Journée internationale du Droit des Femmes : ces expériences qu’on ne devrait plus vivre

En ce mercredi 8 mars, nous célébrons la journée internationale de lutte pour le droit des femmes. Bien que des avancées aient été faites ces dernières années en matière d’égalité femmes/hommes, de nombreux progrès restent à faire. Puisqu’il faut que les choses changent, Jollies Magazine a décidé de parler pour sensibiliser. En 2017, être une femme (ou un homme qui s’habille en femme), c’est encore devoir accepter d’entendre, constamment, des remarques. Compilation d’histoires qui nous sont arrivées.

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« 100% des femmes ont été harcelées dans les transports en commun dans leur vie »

Difficile de croire en une égalité femmes-hommes quand on sait que 100% des femmes ont été harcelées dans les transports en commun dans leur vie. J’avais dix-sept ans lorsque j’ai été harcelée dans le métro lillois. J’avais l’habitude de prendre le métro tous les jours avec des amies, et ce matin-là, après une prise de sang, j’étais seule pour me rendre en cours. Rien de bien effrayant, le métro lillois regorge de passagers à cette heure matinale. Pourtant, un homme a surgi de derrière moi et s’est donné le droit de me toucher les fesses, comme ça, sans ma permission. Après lui avoir crié de partir et de ne plus s’approcher de moi, il est parti. J’ai ensuite grimpé dans mon métro. Personne dans la station de métro n’a réagi, impossible de savoir si c’est parce qu’ils n’avaient rien vu ou parce qu’ils considéraient cela comme anodin. Ce n’est rien comparé à ce que d’autres femmes ont pu vivre, mais aucun homme n’a le droit de vous toucher les fesses sans votre accord, c’est une agression sexuelle. Pourtant, même en portant plainte, la chance que cet homme soit arrêté aurait été mince. Nous sommes en 2017 et l’égalité hommes-femmes n’est toujours pas acquise puisqu’on peut encore vous toucher les fesses sans votre consentement, en ne risquant rien !

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« Toi je vais te mettre à genoux, ferme bien la porte quand tu vas rentrer chez toi, on va venir te voir »

Le harcèlement, finalement, c’est du quotidien. Il ne se passe pas un jour sans que je me fasse au moins une fois dévisager avec insistance, interpeller par un “bonjour mademoiselle”, “salut ma belle” qui deviendra agressif et insistant quoi que je fasse: ne pas répondre, c’est s’entendre dire “tu pourrais répondre !” et répondre, c’est entendre l’autre continuer la conversation comme si vous lui aviez lancé un regard doux l’invitant à une drague lourde. Une robe et c’est pire, peu importe la longueur, peu importe mes collants opaques. Du rouge à lèvres et soudain tout donne l’impression que l’on a écrit “ouverte aux propositions” sur notre front. Des exemples de harcèlement ? Difficile de trier. On finit même par se demander si tout ça n’est pas normal. Mais non. Un sourire n’est en rien méchant. Un compliment non plus. Et toutes les filles savent faire la différence. Mais quand les regards pervers s’en mêlent et la drague lourde aussi, tout devient insupportable. C’est insupportable de ne pas avoir d’autre choix que d’avoir peur, parfois. S’il faut choisir deux exemples: une de mes meilleures amies s’est fait mettre une main aux fesses dans le métro parisien sous mes yeux. J’avais 18 ans, aucune idée de ce que je devais faire, et j’ai suivi le ballet de ses déplacements furtifs suivis par l’homme sans oser dire quoi que ce soit, est-ce que je devinais juste? C’est un homme âgé qui s’en ai aperçu et lui a fait la morale, et on s’est sauvées, sans même le remercier, trop perturbées. Un autre exemple ? Je rentrais tard le soir d’une réunion à Strasbourg, j’ai vingt-deux ans. Deux jeunes assis à un square m’ont humiliée par leurs paroles. S’entendre dire “toi je vais te mettre à genoux, ferme bien la porte quand tu rentres chez toi, on va venir te voir”, les entendre pouffer, faire des bruits répugnants, oui, c’est humiliant, dégradant, même si on sait que jamais ils ne pourront mettre leur menace à exécution – en tout cas dans mon cas. J’ai été incapable de répondre sur le coup, tant j’étais soufflée par la violence de leurs idées. J’avais même oublié ce qu’ils m’avaientt dit, tant ça m’avait traumatisée. D’être à ce point réduite à une chose sans défense dont on se targue de pouvoir en faire ce que l’on veut. Je n’avais pas de robe, pas de rouge à lèvres. J’avais un pantalon qui ne m’allait plus et un long manteau. Alors qu’on ne vienne pas me dire que la tenue vestimentaire a une quelconque incidence dans les violences que nous pouvons subir. C’était de la violence verbale gratuite parce que je suis une femme, et tout ce que ça a provoqué chez moi, c’est une envie furieuse et inébranlable de me battre pour que cesse cette absurde inégalité et violence faite aux femmes.

