« Chanson douce » : un Goncourt effrayant et fascinant

Les prix littéraires tombent à peu près tous au même moment, à la fin de l’année. Entre le Goncourt, le Renaudot, le Femina et le Nobel, on ne sait plus où donner de la tête. Deux solutions s’offrent alors à nous : où on achète toute la libraire, au risque de se sentir extrêmement coupable, où on repart les mains vides, au risque d’être terriblement frustré(e). Pour vous aider à faire votre choix, Jollies vous donne son avis sur le prix Goncourt 2016 : Chanson douce, de Leïla Slimani.

Myriam est mère au foyer depuis la naissance de sa fille Mila. Aux yeux de tous, cette vie lui plaît et elle joue son rôle à la perfection. Seulement au fond d’elle, Myriam se sent prisonnière, coincée à la maison avec deux enfants en bas âge aux exigences particulièrement élevées. Un jour, elle décide de reprendre son activité d’avocate et doit faire le choix difficile d’une nourrice pour s’occuper de ses bambins. Après des heures d’entretien, elle tombe sur la perle rare. Louise, une quadragénaire qui a dédié toute sa vie aux enfants. Références satisfaisantes, physique impeccable, maîtrise et douceur, Louise a tout pour elle. Peu à peu, elle va s’introduire dans la famille, s’y installer, lentement, insidieusement. Jusqu’à, un jour, commettre l’irréparable, et tuer les enfants dont elle a la charge.

Ne vous en faites pas, vous n’avez pas été spoilés. Dès les premiers mots du roman, ou simplement en lisant la quatrième de couverture, on en connaît l’issue dramatique. Chanson douce n’est pas un de ces romans à suspens, dont la chute surprend et laisse haletant, dans l’espérance d’une suite. Ce n’est pas non plus un polar audacieux qui nous tient éveillé toute la nuit.

Leïla Slimani nous invite à plonger dans la psychologie des personnages. Elle les fait évoluer lentement, les met en scène dans leur vie quotidienne, comme si elle les observait. Les rouages de l’esprit de la nourrice se dessinent peu à peu, et l’on comprend, page après page, ce qui l’a menée à commettre le pire.

Le lecteur évolue dans un cadre à la fois léger et étouffant. La vie d’une famille sans histoire, qui revit grâce à la présence de cette nourrice providentielle. Et en même temps, l’emprise sordide et dangereuse que cette femme étend sur la maisonnée. On ne peut pas faire semblant de ne pas comprendre, on se refuse le droit de fermer les yeux, comme le font Myriam et son époux.

Telle une chanson, Louise s’introduit dans notre tête, à nous lecteurs, comme elle s’est introduite dans celle de ses employeurs. Avec légèreté et insistance, innocemment. Puis elle nous obsède, devient indispensable, irremplaçable.

Chanson douce n’est peut-être pas un polar, mais Leïla Slimani a réussi le pari audacieux de nous tenir en haleine en nous livrant l’issue du roman dès la première page. On ressort bouleversé et étourdi de ce roman, mais toujours conquis.

Mathilde BERG

 

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