses vêtements troués, donner ceux que l’on ne porte plus à des associations, permettre aux plus démunis de s’habiller, ces idées plaisent, et le groupe l’a compris. En proposant à ses clients de ramener de vieux habits, ils bénéficient, en échange de leur geste, de jolies réductions dans les boutiques du groupe, non cumulables, of course.

Alors oui, l’idée de permettre aux gens de rendre des vieilles fringues en magasin plutôt que de les voir les jeter dans la poubelle de leur cuisine est un beau geste, mais les bons de réductions en échange, vraiment ? Proposer aux gens de faire de la place dans leurs placards pour leur permettre de les remplir à nouveau, un joli cercle vicieux, n’est-ce pas ?

De plus, si aujourd’hui la marque se vante d’avoir plus de 1 000 tonnes de dons par an, c’est approximativement ce que le groupe produit en… deux jours. Une autre vision de la chose en somme. Plus ironique encore, le recyclage de ces produits prendra environ 12 ans par 1 000 tonnes récupérées, et tous ne seront pas réutilisés ou même recyclés. Mais ça, on ne l’explique pas vraiment aux clients le jour des collectes.

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Capture d’écran du rapport 2016 de la marque présentant quelques chiffres, notamment l’objectif d’attendre 100% de coton éco-responsable d’ici 2020 ou les 39 000 tonnes de vêtements collectés depuis 2013.
  • Le coton recyclé

La collection éco-responsable joue la carte du bio et du recyclé, surtout pour son coton. Mais sachez qu’un kilo de coton peut demander jusqu’à 20 000 litres d’eau, soit un t-shirt et un jean. Doit-on vraiment en dire plus ? Qu’il soit recyclé ou non, si on compte approximativement le nombre d’habits vendus (plus de 600 millions par an selon différents sites), imaginez le nombre de litres d’eau utilisés…

De plus, dans les rapports de la marque, il est expliqué que le coton biologique ne représente qu’1% du coton mondial, et que 70% de la production est faite à base d’OGM. Il est également écrit qu’il n’y « aura plus que trois types de coton chez nous. Le coton biologique – pas de pesticide, pas d’engrais chimique – le coton issu de la Better Coton Initiative – pas bio mais qui nécessite 20% d’eau en moins, 50% de pesticides en moins et qui accompagne socialement les producteurs – et le coton recyclé. » Donc, en lisant entre les lignes, on comprend que le groupe n’utilisera qu’une petite partie de coton recyclé ou bio, tant adulé et vanté sur ses étiquettes.

  • Les conditions de travail

C’est, comme beaucoup de groupes et de marques, après l’horreur du Rana Plaza de 2013, lorsqu’une fabrique du Bangladesh s’est écroulée, qu’H&M a décidé d’agir. Pétitions, décisions publiques, promesses de participer aux actions luttant contre les sweatshops et contre les mauvaises conditions de travail partout dans le monde, la marque y a été fort. Quatre ans après, certains cherchent encore des résultats.

En effet, la marque n’est propriétaire d’AUCUNE de ses fabriques. Zéro, nada, rien. Si elle promet des visites intempestives pour contrôler ses 1 900 usines à travers le monde, elle avoue elle-même ne pas être capable de tout contrôler. Résultat ? Des actions prises sur le tas au fur et à mesure de l’arrivée d’accidents, et une belle paire d’oeillères made in H&M.

En 2016, une étude menée par the Clean Clothes Campaign, International Labor Rights Forum, Maquila Solidarity Network, and Worker Rights Consortium, montrait que la plupart des usines n’étaient toujours pas à jour lorsqu’il s’agissait de sécurité. 70% d’entre elles manquaient encore de sorties de secours. Ils remarquaient toutefois que des progrès avaient été faits sur place. La totalité des sweatshops avaient par exemple retirés les cadenas de leurs portes, pouvant empêcher les travailleurs de quitter les bâtiments. Un beau progrès en effet…

En conclusion, on achète, ou pas?

Et bien, tout dépend des valeurs que l’on porte. La marque tente effectivement de lutter, comme elle le peut, contre la pollution et contre le gaspillage. Le problème reste et restera toutefois le même : continuer de produire autant de vêtements, efforts ou non, continuera de détruire notre planète.

Alors consommer H&M Conscious restera certainement mieux que de ne rien faire. Il y aura toujours d’autres solutions, consommer local, consommer made in France ou choisir ses vêtements selon des marques luttant contre le fast-fashion, mais tout le monde ne veut pas, ou ne peut pas faire cela, pour X ou Y raisons. Cette marque a l’obligeance d’essayer, contrairement à d’autres. C’est déjà ça.

Pour retrouver la collection, c’est ici. (Promis, on revient bientôt avec une liste d’idées et de boutiques/sites pour pouvoir se passer d’H&M, Conscious, ou pas !)

Claire ABOUDARHAM

 

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