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« Il s’est retourné, m’a suivie sur deux mètres et m’a attrapée pour me coller au mur de manière extrêmement violente »

Le harcèlement de rue est tellement courant que parfois, on finit presque par s’y habituer. Presque. On ne s’y fait jamais complètement. Des situations nous marquent plus que d’autres, et aujourd’hui, deux sont encore gravées dans ma mémoire.

La première fois où j’ai réellement eu peur d’une agression physique, j’avais 18 ans. Je venais de quitter le domicile familial et je découvrais tranquillement la petite vie lilloise, notamment son métro. Un soir, en rentrant vers 23 heures chez moi, j’ai pris place dans ce fameux métro, les écouteurs aux oreilles (réflexe quotidien). Je n’ai pas prêté tout de suite attention à l’homme en face de moi, trop occupée à changer de musique sur mon téléphone. Puis j’ai fini par lever les yeux et brusquement, je me suis aperçue qu’il avait carrément la main dans son pantalon. Sans un mot, j’ai à nouveau baissé le regard sans oser bouger, sachant très bien ce qu’il faisait en face. J’ai augmenté le son de ma musique, les mains qui tremblaient alors que je sentais son regard sur moi. Mon arrêt a fini par arriver, les portes se sont ouvertes et j’ai attendu le dernier moment pour sortir. Malheureusement, il m’a suivie et est descendu en même temps, en me murmurant quelque chose que je n’ai pas entendu. J’ai préféré le laisser descendre avant moi dans l’escalier, patientant cinq bonnes minutes avant d’oser descendre. Pas une si mauvaise idée… sauf que non.

Pile au moment où je me disais que cette fois, il devait être parti, je l’ai vu m’attendre en bas de l’escalier. C’est là, plus que jamais, que j’ai commencé à avoir terriblement peur puisque j’étais toute seule dans cette station de métro. J’ai alors eu l’idée de prendre l’ascenseur pour sortir discrètement. Mais au moment même où je mettais les pieds dedans, je me suis rendue compte que l’homme risquait de m’attendre juste devant les portes du bas et que cette fois, je n’aurai aucun échappatoire. Dans un sursaut d’intelligence, j’ai alors fait redescendre l’ascenseur (sans moi dedans) et pendant ce temps, j’ai dévalé les marches, en priant pour que l’homme ait effectivement l’idée de m’attendre devant l’ascenseur. C’était le cas. Attiré par le bruit, il avait quitté sa place devant l’escalier et attendait quinze mètres plus loin, à côté de cet ascenseur. Ce sont ces quinze mètres qui m’ont sauvée. Je n’ai probablement jamais couru aussi vite de ma vie. En sortant, j’ai croisé un jeune homme inconnu, un étudiant semblait-il. Sans trop réfléchir, je me suis précipité sur lui pour lui faire la bise, en faisant semblant de le connaître. Il a eu l’air surpris mais a tout de suite compris quand je lui ai expliqué la situation, allant même jusqu’à me ramener chez moi. Cher inconnu, si tu te reconnais ici, je te remercie encore.

