Jeremy Kapone : rencontre avec un artiste accompli, libre et décalé

Paradoxe, bleu-violet et rivière” ce sont les trois mots que Jeremy Kapone utilise pour se décrire. Pourquoi ?  « Je sais pas j’ai fermé les yeux et c’est ce qui m’est venu. » À 27 ans, l’acteur et auteur-compositeur-interprète sort, courant juin, son deuxième EP Aurore. Portrait de celui que Jollies Magazine a pu rencontrer chez Paneka Music/Wagram, sa maison de disques.

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@Jollies Magazine

Jeremy Kapone, révélé dans LOL

Jeremy Kapone se fait connaître du grand public, à tout juste 19 ans, grâce au rôle de Maël, dans LOL (Laughing Out Loud) – de Lisa Azuelos – aux côtés de Sophie Marceau et Christa Théret. Aujourd’hui, le chanteur a encore du mal à se démarquer de l’image de l’adolescent rebelle. Maël est “avec [lui], pour toujours et à jamais”. Mais loin de le déranger, cette image lui collait parfaitement à la peau : “Ce personnage je ne me suis pas déguisé, c’était moi, c’était certes un film, mais au niveau de l’apparence c’était moi, c’était comme j’étais à l’époque, j’ai presque rien changé. C’était y a 10 ans alors j’ai changé, mais c’était qui je suis, qui j’étais et qui je serai toujours. J’étais pas dans un rôle de composition quoi. Je faisais pas Hannibal Lecter, c’était moi en fait.” Un rôle sur-mesure pour le Jeremy alors jeune adulte. Qu’on lui parle de LOL et du personnage de Maël régulièrement, ça non plus, ça ne lui pose pas de problèmes : “Mais vraiment si ça me posait un problème, ma vie serait un problème. Parce que c’est vraiment quotidien.”

Ça fait deux, ou peut-être trois ans, que Jeremy Kapone n’a pas tourné de film. De son propre aveu, le cinéma et lui, “c’est une histoire assez compliquée”. Des rôles, on lui en a proposé beaucoup depuis la sortie de LOL, mais il en a refusé énormément parce qu’il n’est “pas tellement carriériste”. “Je ne me suis pas dit  »je vais faire ces rôles même s’ils ne me plaisent pas pour faire rentrer de la thune, et pour me dire peut-être qu’il y en aura d’autres derrière ». Non, ça ne m’intéresse pas. Au fur et à mesure où tu refuses des films, les gens se disent :  »ouais ok, en fait il n’a plus envie de tourner » mais c’est pas que j’ai pas envie de tourner, c’est juste que j’ai envie de faire des films qui me donnent envie de les faire.” Aujourd’hui, Jeremy Kapone attend juste le bon rôle, celui qui lui redonnera envie de passer derrière la caméra : “J’aime beaucoup le cinéma, mais je crois que j’avais vraiment vraiment envie de me dédier à la composition et l’écriture, c’était vraiment mon univers et j’avais du mal à me dire  »ok, pour faire plaisir à ces réalisateurs, je vais tirer un trait sur mon univers pour aller faire des films qui en fait ne me branchent pas plus que ça ».” Il a préféré rester fidèle à ce qu’il était.

Arrêter le cinéma… pour se plonger dans la musique !

Avant de commencer sa carrière solo, Jeremy Kapone était membre du groupe Kaponz et Spinoza, qui a fini par se dissoudre. Mais la musique, il l’a commencée avec Sacha Spinoza, “le mec avec qui [il a] formé le groupe”. Il a commencé à jouer de la guitare et il s’est rendu compte qu’il arrivait à écrire des chansons. Son gros déclic, il l’a eu en écoutant Jimi Hendrix, vers ses 13/14 ans. C’est là qu’il se dit : “Putain j’ai bien envie d’essayer de faire ça, tout simplement. Pour lui, sa musique, c’est du “folk rock”, mais “en français, c’est toujours un peu compliqué, parce que les gens te disent  »non mais tu fais de la variété parce que tu chantes en français ». Si vous voulez, moi ça ne me dérange pas, mais pour moi je sais que c’est du folk rock.”

