Eurovision : programmation éclectique sur fond d’affrontements politiques

Alors que la campagne présidentielle en a fait le centre de nombreuses interrogations, l’Europe était samedi, comme chaque année, mise à l’honneur et portée par le concours de l’Eurovision. Entre votes stratégiques et affrontements politiques, Jollies Magazine revient pour vous sur cette compétition emblématique.

Une victoire historique pour le Portugal

La 62ème édition du concours de l’Eurovision vient de s’achever en Ukraine. Après une première sélection lors des semi-finales les 9 et 11 mai derniers, les 26 pays participants qualifiés pour la finale nous ont offert samedi, un spectacle éclectique sur la scène du centre d’exposition international de Kiev. Entre les sons de trompette proposés par Sunstroke Project pour la Moldavie, et le chant tyrolien très remarqué de la Roumanie, c’est un vrai spectacle que l’Europe a pu découvrir.

#tbt to the winner of #Eurovision 2017 and his supporters on the Red Carpet 🇵🇹

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Face à des performances parfois extravagantes, Salvador Sobral, vainqueur de cette édition 2017 rappelle que « la musique, ce n’est pas un feu d’artifice, ce sont des sentiments ». Se distinguant des autres pays, sans artifice et dans un registre mélancolique, ce candidat en attente d’une greffe du coeur a offert au Portugal sa première victoire : une victoire historique. Alors que l’Italie était donnée favorite, « Amar Pelos Dois » (« Aimer pour deux »), la prestation entièrement en portugais de Salvador Sobral, a récolté un total de 758 points et a su convaincre le public européen ainsi que le jury. Et même si Alma, candidate française, a su elle aussi séduire le public européen avec sa chanson « Requiem », cela n’a pas été suffisant : la France décroche la 12ème place.

La volonté d’une Europe nouvelle

Inspiré du modèle du festival du film de Sanremo, le Concours Eurovision de la chanson est crée en 1957. Au coeur d’un contexte géopolitique de guerre froide, la volonté est de créer des liens entre les pays européens. L’Eurovision s’impose alors comme un événement symbolique.

And we're suddenly in Paris thanks to @alma_officiel! Do you like the 🇫🇷 entry? #ESC2017 #CelebrateDiversity #Eurovision

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Aujourd’hui l’un des programmes les plus anciens au monde, le concours n’a cessé d’évoluer et de se réinventer avec l’objectif de faire face à un engouement grandissant. Rapidement, le nombre de participants a ainsi augmenté, passant de 7 à la création du concours, à plus de 40 en 2017. L’invitation exceptionnelle de l’Australie en 2015, et son renouvellement les années suivantes, ont permis à l’événement européen de s’imposer hors des frontières de l’Europe : de nombreux pays comme les États-Unis ou la Chine diffusent chaque année l’événement. Ce concours a d’ailleurs encouragé la création d’autres compétitions de même type en dehors des frontières européennes.

Au cours des soixante dernières années, la participation de certains artistes emblématiques tels que le groupe suédois ABBA avec la chanson « Waterloo » en 1974, a contribué au rayonnement du concours à l’international. C’est d’ailleurs à la suite de la victoire du groupe que l’anglais s’est largement imposé dans les chansons du concours.

L’enjeu pour les participants est avant tout d’être compréhensible pour les autres pays au travers de l’Europe, ce que l’Irlande et la Suède, les deux grands gagnants du concours depuis sa création, ont bien assimilé. Mais est-il seulement question de goûts musicaux ? Si la scène de l’Eurovision est depuis de nombreuses années porteuse de messages sociaux, elle l’est aussi de messages politiques plus ou moins puissants.

L’Eurovision, théâtre de tensions politiques

Programme le plus regardé au monde, l’Eurovision est avant tout une compétition. Une compétition musicale mais également politique. Alors que le concours, accompagné chaque année de paillettes, ne parait pas politique au premier abord, il l’a été dès la première seconde, avec la volonté de faire une Europe unie sur les décombres de la guerre. Le Portugal offre beaucoup de chansons à caractère politique et signe notamment la première réelle contestation du concours en 1974 avec « E Depois do Adeus », qui deviendra l’hymne de la Révolution des Oeillets. Depuis, de nombreuses revendications de différents pays se sont succédé, laissant place à des polémiques variées.

La Russie a ainsi été au coeur de nombreuses critiques de la part des pays européens. Pays hôte en 2009, elle dépense énormément dans l’organisation du concours, une façon d’affirmer sa supériorité sur l’Occident. La même année, alors que la Géorgie refuse initialement de participer au concours pour cause d’intervention russe dans une province géorgienne séparatiste, elle se présente tout de même avec la chanson « We Don’t Wanna Put In ». Le pays est finalement disqualifié, accusé de critiquer le président russe : « Put In » sonne de la même façon que « Poutine ».

Plus récemment, les tensions entre la Russie et l’Ukraine ont elles aussi été mises en lumière sur la scène de l’Eurovision. Lors de l’édition 2016, alors que la Russie est donnée favorite, l’Ukraine l’emporte avec Jamala et sa chanson « 1944 ». Cette dernière évoque la manière dont les russes ont exclu la communauté des Tatars de Crimée et fait écho à l’annexion récente de la Crimée par la Russie. Bien que le pays de Vladimir Poutine proteste et dénonce les paroles, l’Eurovision valide la chanson ukrainienne au motif qu’elle illustre un événement historique. En offrant la victoire à Jamala, représentante d’un pays et de ses déchirures, l’Europe prend position pour une chanson au contenu engagé.

Ce fut également le cas 2 ans plus tôt, en 2014, lorsque l’Eurovision s’inscrit comme libérateur d’identités réprimées avec la victoire de l’Autriche et de sa candidate transexuelle Conchita Wurst. Sa chanson « Rise Like a Phoenix » s’apparente alors à un hymne à la tolérance, malgré l’opposition de certains pays.

Les polémiques entre la Russie et l’Ukraine se sont poursuivies cette année avec la volonté des ukrainiens d’interdire à la candidate russe de se produire dans le pays lors du concours. Des journalistes russes accrédités pour l’Eurovision ont également été empêchés d’entrer sur le territoire. Malgré la dénonciation de l’organisation, accompagnée de certaines menaces à l’encontre de l’Ukraine, la Russie n’a finalement pas participé à l’édition 2017, ce qui témoigne bien des lourdes discordes entre ces deux pays.

Véritable plateforme et vitrine des États, la compétition de l’Eurovision s’est inscrite depuis plus de 60 ans comme une petite manifestation européenne pop, opposant pays totalitaires et démocraties. Suite à la victoire de Salvador Sobral, l’organisation de la 63ème édition du concours est maintenant placée, pour la première fois, entre les mains du Portugal.

Manon VANPEENE

Crédit image à la une : Wikipédia
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