Une femme pourrait-elle être élue Présidente de la République ?

Si quelques uns de nos voisins ont déjà élu une femme présidente (Allemagne, Angleterre), la France jamais, et c’est en partie à cause de nos clichés à tous. Caroline Behague, journaliste indépendante, le montre dans son documentaire Un jour je serai présidente co écrit avec Marie Noelle Dumay. Jollies Magazine l’a rencontrée.

Treize candidates de droite comme de gauche se sont proposées pour occuper la magistrature suprême depuis 1974. Obstacles spécifiques, discours aussi, même si l’on persiste à vouloir croire le contraire, les femmes ne sont pas des candidates comme les autres. « Qu’on puisse me faire un traitement particulier parce que je suis un femme c’était une injure, une infamie pour moi » clamait Christine Boutin durant sa campagne en 2002. Aujourd’hui, elle reconnait qu’elle n’a pas été traitée comme ses concurrents masculins.

Grâce à des entretiens avec les différentes candidats et des commentateurs, Caroline Behague, journaliste indépendante, a dressé un tableau des discriminations que subissent les candidates, qu’elles soient volontaires ou non.

Jollies Magazine : De manière générale, quelles sont les différences entre hommes et femmes en politique?

Caroline Behague : En fait, les différences ont souvent été façonnées par les médias et les électeurs qui projettent dans la femme en général et, dans les femmes politiques en particulier, leurs préjugés de genre.

Ainsi, la femme politique serait plus empathique, plus encline à s’occuper des grandes fonctions du “care”. Aussi, il existe des réticences à la croire aussi compétente que les hommes ou à croire qu’il n’existe aucun homme qui tire les ficelles derrière la candidature ou le discours d’une femme.

Des femmes politiques de premier plan comme Margaret Thatcher ou Angela Merkel ont démontré qu’elles gouvernaient de façon semblable aux hommes politiques, qu’il n’y avait pas vraiment de spécificité. Les Françaises qui ont été ministres ont fait les mêmes démonstrations de compétences. En France, les différences supposées des candidates et des élues s’estompent au fil du temps.

JM: Pourquoi aujourd’hui les femmes ont-elles plus de difficultés que les hommes à accéder au pouvoir?

C. B. : Pour les raisons invoquées précédemment et parce que les femmes qui seraient en position d’éligibilité doivent faire carrière au sein d’un grand parti politique où les verrous pour accéder au premier rang sont anciens et importants.

L’homme politique qui veut une carrière nationale cultive un fief en région et, sous la cinquième république, les seigneurs ont traditionnellement été des hommes. Heureusement la loi sur la parité a fait évoluer les moeurs et de plus en plus, les femmes peuvent exercer localement des responsabilités et devenir influentes au sein de leur parti. C’est la carrière qu’a construite Martine Aubry, par exemple.

JM: Pensez vous que le fait que Marine Le Pen soit une femme ait joué dans son accession à la tête du FN?

C. B. : Marine Le Pen a été élue à la tête du FN parce qu’elle était la fille de. Je doute que n’importe quelle femme, à qualités égales, aurait pû prendre la tête de ce parti traditionnellement viriliste. Elle porte avec elle un souffle de modernité qui dépoussière et change l’image de ce parti auprès des Français, chose qu’elle a réussie à incarner aussi dans son programme aux accents plébiens.

JM: Comment les deux candidates  à la présidence que sont Marine Le Pen et Nathalie Artaud se servent-elles de leur féminité ?

C. B. : Marine Le Pen évoque régulièrement son statut de mère de famille célibataire au cours de ses discours et ses interviews. Je pense, pour ma part, qu’elle aime se poser en tant que chef de famille, elle a élevé seule ses trois enfants, c’est une femme forte, une chef de tribu. Par contre, elle déteste qu’on lui serve l’image de la compagne. Marlène Coulomb Gully, docteure en communication, racontait qu’une de ses collègues avait étudié les discours de Marine Le Pen et que celle-ci emploie beaucoup plus que son père des termes empathiques. Sa féminite touche peut-être…

Je n’ai pas suivi les campagnes de Nathalie Artaud. Elle incarne le même type de féminité qu’Arlette Laguiller, en un peu plus intellectuelle, peut-être. La féminité très asexuée d’Arlette Laguiller qui se prolongeait aussi dans sa vie privée (pas de compagnon, ni d’enfant) avait détonné en 1974 lorsque celle-ci se présentait pour la première fois. Cette image s’est banalisée aujourd’hui.

JM : Selon vous, historiquement quelle(s) candidate(s) à la présidentielle aurai(en)t pu être présidente(s) si elle(s) avai(en)t été un homme ? 

C. B. : Les candidates détestent que les médias disent qu’elles ont perdu parce qu’elles étaient des femmes car dans ces conditions, à quoi bon investir une femme ?

Pourtant, il est vrai que Ségolène Royal a dû affronter des quolibets sexistes de la part de son propre camp et de celui de ses adversaires plus que toute autre: “Qui va garder les enfants”, “elle aurait mieux fait de relire ses fiches cuisine”, “elle change d’avis comme de jupes”… et j’en oublie. La violence de ces réactions sont-elles proportionnelles à la nouveauté que Ségolène Royal tentait d’incarner ou à la féminité qu’elle aimait arborer ?

Disons qu’elle a défriché le terrain et que la prochaine candidate se hissant au second tour de la présidentielle aura la tâche facilitée puisque que les médias font aujourd’hui plus attention à leurs manières de parler des femmes. Pourtant, il ne faut pas sous-estimer la force des préjugés qui sont tenaces dans les esprits même s’ils sont moins visibles dans les discours.

Léa SURMAIRE

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s