La Turquie à la dérive

Depuis l’échec du coup d’Etat les 15 et 16 juillet 2016, le pays est plongé dans un climat de plus en plus autoritaire. Fonctionnaires limogés, presse contrôlée, opposants emprisonnés, le président Recep Tayyip Erdogan a pris des mesures drastiques depuis le putsch, que les Occidentaux voient d’un mauvais œil.

Les dérives autoritaires d’Erdogan

Dans la semaine suivant la tentative de coup d’Etat en Turquie, l’état d’urgence est décrété. Celu- ci est à l’origine des purges massives. Il a été, en janvier 2017, prolongé pour trois mois. Il a permis de limoger plus de 120 000 fonctionnaires, dont 30 000 enseignants, ainsi que la libération de 38 000 prisonniers, pour faire de la place aux opposants d’Erdogan. Ces chiffres, en constante augmentation, traduisent la volonté du leader turc à purger le pays des opposants qui seraient une menace pour la tranquillité de sa présidence. L’une des figures emblématiques de l’opposition au président, est l’imam Fetullah Gülen, réfugié aux Etats-Unis, qu’Erdogan accuse d’être l’instigateur du complot.

Le projet de réforme constitutionnelle

Pour asseoir davantage son pouvoir et continuer son projet d’épuration, Erdogan propose un projet de réforme constitutionnelle. Ce dernier, approuvé par le Parlement, doit maintenant être validé par reéférendum, prévu pour le 16 avril 2017. Cette réforme constitutionnelle donnerait des pouvoirs quasi illimités au président Erdogan, notamment via la suppression du poste de Premier ministre. Il pourra également décréter l’état d’urgence plus facilement, nommer ou destituer des ministres et directement intervenir sur les affaires judiciaires. Enfin, cette réforme fixe les prochaines élections en 2019 et permettra à Recep Tayyip Erdogan de briguer de nouveaux mandats, et potentiellement se maintenir au pouvoir jusqu’en…2029.

Les relations avec l’Occident

Depuis la crise syrienne et l’afflux migratoire en Europe, la Turquie joue un rôle de gardien des portes de l’UE. En effet, le pays est aux portes du conflit armé syrien et y envoie une aide militaire et humanitaire, mais il est aussi et surtout un point de passage vers Europe via la mer Egée. La Turquie tente donc de freiner l’immigration clandestine vers l’UE, et accueille aujourd’hui près de 3 millions de Syriens. Il y a un an, la Turquie et l’UE ont ainsi signé un accord controversé : pour chaque réfugié renvoyé en Turquie, un autre réfugié aura le droit d’être envoyé en Europe, pour filtrer les arrivées d’immigrés clandestins.

Entre son rôle clef et la montée de l’autoritarisme, les tensions turco-européennes se compliquent. En effet, pour gagner un maximum de points, le projet de référendum sur la Constitution est ouvert aux Turcs vivant à l’étranger. Depuis la fin de l’année 2016, le président turc a donc envoyé plusieurs de ses ministres dans divers états de l’Union Européenne, pour animer des conférences sur ce projet, en particulier dans les pays où la diaspora turque est forte : l’Allemagne, la France et les Pays-Bas.

Mais si les membres du gouvernement turc ont été accueillis avec diplomatie en France, il en est tout autrement des cas allemands et hollandais. Les premiers meetings à être annulés étaient ceux de plusieurs villes allemandes ; Erdogan accuse alors l’Allemagne de « pratiques nazies ». Angela Merkel répondra à ces accusations en expliquant que la tenue de ces meetings dépend des communes et non de l’Etat.

Mais c’est aux Pays-bas que la crise diplomatique est la plus forte : le gouvernement a interdit l’atterrissage de l’avion du ministre des Affaires étrangères, Mevlut Cavusoglu. La ministre de la Famille, qui avait quant à elle tenté de contourner l’interdiction en passant par la route, s’est vue reconduite à la frontière. Le Premier ministre hollandais, Mark Rutte, invoque un risque de trouble à l’ordre public si ces meetings étaient maintenus. Recep Tayyip Erdogan accuse alors les néerlandais d’être des « fascistes » influencés par les « vestiges du nazisme » et promet des représailles.

La montée de l’autoritarisme d’Erdogan et son projet de référendum ont donc causé, en quelques mois, de fortes tensions avec des pays de l’Union Européenne et la détérioration des relations internationales turques ne renforcent que davantage le repli du pays sur lui-même et sur son dirigeant aux pratiques de plus en plus proches de l’autocratie.

Clémentine Rigot

Crédit image à la une : @Commons Wikimedia
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