Manger pour vivre ou vivre pour manger : quelle est notre relation à la nourriture aujourd’hui ?

« Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger », « la gourmandise est un vilain défaut », « ne mange pas trop de chocolat, c’est mauvais pour la santé »… Qui n’a jamais entendu ces paroles, martelées dès notre plus jeune âge ? Depuis le Moyen-Âge, dans notre société occidentale judéo-chrétienne, la gourmandise n’a pas très bonne presse, et l’on a une forte tendance à décrier « ceux qui mangent trop », sans d’ailleurs préciser à partir de quand ce « trop » est franchi. Pas simple de s’y retrouver, et surtout de ne pas se laisser gagner par la culpabilité. Jollies vous explique ce qu’il en est de notre relation à la nourriture aujourd’hui.

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En France, nous sommes plutôt bien lotis niveau gastronomie. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que nos célèbres éclairs, macarons et baguettes sont produits aux quatre coins du monde. On dit souvent que les Français passent la majorité de leur journée à table… et ce n’est pas si faux ! En effet, si on y réfléchit, les Français se mettent à table minimum deux fois par jour, trois en comptant le petit déjeuner… et le goûter n’est pas qu’une habitude d’enfants ! Oui, en France, on aime manger. Et pourtant, nous ne sommes pas épargnés par la vague de régimes qui s’est abattue sur la société occidentale.

Back to basis : manger, c’est quoi ?

Non, on ne vous prend pas pour des idiots, mais il est parfois important de redéfinir les termes du sujet. Manger, en premier lieu, est ce qu’Epicure appelait un besoin naturel et nécessaire. Eh oui, nous sommes obligés de manger. D’ailleurs, vous avez déjà dû remarquer que lorsque vous sautez le petit déjeuner, vous avez moins d’énergie dans la matinée (et un petit creux à 10h00 accessoirement). Manger, donc, est nécessaire à la vie. Jusqu’ici, rien de nouveau sous le soleil, on vous l’accorde.

Aujourd’hui, cependant, on ne mange plus pour survivre. L’acte de se nourrir revêt une forte valeur sociale : manger à plusieurs, c’est partager quelque chose, être en communion. Cela délie les langues, apaise les esprits, contente les estomacs… Finies également, les viandes crues et les tiges du paléolithique. Maintenant, on se régale de mets cuits et cuisinés. Et ainsi se perpétue la tradition millénaire des repas.

Pourtant, manger n’est pas si instinctif que cela. Cet acte est même de plus en plus contrôlé, normalisé, standardisé. L’OMS (Organisation mondiale de la santé) a fixé l’apport calorique moyen pour une femme aux alentours de 1800-2000 kilocalories et pour un homme autour de 2300-2500 kilocalories. Sans oublier de préciser, bien sûr, que ces valeurs « peuvent varier en fonction de l’âge, de la taille et de l’activité physique ». De même, on a instauré une fourchette de normalisation du poids grâce à l’IMC (Indice de masse corporel). Tous ces chiffres doivent permettre d’aider à s’alimenter correctement, et d’assurer la bonne santé de tout un chacun.

Du régime au rééquilibrage alimentaire

Depuis les années 1980 et jusque dans les années 2000, la mode était aux régimes, et de nombreuses firmes ont étendu un immense business basé sur cette tendance : Weigh Watchers, Dukan, pour ne citer que les plus connus… Très en vogue pendant plusieurs années, ils sont aujourd’hui fortement critiqués par les spécialistes (diététiciens et nutritionnistes) qui prônent un « rééquilibrage alimentaire » et tentent de mener leurs patients vers une relation apaisée avec la nourriture, qui allierait plaisir et raison. Le rêve. Ainsi, après des années de diabolisation, on exalte aujourd’hui l’acte de se nourrir, et le repas devient un moment sacré. On le constate par les mises en scène qui abondent sur les réseaux sociaux : photos de repas, vidéos « What I eat in a day » (ou « Journée dans mon assiette » en français), auxquelles s’ajoutent des publicités pour tel ou tel produit détox miracle, assorties évidemment d’un joli code promo. Bref, vous l’aurez compris, qu’on le veuille ou non, on a le nez dans l’assiette du réveil au coucher, et il s’en faut de peu pour que l’on n’en rêve pas la nuit.

Aujourd’hui, donc, se nourrir n’est pas censé être culpabilisant.

Quand manger devient une souffrance : le développement des TCA

On les qualifie souvent de « nouveau mal du siècle », et on les désigne sous le générique de « TCA », troubles du comportement alimentaire. Il semblerait que cet ensemble de maladie soient une « nouveauté » du XXe siècle, mais i il en existait très certainement des cas avant (rien que dans la littérature, on peut citer Emma Bovary, qui a une relation quelque peu pathologique avec l’alimentation).

Sans se lancer dans un développement de statistiques et de données scientifiques, les TCA, dont les plus connus sont l’anorexie et la boulimie, touchent à 90% des femmes. On les a beaucoup stéréotypés, les jeunes femmes atteintes d’anorexie étant reléguées au rang de « jeunes écervelées qui tentent de ressembler à des mannequins ». En réalité, les TCA sont des maladies psychologiques graves et sont la manifestation de profondes souffrances.

Si aujourd’hui, la nourriture devient un moyen d’exprimer sa douleur, c’est bien que notre relation avec elle est quelque peu troublée, et certainement pas sereine.

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Ainsi, même sans être atteint de TCA, on peut prendre la nourriture comme forme d’expression de nos émotions. On lit beaucoup le terme de « mangeur émotionnel » dans les magazines. En effet, vous avez sûrement constatés que lorsque vous n’avez pas le moral, vous avez tendance à vous rabattre sur la tablette de chocolat, et à en manger un petit carré. Ou deux. Ou trois. Ou la tablette entière en fait. Puis viennent la culpabilité et les remords, les « pourquoi j’ai fait ça ? » et les « comment je vais compenser cet excès ? ».

Et si on s’autorisait à vivre ?

Et si, finalement, on intellectualisait beaucoup trop notre assiette ? Ne serait-il pas plus simple de lâcher prise ? Ce sont les questions qui se posent actuellement.

À trop vouloir contrôler ce que l’on mange, on en oublie que manger permet tout d’abord de se maintenir en vie. Le corps est un mécanisme beaucoup trop complexe pour être totalement apprivoisé, et le contraindre à entrer dans des cases (de poids, de calories ingérées…), c’est lui faire violence et s’exposer au risque d’une vengeance. Eh oui, le corps est un peu rancunier, et a une très bonne mémoire. Alors respectez-le, et il vous respectera en retour !

Mathilde BERG

Cet article n’est en aucun cas un article scientifique. Il s’appuie sur des observations psychologiques et sociologiques, et a pour but de proposer une réflexion sur un sujet qui touche toute personne.

Crédits textes et photos : Mathilde Berg

 

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2 réflexions sur “Manger pour vivre ou vivre pour manger : quelle est notre relation à la nourriture aujourd’hui ?

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