Critique : Grave, le retour du cinéma de genre français ?

  Il ne faut pas se leurrer, cela fait quelques dizaines d’années que le cinéma de genre français est dans un état léthargique, ne s’animant qu’à de trop rares occasions, comme dans La Horde, bourré de défauts mais jouissif par sa sincérité. Alors, dès qu’un film voulant pratiquer un peu l’exercice du genre se met en place, les cinéphiles français entrent en extase et cette année la cause de cette extase est Grave. Ce film réalisé par Julia Ducourneau a fait le tour du monde grâce à une communication monstrueuse sur les réseaux sociaux car il a suscité quelques malaises. Il est disponible depuis le 15 mars sur vos écrans.

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©Wild Bunch

Grave met directement le spectateur dans l’ambiance avec, coup sur coup, un accident de voiture et un long passage de bizutage anxiogène qui traduit toute la peur qu’une telle cérémonie peut engendrer sur des étudiants de première année. Mais c’est à partir de ce moment-là que le film commence sa longue descente aux enfers : le ton n’est jamais juste. À la manière d’un The Voices avec Ryan Reynolds, le film veut osciller entre moments terrifiants, humour et tranches de vie étudiante mais se prend les pieds dans le tapis et n’est jamais juste, faisant sortir à contrecœur le spectateur du film. Comme lors de la scène d’une partie de jeu vidéo semblant tout droit sortie de la tête d’une personne n’ayant jamais posé ses mains sur une manette de sa vie et pensant que « Kill » est un titre génial pour un FPS (ndlr : first-person shooter, jeu de tir à la première personne). Le malaise, promis par la communication, vient des scènes qui manquent toujours de justesse. Notons que dans le peu de scènes « gores » ou « horrifiques » que le film veut proposer, quelques sueurs froides peuvent couler à certains moments, mais cela dépend plus de la sensibilité de chacun (résistance au vomi, à la douleur animale) que d’autres choses.

Après une première demi-heure intrigante suscitant l’intérêt du spectateur, le film abandonne le genre pour devenir un film d’auteur. La symbolique pompeuse vient écraser l’intérêt du spectateur qui ne peut que s’amuser de compter toutes les scènes symboliques et tous les thèmes brassés par le long-métrage sans jamais aller jusqu’au bout : passage de l’adolescence à l’âge adulte, féminité, pression sur les étudiants, déterminisme parental. Même le thème principal du film, le cannibalisme, reste constamment sous-exploité. Il semble être une carotte que l’on propose aux spectateurs pour rester jusqu’à la fin.

Ce qui est en dehors du scénario n’aide absolument pas le film à décoller. Quelques plans et décors s’avèrent être très jolis, même si la symbolique finit par devenir totalement indigeste. Mais le jeu d’acteur semble bien plus proche du film de fin d’année d’un lycée de campagne que celui d’une production ciné qui blesse. Quelques acteurs réussissent à sortir du lot avec des personnages dignes d’intérêt, mais la plupart du temps les personnages manquent d’expression ou jouent tout simplement mal. Mention spéciale à l’actrice principale qui semble autant s’ennuyer que le spectateur sur son siège. Le film est bien plus un cliché de la vie étudiante qu’une réelle analyse de cette vie saupoudrée de cannibalisme. Les propos en ressortant, que ce soit sur le véganisme ou la sexualité, finissent alors par être mal interprétés et on se demande si la réalisatrice ne veut pas nous faire la morale sur notre mode de vie.

Grave avait tout pour plaire et ramener le cinéma de genre français sur un piédestal, malheureusement au bout d’une demi-heure le film se perd et le spectateur avec. On ne peut qu’être déçu et énervé en voyant le résultat final. Le film se rapproche ainsi bien plus d’un nanard de luxe que d’un réel film de genre. Certaines scènes totalement surréalistes suscitent plus un rire malaisé qu’une quelconque frayeur. Le film reste tout de même quelque chose à voir, autant pour lui permettre d’être un succès et de mettre un peu plus en lumière ce genre de cinéma, que pour voir ce qu’il ne faut pas faire lorsqu’on réalise un film de genre. Mais il reste difficile d’oublier qu’à côté de ça, des réalisateurs comme Fabrice du Wels, maître du genre, restent mis de côté dans le monde du cinéma.

Anthony XERRI

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