L’Enseignement Supérieur, la cible de l’État ?

Nous avons entendu parler des étudiants assis par terre dans les amphithéâtres, nous avons retweeté « #MaSalleDeCoursVaCraquer », et nous nous sommes demandés s’il ne valait pas mieux faire de l’Université un lieu d’enseignement sélectif. Mais a-t-on évoqué les conséquences des coupes budgétaires sur les Universités françaises et leur impact sur les étudiants ? Depuis quelques mois déjà, c’est un véritable raz-de-marée qui secoue les Universités de Toulouse, Orléans et Dijon. Entre suppression de filières, dévalorisation de l’enseignement et diminution d’heures, le combat est bien présent pour des professeurs alarmés et des étudiants soucieux de leur avenir.

Face à un apport toujours plus faible de ressources financières de l’État pour les Universités, l’Enseignement Supérieur se retrouve aujourd’hui dans une situation préoccupante. Les élèves affluent toujours plus nombreux chaque année, mais le manque de moyens empêche l’extension de locaux et la création de nouveaux postes.

A Dijon (14ème ville étudiante de France en 2016 d’après le magazine L’Étudiant), les protestations sont extrêmement vives car il n’est pas question uniquement de rénovation de bâtiments. En effet, face aux restrictions budgétaires considérables imposées par le Président de l’Université de Bourgogne depuis 2012, les conditions d’apprentissage se sont fortement dégradées, provoquant des revendications en cascade. Tout commence avec l’annonce d’un possible déficit pour l’Université, nécessitant des économies de l’ordre de 5 millions d’euros « dans le domaine de l’offre de formation ».

2000px-universite_de_bourgogne_logo-svg
Crédit : Wikimedia Commons

Émerge alors une triple problématique :

Comment la formation est attaquée ?

C’est là, la principale interpellation des étudiants, en première ligne du fléau. La « Lettre des historiens de l’Université de Bourgogne » du 30 Septembre 2016 plaide « intolérable que l’enseignement soit considéré comme une variable d’ajustement budgétaire ». Parmi les répercussions concrètes, une réduction conséquente des heures de cours (35 000 heures à supprimer) et de l’offre de formation qui ne leurs permet pas d’avoir un enseignement de qualité. De même, les filières Lettres classiques et Musicologie ainsi que le master d’Histoire moderne ont été supprimés. Pire encore, des bacheliers s’étaient inscrits sur le système Admission Post Bac (APB) pour débuter une formation en Lettres classiques sans être tenus au courant de sa disparition. Des étudiants malheureux, alors relégués dans la section Lettre Modernes, qu’ils n’avaient pas choisie.

Pourquoi les sciences humaines ?

Les restrictions auraient très bien pu se porter sur d’autres disciplines. Mais en imputant les Sciences humaines, l’Université de Bourgogne rentre directement dans un débat millénaire qu’est celui de la frontière entre les sciences dites « dures » et les sciences dites « molles ».  Une idéologie selon laquelle les sciences dures se caractériseraient par une méthode empirique et expérimentale, et c’est en cela qu’elles trouveraient leur légitimité, tandis que les sciences molles s’intéresseraient davantage aux comportements. Pourtant, les Sciences humaines peuvent aussi s’appuyer sur une certaine scientificité.  Une inégalité de traitement qui contribue au maintien d’une domination élitiste et constitue une entrave à la démocratisation universitaire et à la diversité des savoirs.

Quelles solutions ?

Outre diverses pétitions et manifestations, le « Collectif dijonnais Université debout » formé essentiellement d’enseignants, lutte contre les coupes budgétaires. Preuve que la mobilisation ne touche pas que les étudiants, à l’instar de la marche organisée contre « l’enterrement des formations » le 19 octobre 2016 qui a réuni une centaine d’enseignants et d’étudiants.

ub_droitlettres
Bâtiment d’Économie-gestion-droit et Science Politique de l’Université de Bourgogne. – Crédit : Wikimedia Commons

Pour sa 2nde année de psychologie à l’Université de Dijon, Océane Boudron s’est confiée à Jollies Magazine sur l’influence des coupes budgétaires dans ses études : « Cela dévalorise notre diplôme ! »  Ses heures de cours ont été restreintes, voir même supprimées, et elle sait d’ores et déjà qu’elle ne disposera pas d’une formation complète dans l’un de ses UE en 3ème année. Pour cette étudiante, il est inconcevable de privilégier certains enseignements au détriment des autres et encore moins de fusionner les universités de Dijon et de Besançon situées à une centaine de kilomètres l’une de l’autre. « Ce n’est pas normal de devoir changer de fac pour recevoir une formation complète. Médecine et droit sont les filières les moins touchées parce que ce sont les filières élitistes !  En revanche, tous les enseignements de lettres, langues et sciences humaines sont affectés. » Investie pour la valeur de son diplôme, pour un travail dans des conditions optimales, mais surtout par souci du devenir des futures générations, Océane a participé à deux manifestations dans le but de débloquer des fonds pour l’enseignement. Et si pour l’instant les résultats sont minimes, les actions restent efficaces et aboutissent à des renégociations de budgets.

manif-dijon-oceane-boudron
Réunion d’étudiants, de personnels et d’enseignants lors d’une mobilisation contre les restrictions budgétaires à l’Université de Bourgogne. – Crédit : France 3 Bourgogne

Alors même si l’Université de Bourgogne semble relativement affaiblie par toutes ces restrictions budgétaires qui altèrent la qualité et la quantité de l’enseignement, les étudiants comme les professeurs ne sont pas près d’en démordre. Reste à voir si le gouvernement saura les entendre.

 Marylou CZAPLICKI

Crédit image à la une : Ministère de l’éducation nationale
Publicités

2 réflexions sur “L’Enseignement Supérieur, la cible de l’État ?

  1. Étant étudiant à l’université de Bourgogne, j’ajoute que s’il est vrai que toutes les formations ne sont pas toutes touchées de la même manière, c’est également le cas des différents budgets : celui des formations est amputé, mais ce n’est pas le cas des budgets de communication, frais de bouche ou encore déplacements, qui doivent au total s’élever à environ 2,5 millions d’euros, alors qu’il n’en faudrait même pas 500 000 pour maintenir des formations de qualité…

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s