Présidentielle autrichienne : L’Europe continue de se parer de vert face à l’extrême-droite

En mai dernier, le candidat Vert à la présidentielle autrichienne Alexander Van der Bellen remporte de peu une majorité face à son opposant du parti d’extrême-droite Norbert Hofer. De si peu, que la Cour constitutionnelle autrichienne annule et reporte l’élection. Et c’est ce dimanche 4 décembre que les Autrichiens sont retournés aux urnes pour élire à nouveau Van der Bellen président, cette fois avec quelque 53% de voix, selon les premières estimations.

Une élection présidentielle mouvementée et exceptionnellement longue

Pour la première fois depuis 1945, aucun des deux grands partis autrichiens – social-démocrate et conservateur – ne s’est retrouvé au second tour de l’élection présidentielle. Celle-ci avait esquissé, dès avril, le fossé qui se creuse dans de nombreux pays entre les citoyens et les élites politiques traditionnelles.
Depuis près de huit mois, les deux candidats ont joué au coude à coude. Jusqu’à l’élection de mai, où les 50,3% de voix qu’obtient Van der Bellen ne suffisent pas. La réélection, qui devait avoir lieu en octobre, est à nouveau repoussée pour des questions d’enveloppes non conformes.
La campagne politique a demandé un engagement à long terme, notamment sur les réseaux sociaux, où les candidats ont tenté de mobiliser les citoyens de la classe moyenne qui délaissent le plus les urnes, faute de se sentir représentés et écoutés par les deux grands partis politiques.
Le résultat de cette élection avait, quelque soit son résultat, un aspect novateur : l’Autriche aurait pu ouvrir le bal des extrêmes-droites victorieuses en Europe, en propulsant Höfer à la présidence. Ses citoyens ont préféré faire entendre une nouvelle voix, celle de l’écologie.

L’Autriche aurait pu ouvrir le bal des extrêmes-droites victorieuses en Europe

L’actualité qui a profondément marqué les discours des candidats

Le Brexit et les élections présidentielles américaines, qui ont fait appel au vote des citoyens, ont mis en évidence une appréciation de plus en plus marquée des discours de rupture. Avec les conséquences qu’ils engendrent, la plupart de ces discours jouent sur le rejet et la haine de l’autre, et sur les craintes soulevées par les difficultés économiques, par une crise migratoire de grande ampleur, et par l’impact du terrorisme en Europe.
Le discours de Norbert Hofer n’avait pas vraiment échappé à la règle. Le candidat du parti d’extrême-droite autrichien (FPÖ) portait le symbole d’une Autriche identitaire, inquiète par la vague d’immigration massive qu’elle connait depuis la politique d’accueil de l’Allemagne. Depuis 2015, 130 000 demandes d’asile ont été enregistrées par le petit Etat de 8,4 millions d’habitants. On est loin des 30 000 migrants que la France, avec ses quelques 67 millions d’habitants, a promis d’accueillir. Cet accueil très important entraîne naturellement des craintes au niveau de la capacité d’accueil, sur l’intégration, sur lesquelles a joué le candidat d’extrême-droite.
Et puis Hofer est jeune, bien plus jeune que l’ensemble des présidents qu’a connu l’Autriche jusque-là. Du haut de ses quarante-cinq ans, issu du secteur privé de l’aviation, il incarnait certainement une rupture avec la classe politique traditionnelle, en appartenant à un parti qui se déclare « anti-élites ». Une rupture qui avait un arrière-goût de retour en arrière pour la démocratie : son discours se montrait très clairement en faveur d’un pouvoir présidentiel fort, voire autoritaire.

Pour certains, Hofer était « le loup dans une peau de brebis »

Alexander Van der Bellen, au-delà du rempart contre l’extrême-droite

Naturellement, la victoire de l’écologiste libéral est intimement liée au rejet de l’extrême-droite. Peut-être que la victoire de Trump a également joué en défaveur du FPÖ, qui soutenait le nouveau président américain très controversé. Il n’en reste pas moins que l’Autriche devient le deuxième pays de l’UE à élire un écologiste pour président, après l’élection de Raimonds Verjonis en Lettonie en Juin dernier.

L’Autriche devient le deuxième pays de l’UE à élire un écologiste pour président

Le programme de l’ancien professeur d’économie et fervent européen, aujourd’hui âgé de 72 ans, maintient cependant une continuité dans la politique menée jusque-là. Van der Bellen appuie principalement sur la solidarité, notamment envers les réfugiés ; sur l’envie de changer le dialogue social pour permettre aux citoyens de se sentir mieux représentés ; il  insiste également sur le fort attachement à l’Union Européenne, aux valeurs de partage, d’égalité, et au renforcement de la place de l’Autriche sur la scène internationale. Plus concrètement, Alexander Van der Bellen s’oppose fermement à la ratification du TTIP (ce fameux accord commercial transatlantique entre l’UE et les Etats-Unis), et annonce une politique naturellement orientée vers l’environnement. Et ça, c’est déjà un point positif pour la transition écologique.

Si cette élection laissait craindre un premier pas vers un basculement de l’Europe en faveur  de l’extrême-droite, il semblerait plutôt que cette vague se pare de vert, et tentera (peut-être) d’apporter de nouvelles solutions aux enjeux majeurs de l’actualité.

 Hélène MONNIER

crédit photo en Une: LEONHARD FOEGER / REUTERS

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