Fortement influencé par le surréalisme, Jeremy Kapone est un artiste accompli : auteur, compositeur et interprète, il transporte ses auditeurs dans un univers rempli de fantaisie. Son nouvel EP, Aurore, incarnera parfaitement le désir du chanteur : « Il est assez énergique, il va s’appeler Aurore, comme l’aurore, et j’ai envie de transmettre une énergie assez salvatrice, libératrice ». Pour Jeremy, chacune de ses chansons doit “ouvrir une porte pour l’auditeur qui lui permettrait de se détacher de la terre ferme, d’aller dans la rêverie, dans quelque chose qui est une réalité, à la fois qui existe mais qui est pas tout à fait réelle ». Grand rêveur et aventurier, Jeremy Kapone est loin d’être terre-à-terre « Quelque chose qui est décalé, c’est ça qui me plaît. Je veux exprimer quelque chose de réel mais pas de façon réaliste ». Si le chanteur définit sa musique comme du “folk-rock”, nombreux sont les artistes qui l’inspirent : “Jimi Hendrix, je crois que ça a été ma première grosse claque, après il y a cet auteur compositeur qui est absolument dément, qui s’appelle Tom Waits, il est assez méconnu au niveau du grand public mais c’est une légende ce type. En français Gainsbourg, bien sûr, Bashung, Souchon… Je ne fais pas du rap, mais d’une certaine façon je pense que ça m’a influencé. Et aujourd’hui il y a James Blake qui pour moi est le génie en ce moment, pour l’avoir vu en concert plusieurs fois, c’est incroyable”. Les Beatles, Pink Floyd, Led Zeppelin, les Doors, Radiohead, la musique afro-américaine des années 60/70 ou encore le jazz font partie des choses qui ont marqué les compositions de Jeremy : “C’est large, j’écoute de tout. Tu ne peux pas me dire que je n’écoute qu’un truc’’. Tous ces artistes l’ont beaucoup marqué : “Je trouve qu’aujourd’hui il y a plein de choses super qui se font, mais à l’époque, vraiment, comme il n’y avait pas de machines, les mecs jouaient tellement avec leurs âmes et leurs tripes que tu ne pouvais pas tricher quoi, tu vois. Et je ne suis pas nostalgique du tout, je trouve juste que c’est incroyable. Parce qu’en fait c’est quoi un enregistrement musical ? C’est quelqu’un qui sur la bande va te laisser un sentiment, une sensation, qui vont à jamais rester gravés”.

« Je crois que ma première passion (…) c’était la musicalité des mots »

Outre ses influences musicales, Jeremy Kapone puise son inspiration dans ce qui est sa première passion : la poésie. “Je crois que ça a été ma première passion avant la musique et de toucher à des instruments. Ma vraie passion c’était la musicalité des mots. J’adorais apprendre des poèmes par coeur et les réciter pour mon propre plaisir et pour la beauté de la chose”. Nul doute, Sensation, d’Arthur Rimbaud est l’un des plus beaux. Pour écrire ses chansons et pouvoir s’inspirer de sa vie, il faut vivre plein de choses et toujours aller vers l’aventure. Pour lui, le véritable challenge perpétuel est de trouver les bons mots. “On parle tous la même langue, mais quand tu te mets à écrire soit ils viennent à toi ou soit pas du tout. Si t’as pas ton armée de mots, ton équipe de mots à tes côtés tu peux rien faire. Donc en fait je pense que tout auteur a un peu son univers de mots autour de lui qui fait que d’un coup il va raconter une histoire d’une certaine façon. C’est une recherche permanente, comme un muscle permanent pour un sportif mais avec des mots”. Si la poésie lui permet de composer les textes de ses chansons, on retrouve son penchant pour les peintres surréalistes comme Max Ernst, Joan Miró ou Dalí, à travers ses différents clips. “Ces artistes font que j’arrive pas du tout à me satisfaire uniquement de la réalité et donc à travers mon travail j’accomplis ce fantasme de quitter la réalité et d’en créer une autre”. Dans la chanson “Ton coeur, ton âme et tes dix doigts” sortie dans son premier EP, on retrouve la trace d’un univers coloré, imaginaire et irréel, avec l’apparition des taches de peintures sur l’écran.

