Besoin de rien, envie de moins? Les mouvements minimalistes et zéro-déchet

Cela ne vous a sans doute pas échappé, la planète est en détresse écologique et économique. En réponse à cette situation, certains se sont lancés dans des démarches dites « minimalistes » et « zéro-déchet ». Mais qu’est-ce que c’est exactement ? On vous dit tout, des origines à l’application concrète, vous saurez tout sur ces personnes qui agissent pour la planète et qui font des économies !

Le minimalisme

Aujourd’hui, beaucoup de peuples vivent de manières minimalistes. Non pas par choix mais par nécessité. On pense notamment aux peuples amérindiens ou africains. Mais le premier peuple à avoir « théorisé » le minimalisme est le peuple japonais. Cela peut s’expliquer par la situation géographique du pays qui est régulièrement soumis à des séismes. Ainsi, les japonais ont pris l’habitude d’avoir uniquement l’essentiel chez eux, de ne pas accumuler trop d’objets, souvenirs et autres meubles afin de ne pas tout perdre à chaque fois. Le minimalisme s’inspire fortement de l’épicurisme, du stoïcisme et du bouddhisme. Mais le minimalisme comme « mouvement » prend son essor aux Etats-Unis dans un contexte de crise économique et écologique. Ce mouvement est initié outre-atlantique par Léo Babauta, qui écrit sur le sujet le livre Thriving on Less (ndlr : S’épanouir avec moins), qui sera un véritable succès. Ce dernier sera traduit en France par Olivier Roland, sous le titre L’art d’aller à l’essentiel. Par la même occasion, Olivier Roland se met à traduire le blog à succès Zen habits (blog de Léo Babauta) sous le nom de Habitudes-zen qui devient à son tour un blog à succès. Une des pionnières en France reste cependant Dominique Loreau, expatriée au Japon qui écrit sur le sujet depuis 2005.

Le minimalisme est un mouvement qui prône la réduction au minimum de nos possessions. En effet, selon les minimalistes, la société de consommation nous pousse à consommer toujours plus, mais surtout nous pousse à accumuler des objets dont nous ne nous servons jamais ! La société s’est selon eux accélérée : nous sommes toujours occupés, sollicités de toutes parts car nous sommes joignables 24h/24. Nous avons désormais l’information en continu et même celle que nous ne voulons pas avoir ! Bref, nous sommes stressés en permanence.

Ainsi, le minimalisme croit au fait qu’en réduisant nos possessions à l’essentiel, notre stress quotidien peut réduire et même disparaitre.

D’un point de vue psychique, le minimalisme prône un retour à « la conscience de soi et de ses actions ». C’est à dire le fait de se concentrer sur ce que l’on fait, ce que l’on ressent, de l’analyser et de l’exploiter. Selon les minimalistes, cette démarche permettrait un bonheur plus stable et durable (c’est la base de l’épicurisme).

Concrètement, dans leur livre Léo Babauta/Olivier Roland donnent des conseils simples. Ces conseils touchent à tous les domaines de la vie : l’économie, le travail, la décoration, l’organisation, le sport, la nourriture…. Ainsi le minimalisme n’est donc pas qu’un mouvement mais une véritable philosophie de vie. Voici quelques domaines pour comprendre ce qui est recommandé et comment le mettre en place:

Ralentir notre rythme de vie : le minimalisme conseille de commencer par une analyse de nos besoins. Pour cela, les auteurs recommandent de dresser une liste de nos objectifs, mais attention pas sur le court terme mais bien de nos objectifs de vie et/ou de long terme. Par la suite, le but est de sélectionner ceux qui comptent le plus ( trois idéalement mais cela peut aller jusqu’à cinq) et de les inscrire sur une « Top liste ». À partir de là, toutes nos actions devront nous conduire à la réalisation de ces grands projets. Pour ça, chaque jour, nous devrons effectuer des « sous-tâches » qui nous mènerons petit à petit vers les grands projets. Cette démarche permet ainsi de ne pas être surchargé de tâches et de « to-do » listes à rallonge.

La décoration/ la maison : le minimalisme recommande de faire le tri. Mais encore une fois petit à petit! Pas question de rompre totalement avec nos anciennes habitudes du jours au lendemain ou de nous séparer de tous nos objets! Ainsi, il est recommandé d’effectuer plusieurs tri et de ranger sa maison tous les jours un petit peu. L’objectif est encore une fois de revenir à l’essentiel.

