Critique : Réparer les vivants, un appel à l’urgence de vivre

Adapté du roman, devenu bestseller, de Maylis de Kerangal, Réparer les vivants devient dans l’adaptation cinématographique de Katell Quillévéré une histoire universelle. C’est d’ailleurs à travers son vécu personnel que la réalisatrice a été touchée par ce récit et qu’il lui est apparu évident de le retransmettre à l’écran. Certes, il est question de mort. Mais c’est une alerte à exister, c’est une transcendance d’amour, c’est « un élan vital » qui nous rappelle ô combien « la mort est dans la vie, mais comment la mort peut générer la vie ». (Citation de K.Quillévéré)

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Affiche du film « Réparer les vivants » – @Allocine

Quel sujet lourd que la mort et tout ce qu’il suppose. La perte, le deuil et le souvenir. La réflexion, le don, la transplantation. Le regret, l’acceptation, la survie. Et la vie. Parce que oui, le don reste le thème principal du film et suppose une autre vie. Mais comment vivre avec le cœur d’un autre ? Que nous reste-t-il à vivre ? Comment accepter que le cœur de notre fils, de notre amoureux, de notre frère devienne le cœur d’un parfait inconnu ? Comment accepter de laisser s’en aller une partie de cette personne qui représente tant pour nous ? Que doit-on dire ou garder secret pour ne rien regretter ?

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Dans l’immensité de l’océan – crédit : lintranquille

Une infinité de vies en une

En silence, le film débute par le vol d’un instant d’intimité entre deux adolescents amoureux, innocents et heureux. Puis, vient la fougue, le besoin d’aventure et de sensations de jeunes surfeurs. Des plans extraordinaires dévoilent la beauté de la nature, et de la terre, mais surtout de l’océan. À travers les yeux passionnés de Simon, on découvre ce bleu immense qui s’étend à l’infini, ces vagues époustouflantes qui se heurtent au sol et qui font remonter une écume d’un blanc éclatant. Dans cet univers qui est le sien, il profite une dernière fois de cette stupéfiante pureté et du sentiment incomparable de glisse sur l’eau et de la houle sur sa peau. Passé cet instant unique en suspens, le ton est lancé : l’eau comme matrice de l’homme, mais l’eau comme danger permanent.

Sans jamais tomber dans le pathos, l’adaptation cinématographique retransmet avec justesse ce qu’engendre la mort. Il ne s’agit pas de faire un film militant sur le don. Cela va bien au-delà. Il montre à quel point nous sommes tous connectés, et les répercussions qu’une seule personne peut causer sur des milliers. Derrière les apparences, derrière un simple acte de donation, se cachent une multitude d’humains, de relations, de réflexions, de craintes, de joie. Comment en tant que médecin annoncer la mort ? Comment envisager le don d’organe ? Comment les proches se reconstruiront ? Quels souvenirs laissera-t-il derrière lui ? Comment vivre avec le cœur d’un mort ? Une façon pour la réalisatrice de montrer qu’il n’y a pas de personnage principal dans le film contrairement au livre. Chaque personne est décisive. C’est une boucle qui s’enchaîne et qui ne se défait jamais. « Tout va compter, chaque geste, chaque détail. »

Et les médecins dans tout ça ?

C’est aussi un moyen d’illustrer les difficultés du corps médical : leur pression quotidienne, leur empathie et leur devoir de rester solide. C’est mettre en lumière l’empiétement de la vie professionnelle sur la vie personnelle dans le but de sauver des vies. Parce que cette passion, cette soif de vivre est plus forte que tout. C’est dans l’optique d’assister à cette magie médicale que Quillévéré filme toutes les étapes. Pour obtenir du réalisme certainement, mais aussi pour pouvoir ressentir le miracle d’un cœur qui rebat à nouveau, d’une vie qui redémarre. En soi, « la chirurgie est vue comme une plomberie, une couture, mais aussi comme quelque chose qui nous dépasse profondément. Le cinéma sert aussi à montrer ce qu’on ne voit pas. » C’est le phénomène de la vie qui reprend dans le corps d’une femme de 50 ans.

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Bouli Lanners et Katell Quillévéré répondent aux questions des spectateurs lors de l’avant première à Lille – crédit : Marylou Czaplicki

Avec une humilité déconcertante, Katell et l’acteur Bouli nous racontent à quel point tourner ce film a été une expérience merveilleuse. Ils l’ont vécu comme quelque chose de très puissant, en partie grâce à « la qualité et la personnalité des acteurs. » Mais pas sans pression : « Il a fallu être à la hauteur de ces professions, nous sommes portés par des exigences humaines » en s’attelant à un tel sujet. Bouli ne manque pas de souligner le travail considérable effectué pour transmettre la réalité du mieux qu’il soit. Ils ont rencontré des chirurgiens, assisté à des greffes en direct ; « Katell est une réalisatrice qui sait ce qu’elle veut ! »

Et une chose est sûre, c’est un travail qui se ressent. Qu’on ait connu une histoire similaire ou non, on ne peut pas rester indifférent. Pour preuve, lorsque Bouli demande qui veut donner un foie dans l’assemblée, une majorité de personnes lève la main. Mais là n’est pas la question ; il s’agit simplement « d’être au clair avec soi et ses proches, avec son corps et avec ce qu’on veut en faire ». Un film universel, réaliste, vrai, bouleversant qui nous donne envie de vivre. De vivre réellement chaque jour, chaque instant.

Le 1er Novembre 2016 au cinéma dans toutes les salles de France et de Belgique.

Marylou Czaplicki

 

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