Critique : Lion, un voyage bouleversant

Saroo est un jeune Indien de cinq ans. Après avoir perdu la trace de son grand frère, Guddu, lors d’une virée nocturne, le petit garçon s’endort dans un train qui l’emmène à des milliers de kilomètres de chez lui. Il doit apprendre, seul, à survivre dans l’immense Calcutta, qu’il ne connaît pas. Après deux mois à errer dans la ville et se débrouiller par ses propres moyens, Saroo est recueilli dans un orphelinat, avant d’être adopté par un couple d’Australiens. Vingt-cinq ans plus tard, le garçon, devenu homme, rêve de retrouver les traces de sa famille, restée en Inde.

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@Mark Rogers

Nommé à six reprises aux Oscars, le film n’a malheureusement pas remporté de statuette tant convoitée. Qu’à cela ne tienne, inspiré d’une histoire vraie, Lion est un de ces films qui donnent une belle leçon de vie.

Ce qui prime dans Lion, c’est probablement l’authenticité. Tout semble réel. Les décors d’abord, mettent en valeur les paysages magnifiques de l’Inde et de l’Australie. Le jeu d’acteur ensuite. Le petit Sunny Pawar, qui interprète le Saroo de cinq ans est exceptionnel. Aujourd’hui âgé de huit ans, il était très jeune lors du tournage du film. Pourtant, les émotions qu’il arrive à transmettre à travers son personnage sont profondes, preuve que l’âge ne fait pas la qualité du jeu d’acteur. On ressent toute la détresse, la peur et l’attachement intense qu’a Saroo pour sa famille. Ses mimiques, gestes ou expressions, donnent vie à un petit garçon qui a peur. Il devient bien plus que ça : un enfant fort, courageux et intelligent. Quand il est seul dans son train, on pense à ce que Saroo pourrait ressentir : la faim, la soif, le froid, la peur. Sans même avoir besoin de parler beaucoup, Sunny Pawar incarne à la perfection Saroo.

À 25 ans, c’est Dev Patel qui reprend le rôle de Saroo. Désormais australien à part entière, Saroo ne peut se sortir de la tête la souffrance que doit ressentir sa famille de ne pas savoir ce qui lui est arrivé. On est bien loin du jeune Anwar de Skins, parfois maladroit dans son jeu d’acteur. Déjà, dans Slumdog Millionaire, il avait trouvé sa voix. Mais ici, pas un faux pas. Dev Patel incarne à la perfection la dualité qui ronge Saroo. Choisir entre son identité australienne et sa famille adoptive ou retourner sur les traces de son enfance indienne et de sa famille biologique qui le hantent. Par peur de blesser ses parents adoptifs, et plus particulièrement sa mère dont il est proche, Saroo garde trop longtemps pour lui son envie de retrouver son village natal. Ce secret le consume. C’est finalement le souvenir de ses jalabi d’enfance qui va le faire changer du tout au tout et lui donner l’envie de se battre pour son histoire. Peur, tristesse, amour, manque, respect… Autant d’émotions que Dev Patel fait passer dans son jeu d’acteur pour faire de Saroo un personnage en plusieurs dimensions, toujours plus réel.

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@Mark Rogers

Sue, la mère (Nicole Kidman), et John, le père (David Wenham) adoptifs de Saroo représentent la figure des parents aimants. Ils sont prêts à tout donner à leurs enfants, Saroo et Mantosh (Divian Landwa) et on sait qu’ils ont décidé d’adopter par bonté de coeur et envie de faire le bien. Le personnage de Mantosh est intéressant. Il permet d’exploiter la relation différente qu’a Sue avec ses deux enfants. Mais aussi de montrer les perceptions divergentes qu’a Saroo par rapport à ses frères, adoptifs et biologiques. C’est cette relation à Mantosh qui lui rappelle ce qu’il a perdu avec Guddu. Nicole Kidman joue à merveille la mère inquiète, pour l’avenir de ses enfants. On regrette cependant que le père soit representé comme la stéréotype de la figure paternelle, l’homme qui épaule sa femme, sans jamais trop se mouiller. Ce qui apparaît clairement, en revanche, ce sont les liens d’amours qui unissent tous les membres de cette famille. On y croit, sans l’ombre d’un doute.

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@Mark Rogers

Cette relation à l’amour est également exploitée dans l’histoire entre Lucy (Rooney Mara) et Saroo. Bien que le début de leur romance soit passée très rapidement, on réalise vite qu’ils sont liés par un lien incassable. Malgré les épreuves, on sent l’amour profond qui unit les deux personnages, et cette force qu’ils puisent l’un de l’autre, sans jamais tomber dans le gnangnan.

Du début à la fin, le spectateur a la gorge nouée, la boule au ventre. Il se sent concerné par l’avenir de cet enfant, si petit et si fragile. Puis, par la quête de ce jeune adulte, pour retrouver son passé. On essaye d’imaginer, incertain, ce qui a pu arriver à la famille indienne de Saroo et on s’inquiète pour eux. On se demande si Saroo va les retrouver un jour, et si oui, ce qu’il va retrouver. On se sent complètement impliqué dans l’histoire de ce jeune garçon.

Pour son premier film, le réalisateur, Garth Davis arrive à faire passer son message sans jamais tomber dans le pathos. La musique, toujours bien choisie et au bon moment, rajoute de la légitimité à l’histoire, sans jamais en faire trop. Dans Lion, Garth Davis raconte à merveille l’histoire vraie du petit Saroo et ouvre les yeux sur un véritable problème sociétal en Inde. Chaque année, 80.000 enfants disparaissent, quelque part dans le pays. Le long métrage ouvre également les yeux des spectateurs sur l’adoption. Elle devient, non pas une fatalité pour les couples qui ne peuvent pas procréer, mais une chance. Une chance de donner un avenir meilleur à des enfants que rien ne destine à sortir de la misère.

Camille BRONCHART

Crédit image à la une : @Mark Rogers

 

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