Le Royaume-Uni et l’Europe, une histoire d’amour tumultueuse

Le 23 juin, les Britanniques ont répondu à 51,9% LEAVE (quitter) à la question « Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union Européenne ou quitter l’Union Européenne ? ». Plus de neuf mois plus tard, la Première ministre Theresa May déclenchera le 29 mars « l’Article 50 ». Cet article du traité de Lisbonne enclenchera alors la procédure de sortie du Royaume-Uni de l’Union Européenne. Pas facile de s’y retrouver au milieu de toutes ces dates et procédures plus complexes les unes que les autres. Jollies rembobine pour vous l’histoire depuis 1973.

Les débuts de l’idylle

En 1961, le Royaume-Uni déclare sa flamme à l’Union Européenne et pose une demande d’adhésion, plein d’espoir. C’était sans compter sur le général de Gaulle, qui voyait dans le peuple britannique les yeux et les oreilles des Etats-Unis en Europe. Hors de question, donc, de laisser les Américains remettre les pieds sur notre continent. Tenace, le Royaume-Uni réitère sa demande en 1966. Celle-ci est acceptée et le 1er janvier 1973, nos amis d’outre-manche intègrent officiellement la Communauté Économique Européenne. Loin de mettre fin aux tourments, cette adhésion signe le début d’une relation houleuse.

Quand le Royaume-Uni rechigne sur les termes du contrat de mariage

Deux ans après le mariage, Margaret Thatcher est nommée Première ministre du Royaume-Uni. La dame de fer était de ces personnes qui veulent « le beurre et l’argent du beurre » (“to have one’s bread and eat it” pour les anglophones). Elle déclare donc de but en blanc : “I want my money back”. La demande est simple : le Royaume-Uni doit recevoir de l’UE autant d’argent qu’il lui en donne. En formulant cet ordre, Margaret Thatcher entraîne un blocage de cinq ans… et le Royaume-Uni obtient gain de cause.

Il semblerait par la suite que ce comportement soit devenu purement insulaire. C’est un véritable effet de mode : après Thatcher, le Royaume-Uni refuse tout net de faire comme tout le monde. Dans les années 1990, il refuse d’intégrer l’espace Schengen et la zone de libre circulation. En 2001, il décline la monnaie commune : pas d’euro, la livre sterling reste la devise britannique. God save the Queen !

L’annonce de la séparation

Lorsque le Parti conservateur remporte les élections législatives de 2010 et que David Cameron est nommé Premier ministre, il promet d’organiser un référendum sur la sortie de l’Union Européenne. Il laisse passer son premier mandat sans mettre sa promesse en œuvre. Sous la pression des électeurs et des politiques, il finit par planifier le référendum un an après sa réélection. À reculons, car il n’y est pas forcément favorable. La campagne du référendum sur le Brexit (néologisme formé avec les mots « British » – britannique – et « Exit » – sortie -) suscite de nombreuses réactions et, dans les sondages comme dans les résultats finaux, les opinions sont serrées. Le BREXIT remporte la majorité in-extremis, mais ne fait pas l’unanimité. En Écosse, le REMAIN est majoritaire, tout comme dans les grandes villes, par opposition aux campagnes. Le 23 juin néanmoins, la sentence est sans appel : le Royaume-Uni va quitter l’Union Européenne.

Une procédure de divorce lente et complexe

On le sait, un divorce, c’est long. Mais celui entre l’Union Européenne et un de ses pays membres prend beaucoup de temps. Tout d’abord, le chef du gouvernement doit déclencher l’article 50 du traité de Lisbonne. Cette première étape passée, la procédure peut enfin s’enclencher. Entre négociations et ajustements, elle dure au minimum deux ans.

Lorsque les résultats du référendum sont prononcés, David Cameron démissionne et Theresa May devient la Première ministre britannique. Une fois encore, le naturel insulaire revient au galop : la chef du gouvernement demande le beurre et l’argent du beurre. Le Royaume-Uni souhaiterait conserver les avantages liés au libre-échange tout en s’exemptant des inconvénients liés à la libre circulation.

