National Eating Disorder Awareness Week : quel est le rapport entre les TCA et la société ?

Cette semaine (du 27 février au 5 mars 2017) s’est déroulé la Semaine nationale de sensibilisation aux troubles du comportement alimentaires (NEDA en anglais). Les troubles du comportement alimentaires (abrégés en TCA) sont des maladies à la fois mentales et physiques qui se traduisent par une difficulté à s’alimenter « normalement ». Les plus connues sont l’anorexie et la boulimie, mais il en existe bien d’autres que l’on nomme peu et qui, parfois, ne sont même pas diagnostiquées ; ainsi, orthorexie, hyperphagie, anarchie alimentaire et même obésité sont des TCA. Jollies a essayé de décrypter pour vous les rapports complexes entre cette souffrance et l’image sociale, en s’intéressant particulièrement à l’anorexie.

La difficulté d’une prise en charge

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Crédit : DarkoStojanovic

Comme bien des maladies méconnues, les TCA sont encore mal soignés. Car même si la psychiatrie a fait d’immenses progrès au cours des cinquante dernières années, certaines thérapies sont encore loin d’être au point. L’une des principales difficultés dans la prise en charge des troubles alimentaires est la dualité de ces maladies. En effet, elles affectent autant le physique que l’esprit, et la même question se pose toujours : doit-on privilégier le corps ou l’esprit ? Bien souvent, malheureusement, les médecins n’ont pas le temps de tergiverser. Lorsqu’une personne souffrant de TCA arrive en consultation ou est hospitalisée, elle est très souvent dans un état physique critique. Certaines doivent même passer par la réanimation. Il est alors vital de rétablir d’abord les fonctions physiques. Mais comment une ou un malade peut elle/il réapprendre à manger du jour au lendemain ? Même si sa vie en dépend, c’est impossible. Et cette problématique n’a toujours pas trouvé de solution.

Les structures spécialisées commencent à fleurir en France, mais la prise en charge qu’elles proposent n’est pas toujours satisfaisante, quand on peut y entrer d’abord, car la liste d’attente est souvent très longue. Les hospitalisations en psychiatrie ou en pédiatrie sont donc les solutions les plus rapides en général, mais pas les plus adaptées. Léane (le prénom a été changé) raconte : « À l’hôpital, on sentait vraiment la différence entre nous, les « anorexiques » et les autres patients. À chaque entrée, la dame chargée des repas demandait au nouvel arrivant s’il était “normal”. Il y avait donc les autres, normaux : diabétiques, dépressifs, ou “juste” malades. Et nous, les autres. Les folles qui trient chaque aliment sur leurs plateaux. Les anorexiques. »

Mode & anorexie : un cliché ou une réalité ?

On l’a entendu, vu, lu, peut-être même l’a-t-on dit : la mode incite à l’anorexie. Il est vrai que la vue d’un mannequin d’1,80 mètre habillé d’un jean taille 32, clavicules saillantes et visage creusé surprend. L’explosion de cas de TCA dans le monde du mannequinat est un fait également, qui a mené à la création du « délit d’incitation à la maigreur » en avril 2015… délit supprimé sept mois plus tard. Il est certain que la vision de la femme dans la société n’est pas anodine et totalement innocente dans le processus des TCA et particulièrement de l’anorexie. Mais peu de jeunes filles ou de jeunes hommes tombent dans l’anorexie avec pour idée de ressembler à un mannequin. C’est quelque chose de beaucoup plus inconscient, une tentative de conciliation d’une multitude de contradictions. « Pour moi, la mode ne conduit pas à l’anorexie. La mode véhicule une certaine image de la femme qui n’est pas celle de la réalité, mais beaucoup de femmes s’en fichent totalement. J’ai toujours entendu des filles me dirent qu’elles avaient voulu disparaître en perdant du poids. Mais moi, je crois que c’est le contraire. La maigreur ne dit pas “oubliez-moi” mais plutôt “regardez comme je souffre”. On ne demandera jamais à une personne obèse pourquoi elle est si grosse. Mais une fille maigre, ça inquiète et ça fascine. On veut savoir.

Volonté et contrôle : les qualités de la femme parfaite

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Dans les livres, il est souvent dit que les TCA sont le nouveau mal du siècle. Dans la littérature, on trouve déjà des femmes ayant des comportements anorexiques, comme Madame Bovary et les héroïnes durassiennes. Le fait de nommer ces maladies est cependant assez récent et ce qui était des cas isolés il y a une centaine d’années est aujourd’hui très répandu. Il existe de nombreuses théories sur les causes de ce « boom ». L’une d’elles est que la femme, écartelée par les contradictions que lui impose la société, reporte son incompréhension et sa peur sur l’alimentation. De là des comportements extrêmes : restrictions drastiques ou compulsions incontrôlables, jeûne ou gavage. Et haine de soi, quoiqu’il arrive. Aujourd’hui, l’idéal est non seulement d’être beau/belle et intelligent/e, mais aussi de faire preuve de volonté et de contrôler sa vie. Que ce soit dans le cas de l’anorexie ou de la boulimie, ces deux valeurs font peser une pression énorme sur l’individu. « Mon anorexie, c’est une éternelle insatisfaction de moi-même, et une culpabilité constante. Si je me restreins, je peux ressentir une légère satisfaction qui sera soit annulée par la culpabilité de mal faire [pour ma guérison], soit par la déception d’avoir mangé malgré tout. À l’inverse, si je mange “trop”, je serai peut-être contente d’avoir vaincu la maladie temporairement, mais je culpabiliserai de m’être lâchée, d’avoir perdu le contrôle. »

Mais alors, on ne guérit pas d’un TCA ?

Sur ce point, nous laissons la parole à Léane : « Quand mon anorexie a été diagnostiquée, je me disais que je guérirais. Je savais que ce serait long, mais à chaque 1er janvier je me disais que cette année était la bonne. Pendant toutes ces années passées à galérer, j’ai eu des moments de découragement, je pensais que je serais malade toute ma vie. C’est quelque chose que j’ai remarqué aussi, cette tendance à être dans le “tout ou rien”. Aujourd’hui, j’ai un discours plus nuancé. J’ai des preuves réelles que l’on peut se sortir de l’anorexie, mais je crois quand même que l’on conserve une fragilité, une sensibilité. Ça va paraître cliché, mais je crois qu’on peut faire de ses faiblesses une force. J’ai envie d’y croire malgré tout. »

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Crédit : Alexas Fotos

Cette semaine, sur les réseaux sociaux, ont fleuri les témoignages, les photos, les hashtags #recoveryispossible, #anorexiarecovered, #edrecovered… Les TCA sont encore méconnus et caricaturés et le but d’évènements comme la NEDA est de faire sortir ces maladies du tabou. Pour que les malades puissent se libérer.

Mathilde BERG

Note à l’adresse des lecteurs : cet article a pour but de faire mieux connaître les TCA et d’apporter une réflexion sur la place de la société dans ces maladies et inversement. Il ne se veut en aucun cas une liste exhaustive et scientifiquement valable de tous les TCA existants.

Quelle est notre relation à la nourriture aujourd’hui ?

Mieux comprendre l’anorexie

Crédit photo de Une : Maialisa

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