Pour lui, l’école, « c’était une forme de boulet« 

À la manière d’un de ses auteurs préférés, Blaise Cendrars, parti de chez lui à 15 ans faire le tour du monde, Jeremy Kapone court après sa liberté depuis son adolescence. Il essaye de s’affranchir des chaînes qui le rendent, d’une certaine manière, prisonnier : “J’ai du mal avec l’idée de me poser en cours, où on m’expliquait que la vie c’était soit faire ses études et trouver un travail très vite ou…, je dis pas que c’est pas bien ou que c’est bien, je dis juste que pour moi ce n’est pas ce qu’il me fallait.” Au lycée, ayant du mal à supporter de rester assis toute la journée, il arrête les cours et finira par obtenir son bac L en candidat libre :  “Pour moi c’était une forme de boulet, être assis il y avait une forme de soumission totale qui m’insupportait et qui me rendait fou. J’utilise ce terme parce que c’était le cas. Ça a développé en moi une vraie révolte. Alors que tu me diras c’était cool, j’étais à Paris, en France. J’avais pas de coups de fouets et on me laissait tranquille. Mais pour moi la vie ne se résumait pas à ça.”

Cette prise de conscience a été une libération pour lui, et aujourd’hui, alors qu’il a “un peu brisé ses chaînes” il lui en reste d’autres : “ Tu trouves toujours des chaînes, y a pas de soucis”. C’est ça qu’il essaye vraiment d’exprimer à travers ses chansons, “c’est de dire  »putain il faut briser les frontières, il faut pas du tout rester cantonné à ce qu’on nous propose » ” !  Pas matérialiste, Jeremy Kapone préfère garder en tête ce qui le rend heureux : “Tout ce qui se rapproche du lien, de la chaîne, de l’appartenance me dégoûte. J’ai besoin de toujours me sentir le plus libre possible.” Alors, pas du tout terre à terre Jeremy Kapone ? “J’essaye le moins possible. Je trouve ça assez facile. C’est une volonté de ma part. Après c’est un des grands problèmes que j’ai au quotidien dans la vie, j’ai beaucoup de mal avec la réalité des choses, et en même temps je suis réaliste sur plein de points, mais j’ai toujours besoin de la transformer dans ma tête.”  

Aller de l’avant… une source d’inspiration

Vous l’aurez compris, Jeremy Kapone est toujours en quête d’une vie idéale, de changements. “Aller de l’avant est un thème récurrent dans mes textes. Surtout pas s’enfermer, de briser les prisons qui peuvent nous entourer. L’habitude, casser la routine et toutes les formes de prisons qui peuvent nous entourer. S’échapper de la terre ferme par l’esprit et l’imagination “. Même s’il écrit seul, pour la plupart de ses chansons, il n’est pas contre le fait de co-écrire : “C’est un exercice assez marrant, parce qu’il te vient des idées que t’aurais pas forcément eu seul. Des mots qui étaient pas les tiens le deviennent, et tu te sens peut-être un peu moins seul aussi, dans le sens où tu te dis  »ah ouais, cette personne ressent aussi ce que je ressens, elle voit ce que je veux dire ». Faire équipe c’est intéressant dans une démarche qui est assez solitaire. La musique l’est moins, mais l’écriture c’est tout d’abord un exercice solitaire’’. Alors que beaucoup d’artistes français chantent en anglais, Jeremy Kapone fait l’inverse, et c’est, une vraie volonté de sa part : “J’écris en français parce que je crois que tout simplement je suis profondément marqué par l’écriture française et l’art”. Mais pour autant, il n’est pas fermé à d’éventuels textes en anglais “Des fois je me dis ‘’Putain je suis con, j’aurais dû chanter en anglais’’. Ça fait partie de moi de me mettre des challenges. Une fois, un super guitariste avec qui j’ai bossé m’a posé la question, et il m’a dit “t’aimes bien chercher la merde”. C’était sa façon de dire t’aimes bien pousser les trucs jusqu’au bout”.  

2 EP, un album… et une tournée !

L’EP de Jeremy Kapone, Aurore, sortira courant juin. Dès septembre, il sillonnera les routes de France à la rencontre de son public, et son album, presque terminé, devrait sortir dans la foulée. Au total, avec ses 2 EP et son album, ce sont près de 20 titres qui ont été enregistrés sur les 200 chansons qu’il avait déjà préparées. Faire un tri, “c’était difficile, il fallait vraiment trouver l’album”.

Finalement, Jeremy Kapone c’est un esprit toujours en vadrouille qui veut faire voyager les autres à travers sa musique… “J’essaye de transporter les gens avec ça. J’essaye, je sais pas si j’y arrive. Puis je me donne toute ma vie pour y arriver. Si j’y suis pas encore arrivé, j’y arriverais peut-être plus tard.”

Camille BRONCHART et Margaux LIDON

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