Si j’ai réussi à y échapper une fois, cela n’a pas toujours été le cas. Il y a seulement quelques mois, j’ai été agressée dans Lille. En sortant un soir toute seule pour m’acheter à manger, j’ai croisé un homme dans la rue. Rien d’inhabituel dans le centre à 19h30, ou presque. Parce que ça aurait pu être n’importe qui, un visiteur, un passant, un garçon pressé. Aujourd’hui, je ne sais toujours pas qui il est, tout ce dont je me rappelle, c’est du regard noir de cet homme alors qu’il me sortait « Oh, on m’a dit que t’étais une grosse pute, toi ! ». Alors que j’étais juste en train de marcher seule dans une rue vers 19h30. Dans tous les cas, il n’y a pas besoin de justification, ce n’est pas une phrase pardonnable. Pourtant, sur le coup, je n’ai pas réagi, j’ai continué à marcher parce qu’à force, on s’habitue à recevoir des remarques du genre. Lui n’a pas repris sa route. Il s’est retourné, m’a suivie sur deux mètres et m’a attrapée pour me coller au mur de manière extrêmement violente. A partir de là, tout s’est passé très vite. Il m’a traitée de « sale chienne », de « grosse connasse », toujours en me collant face à ce mur. Des dizaines d’insultes, peut-être. Finalement, il m’a craché au visage avec une phrase que je n’ai pas oubliée : « comme ça, toute ta vie, tu te souviendras que je suis supérieur à toi, sale pute. » Avant de partir, il m’a frappée dans l’estomac en me lançant une dernière insulte. Je ne saurais même plus dire laquelle. L’agression a été si rapide que personne n’a rien vu.


Mon seul crime ce soir-là a été d’être une femme se baladant seule dans une rue habituellement passante, aux alentours de 19h30. Pour ceux qui se poseraient la question, non, je n’ai pas porté plainte. Je n’avais pas envie d’affronter de longues heures d’attente au commissariat, à revivre la scène des milliers de fois. Physiquement, je m’en suis remise plutôt vite. Mentalement, la guérison est beaucoup plus longue : je ne vois plus la rue comme un endroit neutre, mais comme une zone de combat. Je repasse presque chaque jour devant ce mur où je me suis fait agresser et à chaque fois, j’ai la gorge qui se serre. Mais le plus important, c’est que je n’ai pas baissé les bras. A mon agresseur ce jour-là : tu as tenté de me réduire en miettes en voulant me prouver que tu serais toujours supérieur à moi. Tu n’as pas réussi et tu n’y arriveras jamais. A part renforcer mon envie de vivre et de me battre, tu n’as eu aucun effet, tu comprends ? Je ne me suis pas effondrée, je n’ai pas pleuré sur mon sort, et même si je l’avais fait, personne n’aurait été en droit de juger. Je te méprise si profondément mais tu n’as pas gagné, ce jour-là. Non seulement tu as lamentablement perdu, mais moi, j’ai gagné : j’ai gagné en courage, en envie de vivre, et en respect envers moi-même. A toutes celles qui ont subi ce genre de choses un jour, je vous envoie tout mon soutien. Vous êtes plus fortes que cela, vous êtes plus fortes que tout, et vous vous relèverez. Je crois en vous, je crois en nous.