Le 20 mars, la Première ministre a enfin annoncé la date de déclenchement de l’article 50, précisant qu’elle préférait une absence d’accord à un accord défavorable au Royaume-Uni. Cependant, côté européen, on n’entend pas se laisser faire. Les négociations s’annoncent donc houleuses – encore – et longues, pour changer.

Illustration Brexit
Crédit : Stux

Quelles en seront les conséquences ?

Les conséquences seront nombreuses et plutôt défavorables aux Britanniques. Il est encore impossible de prévoir le degré de certaines contraintes, puisqu’il dépendra des négociations qui s’effectueront pendant les deux prochaines années.

Les répercussions les plus fortes se feront sur les plans économique et financier. Le Royaume-Uni, en quittant l’Union Européenne, brisera les traités économiques établis depuis 1973. Pour ne pas rompre toute relation avec l’Union Européenne – ce qui aurait des conséquences désastreuses – il lui faudra renégocier des accords. Or Donald Tusk, le Président du Conseil européen a indiqué que l’UE ne se laisserait pas intimider par le Royaume-Uni.

Malheureusement, les projections évoquent un peu un scénario catastrophe. Tout d’abord, le Royaume-Uni perdra les subventions européennes, notamment la PAC (Politique Agricole Commune), soit quatre milliards d’euros d’aide à destination des agriculteurs. On prévoit également l’inflation de la livre, ce qui entraînerait une baisse du pouvoir d’achats des Britanniques sur les produits importés de l’UE. Le taux de chômage risque également d’augmenter, conséquence du départ de nombreuses entreprises qui cesseront de bénéficier du statut avantageux conféré par l’appartenance commune à l’Union Européenne. Le FMI n’est guère optimiste : il envisage une baisse de la croissance britannique, voire même une récession (croissance inférieure à 0). Autre problème majeur, toutes les nations constitutives du Royaume-Uni ne sont pas d’accord avec le Brexit. En Écosse, par exemple, 60% des voix allaient au REMAIN (rester) et l’Irlande du Nord a également manifesté son désir de rester membre de l’UE. La question de l’indépendance de ces deux nations est donc en suspens, même si Theresa May a laissé entendre que le moment était mal choisi pour organiser des référendums sur la question.

Côté européen, les conséquences risquent d’être fâcheuses également. Tout d’abord, se rendre au Royaume-Uni risque de ne plus être aussi simple. En effet, bien que le Royaume-Uni n’ait jamais été membre de l’espace Schengen, il existe des accords concernant la circulation des hommes entre l’île et le continent. Si l’on envisage le scénario d’un Brexit dur, on pourrait aller jusqu’à devoir obtenir un visa pour traverser la Manche. Cela aurait forcément des répercussions sur l’économie britannique qui pourrait se retrouver privée de nombreux touristes. De plus, les produits importés d’outre-manche seront soumis à des droits de douane plus élevés. Ainsi, le prix des scones Mark & Spencer par exemple, est voué à augmenter (pas de panique, vous pourrez toujours les faire vous-même, ce n’est pas très compliqué).

Enfin, conséquence un peu plus insolite, mais qui en bouleverse plus d’un : le Brexit aura un impact sur la qualité… des équipes de football britanniques ! Eh oui, il deviendra difficile et contraignant pour les joueurs européens d’exercer dans les clubs bien connus que sont Chelsea, Manchester City, Manchester United, etc… Les plus inquiets ne sont pas les footballeurs mais bien les supporters, qui craignent que leur équipe ne chute dans les compétitions. Il nous reste cependant au minimum deux ans (voire dix selon certains experts) pour supporter avec ferveur les Gunners et notre Giroud national.

Mathilde BERG

Crédit photo de Une : Daniel Diaz Barbillo

 

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