Dé-radicalisation : et si on s’inspirait des modèles allemand, britannique et danois?

Des « apprentis jihadistes » invités à se battre par un professeur d’arts martiaux pour canaliser leur violence ? C’est l’une des initiatives citoyennes soulevée par Asiem El Difraoui. Après avoir analysé trois modèles européens de dé-radicalisation islamiste, l’universitaire en tire trois enseignements que l’État français ne met pas (encore?) en application.

Depuis les attentats revendiqués par l’organisation État Islamique sur le sol français, le gouvernement a mis en place diverses mesures de prévention contre la radicalisation et de dé-radicalisation. Autrement dit, des mesures de « contre-radicalisation ». Mais, le bilan n’est pas concluant. 

Asiem El Difraoui est universitaire et spécialiste de la propagande jihadiste. Il a étudié les programmes présents en Grande Bretagne, en Allemagne et au Danemark pour faire face à la menace ‘radicalisation‘.  « Leurs résultats sont encourageants » a-t-il confié au journal Le Monde l’an passé.

Premier enseignement :  mêler Etat et société civile

L’État ne doit pas être le principal interlocuteur du radicalisé. Comme l’explique l’universitaire dans une interview au Monde il y a deux semaines, en France, les signalements se font directement à la préfecture.  « Dans des quartiers comme ceux du nord de Marseille, qui va l’appeler ? Personne, ou presque, parce que le lien est cassé avec une partie de la population. »

En Allemagne une hotline destinée à aider les personnes prêtes à abandonner le jihad a été lancée en 2010. Sans succès. Pour la plupart des observateurs, c’est sûrement la conséquence de liens trop intenses avec les services de sécurité fédéraux. L’hypothèse est vérifiée quelques années plus tard avec la fondation d’Hayat. Cette organisation non gouvernementale (ONG) pose, elle, une certaine distance avec l’État. Conséquence?  Davantage de personnes radicalisées sont recensées et donc prises en charge. 

Ainsi, Asiem El Difraoui préconise l’instauration en France d’un organisme intermédiaire indépendant qui servirait de lien entre société et Etat. 

Second enseignement : individualiser le « traitement »

Chaque individu radicalisé l’est pour différentes raisons. Chacun doit donc être aidé différemment. Cet impératif non suivi, les tentatives de contre-radicalisation sont vaines. En Grande Bretagne par exemple, des programmes de prévention trop peu ciblées ont échoués.

Hayat, l’ONG allemande, s’est alignée sur ces conseils. Asiem El Difraoui expose les quelques chiffres qu’elle fournit sur ses activités : « à la date du 6 octobre 2015, 36 individus sur un total de 170 étaient considérés comme dé-radicalisés ». 

Troisième enseignement : Connaitre l’univers de l’individu radicalisé 

Connaître les codes de la personne radicalisée est nécessaire pour contrer la radicalisation. En Grande Bretagne, plusieurs initiatives citoyennes ont été lancées. Deux d’entre elles (Quilliam et Active Change Foudation) développent un discours convainquant notamment grâce à la mise en relation des jeunes avec des jihadistes repentis.  

Usman Raja, lui, n’est pas jihadiste repenti mais professeur d’arts martiaux. Musulman pratiquant, il partage aussi les codes de la jeunesse londonienne. Cela lui permet d’instaurer facilement une relation de confiance avec les ‘apprentis jihadistes’. Il commence par les défier dans des combats pour canaliser leur violence. Selon lui, leur radicalisation tient en effet en partie d’un attrait pour cette dernière. Puis, grâce à sa connaissance de l’islam, il les invite à s’interroger sur la religion et les argumentaires superficiels développés par les jihadistes; le but étant de leur faire comprendre que la Grande Bretagne leur permet de vivre pleinement leur religion.

  

Mis à part les enseignements mis en évidence par Asiem El Difraoui, d’autres universitaires ont travaillé sur la question. Certaines propositions font polémique. Viviane Seigneur (sociologue et anthropologue), par exemple, propose d’accorder une remise de peine aux jihadistes déçus à condition qu’ils reconnaissent leurs délits et renoncent à la violence. Lancé dès 1980 en Italie dans le cadre d’une offensive antiterroriste, ce programme a fait ses preuves. Mais, la France est-elle prête à ça? A expérimenter.

Léa SURMAIRE

Photo à la Une : drapeau de l’Etat Islamique

Crédit : commons.wikimedia.org

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s