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« Avec sa tête personne ne risque de la violer, alors je vois pas pourquoi elle s’emballe »

On entend bien trop souvent LA phrase qui énerve “Si elle s’est fait agresser c’est de sa faute,  [insérer ici le commentaire de votre choix : elle n’avait qu’à pas être habillée comme ça, elle n’avait pas à se comporter comme ça/elle l’a chauffé]”. Alors qu’on se le dise une bonne fois pour toute : un viol, ce n’est JAMAIS, JAMAIS, JAMAIS, la faute de la victime. Alors, quand en plus, ce genre de réflexions vient de femmes, on a du mal à comprendre ce qui ne tourne pas rond chez elles. Un jour, alors que je me baladais sur Twitter, je suis tombée sur le tweet d’une demoiselle qui répondait “bah oui” à la question “une femme peut-elle être responsable de son viol en fonction de sa tenue ?”. Oui ? Pardon ? Une femme – et un homme, mais on y reviendra après – ça se respecte, peu importe sa tenue. Vous pensez que les situations suivantes justifient un viol : être seule dans un parc en pleine nuit ? Draguer un homme pour ensuite ne pas vouloir coucher avec lui ? Porter une mini-jupe avec des talons et du rouge-à-lèvres ? La réponse est non, TOUJOURS. Mais pour cette jeune fille, “quand tu fais la chaudasse faut pas venir te plaindre s’il t’arrives une douille” (sic), de la même manière, si tu portes une tenue provocante, et que tu te fais agresser, c’est de ta faute.

Impliquer que les hommes ne savent pas résister à une tenue ou à un comportement, c’est les réduire à des animaux avec des pulsions, ce qu’ils ne sont pas. Affligeant. Ce n’est qu’un infime extrait de ce que l’on peut trouver sur les réseaux sociaux, ou dans la bouche de gens qui manquent d’éducation. Les femmes se sont battues pour avoir des droits, et aujourd’hui, au XXIème siècle, des personnes viennent encore remettre ça en question. Personne ne mérite une agression ou un viol, JAMAIS. Le summum de la connerie ? La réflexion d’un de ses copains, très intelligent, à mon propos “Avec sa tête personne risque de la violer, alors je vois pas pourquoi elle s’emballe”. On touche le fond. Ce charmant garçon impliquerait-il qu’une femme doit être un canon pour être violée ? Les mots me manquent, je devrais être désolée que personne n’ait envie de me violer ? Mais OÙ VA LE MONDE ? De la même manière, si on se bat pour l’ÉGALITÉ femmes-hommes ou hommes-femmes – peu importe, puisqu’il n’y a pas de supériorité -, on n’a pas à frapper, insulter ou agresser un homme qui souhaiterait se maquiller ou porter des vêtements de femmes. Au XXIème siècle, tout le monde mérite l’égalité et le respect, peu importe ce qu’elle/il aime faire de sa vie ou qui il/elle est. Le harcèlement ce n’est pas seulement physique, c’est surtout moral.

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« Je me suis fait traiter de salope. Parce que j’étais en jupe. »

La femme est sexualisée sans arrêt et prise entre deux contraintes insolubles. Être belle, voire désirable, et rester digne, voire pudique. D’une femme qui porte des joggings, on dit qu’elle n’est pas féminine, qu’elle ne prend pas soin d’elle, parfois, même, on la « traite » de lesbienne. À l’inverse, on dit d’une femme vêtue d’une jupe un peu courte qu’elle est aguichante, vulgaire, et pourquoi pas qu’elle ne doit pas s’étonner si elle est embêtée et sifflée. La femme, donc, aujourd’hui, doit porter un pantalon moulant pour être à la fois désirable et raisonnable, attirer le regard mais ne pas être haranguée. J’en ai fait l’expérience déjà. À l’occasion d’un oral de fin de semestre, j’avais mis une jupe avec des collants noirs transparents et des ballerines, noires également. Ma jupe m’arrivait à peine au-dessus des genoux, je n’ai pas des fesses de sportive, ni de courbes affolantes. Je me suis fait traiter de salope. Parce que j’étais en jupe.

