Des écoles de commerce accusées d’exploiter les étudiants : l’IUT de Valenciennes au coeur d’un scandale

Depuis quelques jours les écoles de commerce et notamment l’IUT TC (Techniques de commercialisation) de Valenciennes se font tacler sur les réseaux sociaux. En cause : des pratiques douteuses qui seraient employées par celles-ci et par les entreprises avec qui elles collaborent. Nous avons tenté de démêler le vrai du faux.

 

La polémique DIVAM à l’IUT de Valenciennes : ces étudiants contraints de vendre des chaussettes…

C’est la publication d’une capture d’écran le 5 octobre qui a mis le feu au poudre. Menaces de redoublement, insultes envers les élèves qui ne réaliseraient pas un chiffre d’affaire suffisant : l’association Show Seven de l’IUT de Valenciennes n’y va pas de main morte pour pousser les étudiants à vendre leurs produits.
Cette association, composée de six étudiants en deuxième année, travaille en partenariat avec la société DIVAM, spécialisée dans la vente de textile « Made in France ». L’objectif affiché : permettre aux étudiants de vivre une première expérience commerciale, tout en soutenant l’emploi français. L’opération consiste donc pour les étudiants à faire du porte à porte pour vendre chaussettes, serviettes et autres peignoirs de la marque, avec un objectif de 500 euros de chiffre d’affaires en un mois.

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Oui mais voilà : les élèves de Valenciennes n’ayant pas vraiment le choix s’ils espèrent valider leur première année, beaucoup dénoncent des méthodes qui s’apparentent à du travail forcé et qui permettent de renflouer les caisses de la société DIVAM. Certains internautes vont même jusqu’à parler d’ « esclavage moderne » sous couvert de ce projet tutoré puisque les étudiants ne sont pas rémunérés directement pour leurs ventes.

Et le coeur de la polémique est là : DIVAM a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de près de 900 000 euros avec un effectif de 9 salariés seulement. La société utilise comme moyen premier de vente les associations d’étudiants, les lycées, les IUT, les écoles de commerce et autres, afin de leur « permettre de financer leurs projets d’études » peut-on lire sur leur site internet. Il s’agirait donc d’un important réseau de commerce mis en place « sur le dos des étudiants » et qui leur permettrait de vendre à moindre coût.

     Autre polémique : les prix exorbitants des produits DIVAM. 22 euros la paire de chaussettes, par exemple. « Je trouvais que c’était un énorme budget pour les produits lamentables qu’ils nous faisaient vendre. Personne, même dans mon entourage, ne voulait en acheter. Ils ne le faisaient que par sympathie (…)  Je demandais qu’ils m’en achètent pour que j’aie mon année. » raconte une ancienne élève de l’IUT de Valenciennes. « Vu que l’on arrive pas à vendre à des inconnus, on se rabat sur la famille qui achète juste pour te faire plaisir, il n’y a aucun apprentissage commercial. Du coup, DIVAM se fait de l’argent sur la famille de l’étudiant qui, à la base, ne voulait pas acheter de chaussettes » ajoute un autre étudiant.
Certains ont en effet été encouragés à vendre à leurs proches, voire même à jouer sur leur situation d’étudiant et sur le pathos afin de mieux vendre leurs produits, en insistant sur l’importance de l’achat pour leur réussite scolaire.  Une expérience qui permet d’apprendre aux étudiants des techniques de vente, vous disiez ?
Quant à DIVAM, la marque se défend en prétendant n’imposer aucune exigence de résultat, l’action sur le terrain étant gérée entièrement par les étudiants et les professeurs.

« L’Université nous fait travailler avec cette entreprise pour que nous ayons de l’argent pour nos associations »

Pour certains étudiants de l’IUT, l’expérience reste tout de même très profitable. C’est pour eux l’opportunité d’étoffer leur CV et de se forger un esprit critique et commercial. De plus, chaque étudiant de l’IUT percevra jusqu’à 20% du chiffres d’affaires qu’il aura réalisé afin de financer l’association qu’il devra mettre en place en deuxième année. « Sans mon argent DIVAM, je ne sais pas comment j’aurais pu faire cette année pour mon association. Les profs le savent bien, et c’est pour cela que l’Université nous fait travailler avec cette entreprise (…) » témoigne C., une étudiante de deuxième année. Elle avoue elle-même qu’au début, elle se posait des questions sur DIVAM. « On m’a motivée, comme on a motivé les premières années de cette année, avec des fausses menaces à prendre au second degré (…). C’est juste de la motivation, personne n’a été obligé de redoubler l’année dernière à cause de DIVAM » poursuit-elle. C. avait vendu pour 300 euros l’année dernière, ce qui lui avait permis d’obtenir la note de 15/20.

Elle dénonce le lynchage contre l’IUT et notamment contre l’association Show Seven. « Ils en souffrent beaucoup, ce sont de simples élèves de deuxième année qui ont fini sur des forums à se faire insulter ». L’association en question n’a pas souhaité s’exprimer sur l’affaire.

