Critique : American Honey, à la recherche du sens de la vie

Sorti le 8 février 2017, on en a pourtant moins entendu parler que Cinquante Nuances plus sombres. Des acteurs moins connus, une histoire plus complexe, et un film beaucoup plus long… Tous les éléments étaient réunis pour que Jollies s’intéresse à American Honey. Résultat ? On a adoré, et on vous dit pourquoi !

À à peine dix-huit ans, Star vit déjà dans la galère. Un père alcoolique, pas d’argent, une maison en bordel et un frigo vide que l’on remplit en fouillant les poubelles. Elle s’occupe, seule, de son petit frère et de sa petite sœur, déjà désabusée, emprisonnée. Un jour, en faisant des courses, elle rencontre Jake, habillé en Charlot, pantalon trop grand, bretelles et natte. Il lui propose de rejoindre son groupe de vendeurs de magazines itinérants, composé de jeunes sans attache, qui sillonnent les Etats-Unis en quête d’autre chose. Star accepte et se lance dans l’aventure.

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Copyright Holly Horner

Avec American Honey, on est loin du road trip hippy des années 70, peace, love and drugs. Les vendeurs de magazines sont des âmes égarées, malades, abandonnées, en quête d’amour et de rêve. Dans leur van, ils chantent, boivent, rient, fument, pour oublier, peut-être. En quittant tout, ils cherchaient autre chose que cette société dans laquelle les faibles n’ont pas de place. Peut-être voulaient-ils la paix, le bonheur. Pourtant, dans ce microcosme idéal que forme leur petite communauté, les règles sont les mêmes qu’ailleurs. La réussite est un impératif, la violence, une nécessité. Tout, finalement, tourne autour de l’argent, le but ultime étant « to make money ». Alors ces jeunes qui quelques heures plutôt partageaient une bouteille et un joint se frappent, s’insultent.

Leurs rapports sont violents, animaux. Pas de filtre, une réalité nue qui saute aux yeux. Elle peut être belle, pourtant, cette réalité, car elle permet d’éloigner les clichés. On en est loin, en effet, dans les deux scènes de sexe du film : des scènes vraies, indéniablement, sans ce flou et ce fond musical, habituellement caractéristiques. Nul besoin d’artifice pour montrer à la fois leur brutalité et leur beauté, l’union de deux corps affamés et désorientés.

American Honey est un film long (presque trois heures), mais Andrea Arnold a réussi son pari. On ne s’ennuie pas une seule seconde, emporté et envoûté par l’histoire et la bande-son qui mêle rap et électro. Lancinante ou tambourinante, la musique nous submerge et nous transporte. Tout au long du film subsiste un sentiment de flou, de difficile perception du réel, comme si, à l’instar des personnages, nous étions sous l’emprise de l’alcool et de la drogue. On se demande comment une caméra a pu rentrer dans l’espace confiné du van, mais cette technique permet de s’y sentir intégré.

Certains pourront être choqués, trouver l’histoire malsaine. Mais American Honey est avant tout un film d’une grande beauté et d’une rare sensibilité, qui nous donne, incontestablement, envie de voyager.

Mathilde BERG

Crédit photo de Une : Robbie Ryan

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