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« Mon seul crime a été d’être un homme qui s’habille en femme le temps d’une soirée, c’est dur »

Je n’ai pas la prétention de dire que ce qu’il m’est arrivé est horrible, chaque jour il arrive bien pire à des femmes et finalement moi ce n’est pas grand chose. Mon seul crime a été d’être un homme qui s’habille en femme le temps d’une soirée, c’est dur. Pour autant ça m’a appris que peu importe notre genre, il y aura toujours des gens pour qui cela sera un problème. J’avais 17 ans et c’était mon premier Halloween dans une grande ville, j’ai donc voulu marquer l’occasion et j’ai décidé de me déguiser en Freddie Mercury dans “I Want to Break Free”. J’avais une longue perruque noire, une moustache, un top rose sans manche rembourré, des bas résilles et une jupe en cuir brut. Pour moi l’idée était drôle et c’était un bon moyen de fêter cette première soirée. Je suis parti tôt de chez moi car je devais accompagner une amie qui avait peur se faire embêter dû à son costume (celui d’une mariée en robe blanche squelettique). Arrivé au métro il y avait quelques rires mais ça me faisait rire parce qu’ils riaient plus avec moi que contre moi. C’est surtout après quelques stations que les choses ont commencé à dégénérer. J’étais tranquillement assis, mon téléphone dans mon soutien gorge à écouter de la musique, et un homme d’une cinquantaine d’année, assez massif et au visage sévère s’est assis à côté de moi (Je n’avais que 17 ans, j’avais un corps assez frêle et j’étais assez timide). Il a commencé à me lancer quelques regards, que je supposais être du simple amusement. Puis il a commencé à m’offrir une tutute, vous savez ce qu’on donne aux jeunes enfants pour occuper leur bouche. Mis à part la référence sexuelle évidente, j’ai eu un sourire gêné et je n’ai rien dit. C’est donc lui qui a commencé à faire la conversation “Tu sais, ça ne me dérange pas ce que tu es, j’aime bien personnellement” en caressant ma cuisse. C’est à ce moment là que j’ai compris que ce n’était plus une blague, au moment où sa main se baladait sur mes jambes et que j’étais tétanisé. Ce n’est qu’après quelques minutes que j’ai réussi à me bouger jusqu’au bout de la rame, sous le regard absent des autres personnes du métro, ce n’était qu’un déguisement après tout, et puis si ça m’arrivait, c’est sûrement car je le voulais avec une telle tenue. Je suis descendu du métro, rassuré de ne plus avoir à faire face à cet homme, et alors que j’arrivais au rez-de-chaussée, il était là, bloquant la porte, me fixant du regard, il m’avait suivi. Il me hurlait de l’attendre, qu’il devait me dire quelque chose. Je ne sais pas ce qu’il m’est passé par la tête à ce moment là mais j’ai couru à toutes jambes pour me planquer quelque part. Après quelques minutes de perdition, je suis allé chez mon amie, qui s’est copieusement moqué de moi, après tout, je l’avais mérité. Tout au long de la soirée, je voyais le regard tantôt amusé tantôt dégoûté des gens sur moi. Plus que les rires qui me rassuraient quand à la qualité de mon déguisement, c’est surtout les dernières paroles du conducteur de bus qui m’ont blessé, il devait être 2h du matin quand je suis monté dans le bus, il m’a jugé du regard avant de me dire “Tu me dégoutes, tes parents doivent avoir honte de moi”. Je n’ai pas su quoi dire, je me suis mis dans un coin de bus pour essayer de ne pas penser à ça. Après tout, je l’avais sûrement mérité avec une telle tenue.

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« Et là, stupeur : on me demande si ça sert vraiment à quelque chose, si aujourd’hui il y a encore VRAIMENT des inégalités femmes/hommes »

Aujourd’hui j’ai choisi de parler de mon oral pour Sciences Po. Parce que finalement, les insultes dans la rue, les bruits d’animaux, les sifflements, les “file moi ton numéro j’suis pas jaloux”, c’est littéralement quotidien. Jupe ou pas. Tard ou pas. Tant que vous possédez un vagin, tous vos membres et quelques cheveux, vous êtes susceptible d’y passer. Mais mon anecdote du jour concerne un entretien oral que j’avais passé pour entrer en bi licence à Sciences Po et à la Sorbonne. 