DIVAM, des partenariats avec plusieurs écoles de commerce

Ces systèmes de collaboration entre une école et une société sont monnaie courante dans les cursus commerciaux, le travail de terrain étant une partie importante de la formation. Certaines entreprises, comme DIVAM, fondent une bonne partie de leur fonctionnement sur ces pratiques.
Pierre, étudiant à l’Ipac Bachelor Factory, a aussi été confronté à la société Divam dans le cadre de ses études cette année. En revanche, il explique que là-bas aucune pression n’est exercée sur les étudiants ; il s’agit d’une vente totalement facultative. Pierre a d’ailleurs refusé d’y participer. « Le mec qui est venu nous voir nous a dit qu’il fallait faire du porte à porte. Dès qu’il nous a laissé ses valises, je savais que je n’allais pas vendre (…) Je n’ai aucune envie d’arnaquer des petits vieux à leur vendre des chaussettes 20€. (…)  Il a aussi dit que si on arrivait pas à faire du porte à porte, il fallait utiliser notre réseau et vendre à la famille, aux amis. Mais souvent, ceux-ci achètent juste pour toi, en mode « il fait pitié avec ses chaussettes. » 
A l’IUT de Roubaix aussi, on propose aux étudiants de première année de vendre les produits DIVAM. Là aussi aucune obligation, d’autres « challenges » étant proposés tout au long de l’année avec différentes marques, comme « Ma terre de com », une entreprise spécialisée dans les objets de communication. Les étudiants doivent alors trouver des entreprises où vendre stylos, clé USB, etc.
L’étudiant choisit donc ses challenges ; sa seule obligation est de réaliser au cours de l’année au moins 200 euros de bénéfice sur l’ensemble des challenges réalisés. Ainsi, un étudiant qui choisirait de ne participer qu’au challenge DIVAM devra réaliser un chiffre d’affaires de 1000 euros pour obtenir la note de 20/20 ; les bénéfices que les étudiants retireront pour leur association de deuxième année représentant là aussi 20% du chiffre d’affaires.
Il demeure cependant une question importante. S’agissant d’enjeux financiers conséquents, avec des chiffres d’affaires qui grimpent au-delà des 60 000 euros certaines années, qu’y gagne l’université ? Aucun étudiant interrogé n’avait la réponse à cette question, pourtant centrale.
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Camille LAPOTRE
Crédit image à la une : CC0 Public Domain

3 réflexions sur “Des écoles de commerce accusées d’exploiter les étudiants : l’IUT de Valenciennes au coeur d’un scandale

  1. Vous vous trompez complètement de cible entre les sociétés qui acceptent des partenariats avec les écoles et le management opéré par ces écoles… A ce moment là, creusez un tout petit peu, cette pratique existe avec des chocolats, des portes clés et toutes sortes d’objets. Vous trouvez ça même dans le primaire… et certains promettent de financer des opérations pour sauver des enfants (si ce n’était grave, on pourrait rire du % reversé).

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  2. J’ai reçu hier une jeune fille étudiante en bac pro vente qui doit vendre des produits d’une marque de surgelés. Elle m’a dit ne pas être rémunérée. Elle sera notée en fonction du chiffre d’affaire réalisé, sachant qu’une vente est considérée comme telle à partir de 25 euros! Bien sûr je n’ai pas tous les détails mais en lisant votre article je me dis qu’il y a de grandes similitudes. Quelles sont ces méthodes? Je trouve ça scandaleux d’utiliser des étudiants sous prétexte que ça leur « fait de l’expérience ». Je ne vois qu’un moyen pour une entreprise d’augmenter son chiffre d’affaire à moindre coût. En effet, je ne sais pas ce que l’école gagne à organiser ce genre de partenariat. Bref, je voulais en faire part, me disant en effet qu’il y a quelque chose à creuser dans toutes ces histoires. Peu importe les aspects éventuellement positifs de ces pratiques pour les étudiants (franchement, je ne les vois pas), une entreprise n’a pas à utiliser des étudiants gratuitement pour vendre ses produits!

    Aimé par 1 personne

  3. Et le coeur de la polémique est là : DIVAM a réalisé en 2015 un chiffre d’affaires de près de 900 000 euros avec un effectif de 9 salariés seulement. La société utilise comme moyen premier de vente les associations d’étudiants, les lycées, les IUT, les écoles de commerce et autres, afin de leur « permettre de financer leurs projets d’études » peut-on lire sur leur site internet. Il s’agirait donc d’un important réseau de commerce mis en place « sur le dos des étudiants » et qui leur permettrait de vendre à moindre coût.

    c’est ça qu’est incroyable, ils mettent quoi dans le bilan de la société en ce qui concerne les cotisations sociales, les traitements et salaires ?? ils se font un CA énorme en rémunérant personne

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