On appelle mon nom, j’entre dans une salle, accueillie par un homme entouré de deux femmes. Ils se présentent. Il commence, bien sur. L’entretien typique (et celui de tous les autres candidats) a duré 20/25 minutes. Le miens a duré trois quarts d’heure. Je parle avec eux de philosophie, puisque c’est vers cette licence que je me dirige. Aucun d’eux n’était prof de philo, alors ils n’ont pas l’air très passionné. Ils me demandent de parler de mes lectures, des philosophes que j’ai aimé. Je parle de Sartre, puis de sa compagne, Simone de Beauvoir. Et puis, au bout de quelques minutes, on me demande “mais vous êtes féministe ?”. Je réponds oui, bien sûr. Puisque c’est de croire en l’égalité politique, économique et sociale entre les sexes. Donc oui, évidemment que j’y crois.

Et là stupeur : on me demande si ça sert vraiment à quelque chose, si aujourd’hui il y a encore VRAIMENT des inégalités femmes/hommes. Je dis que oui, sur tous les plans. Je suis face à un jury blasé, à majorité féminine mais dirigé par un homme qui fait la moue quand je réponds. “Il y a les inégalités salariales pour commencer, il y a la mauvaise représentation des femmes en politique ou dans les professions dirigeantes, et même au niveau social, on attend d’une femme qu’elle se marie et fasse des enfants, mais on n’attend pas forcément ça d’un homme”. On finit par me poser des questions sur la théorie du genre, sur laquelle je m’embrouille les pinceaux et finit par répondre incorrectement.

Aujourd’hui encore, je ne sais toujours pas si le jury était sérieux ou pas. Si leurs moues, leurs haussements d’épaules et leurs “mouais” étaient sérieux ou s’ils servaient à me pousser dans mes retranchements, à voir si je croyais vraiment en mes convictions. Je m’attendais à ce qu’on me demande des exemples concrets, à ce qu’on m’interroge sur ce qu’il faudrait, d’après moi, pour apporter une égalité stable entre les sexes. Mais rien. Je ne saurais jamais si j’étais face à trois bons acteurs ou s’ils croyaient vraiment que “ aujourd’hui il n’y a plus vraiment d’inégalités”.

En prenant le métro pour rentrer, et en me faisant siffler sur le chemin du retour, je me suis demandée si, dans l’hypothèse où ces jury étaient sérieux, quelle était la formation qu’ils proposaient aux élèves ? Si Sciences Po se targue de former en partie une “élite” de la France, quelles valeurs leur transmettent-ils ? Et puis je me suis souvenue que dans mon propre bouquin de philo, dans mes cours que j’adorais, dispensés pourtant par une prof féministe, une seule philosophe avait l’honneur de se frayer un chemin parmi tous les porteurs de chromosomes Y : Hannah Arendt. Même chose dans mes études de lettres, l’année suivante. Patrick Juvet n’est pas le seul à se demander “où sont les femmes”, ce qui souligne l’ironie et la perversité du système. Les études littéraires sont, majoritairement, poursuivies par des femmes, pour apprendre ce que les grands auteurs (remarquez l’absence de “e”) ont légué à la littérature. Plus tard, une partie d’entre elles deviendront enseignantes pour, à leur tour, expliquer sans sourciller à une assemblée féminine comment les hommes ont façonné le monde.

On ne veut plus avoir à vous raconter tout ça ! Il faut que les choses changent et qu’on fasse entendre nos voix, pour enfin atteindre l’égalité. N’hésitez pas, vous aussi, à nous raconter vos expériences personnelles ou à nous parler d’initiatives qui œuvrent pour la cause des femmes et du féminisme!

La rédaction de Jollies Magazine

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