L’économie : selon les minimalistes, en réduisant nos obligations et nos tâches nous serons plus productifs et donc nous réussirons mieux économiquement parlant. De plus, le minimalisme implique d’acheter moins et donc de faire des économies.

C’est sur ce dernier point que le lien avec le mouvement zéro-dechet se fait car bien souvent les minimalistes souhaitent également réduire leurs déchets. En effet, il faut rappeler que le minimalisme s’est aussi créé en réaction à une crise écologique, l’idée étant que consommer moins et mieux était également un geste pour la planète.

Le mouvement zéro-déchet

Là encore, ce mouvement existe depuis longtemps. Cependant il a été « institutionalisé » en France grâce à l’organisation  « Zéro Waste France ». Lancée en 1997 avec la création du Cniid (Centre national d’information indépendante sur les déchets) qui organise des opérations concrètes de reddition des déchets en 2014 et change de nom au profit de celui de ZeroWasteFrance. Le mouvement prend aussi un essor aux Etats-Unis.

Le but est de réduire au maximum ses déchets et pour cela le mouvement recommande l’économie en circuit court c’est-à-dire les marchés ou encore les épiceries en vrac. La rédaction est allée à la rencontre d’Alice, gérante de l’épicerie en vrac « Day by day » à Lille. Le principe? Une épicerie qui propose de remplir vos propre contenants – bocaux, tupperware, sacs –  avec ce qui se trouve dans la boutique. Et on trouve de tout ! Farine, sucre, pâtes – bio ou non – et même quelques produits d’entretien. Aujourd’hui, la franchise compte vingt boutiques en France. Alice est elle-même rentrée avec sa famille dans cette démarche il y a 3 ans et parvient aujourd’hui à ne produire qu’un bocal de 500ml par semaine de déchet (pour une famille de quatre personnes).

Jollies Magazine : Qui vient dans votre boutique? Pourquoi?

Alice : Tout le monde! Du retraité à l’étudiant, de la famille aux célibataires. Les raisons avancées par ces personnes sont multiples. Tout d’abord écologiques mais aussi économiques car à qualité égale, le prix est inférieure d’environ 30% entre un produit emballé et un produit sans emballage. Un exemple concret, celui des épices, tout le monde achète une petite bouteille alors qu’on en a rarement besoin de plus d’une pincée… Une autre raison avancée est celle du « contrôle » de ce que contient nos assiettes. J’ai  aussi remarqué qu’après le film Demain, beaucoup de personnes sont arrivées dans ma boutique, m’ont dit qu’elles voulaient changer les choses et qu’elles avaient besoin d’aide. C’est bien d’être accompagné au début.

Avez-vous de plus en plus de clients ou diriez-vous que ça stagne?

Ça augmente. Pour revenir sur le film Demain, il fait parti des facteurs qui ont fait prendre conscience aux gens qu’il fallait changer quelque chose. L’épicerie en vrac c’est une première étape, mais je pense que petit à petit les gens vont aller de plus en plus loin. Sans tomber dans l’extrême, je ne dis pas que je vis dans une cabane !

Quels sont les avantages du zéro-déchet?

L’économie mais aussi le « social ». Je veux dire, avant je faisais mes courses de mon canapé, aujourd’hui je sors, je vais au marché. Ne plus acheter de produits déjà fait nécessite de les faire, par exemple je refais de la cuisine avec mes filles. Aujourd’hui j’ai aussi créé une proximité avec mes clients, je les tutoie, ils m’appellent par mon prénom. En plus s’adresser directement à des pros ça permet d’avoir des conseils, de découvrir de nouveaux produits. J’ai repris plaisir à faire mes courses.

Comment vous fournissez-vous? 

Day by day nous donne une liste de fournisseurs. On essaye de privilégier le plus possible le local. Mais par exemple, j’ai eu beaucoup de mal à trouver un producteur de miel qui accepte de me fournir. Je pense que c’est pour des raisons économiques, on casse la chaîne de production. Mais selon moi, je trouve ça un peu bizarre. Quand on y réfléchit, ça lui coute moins cher de me remplir un bidon plutôt que plein de petits pots. Ce n’est pas encore bien intégré.

Est-ce que c’est vraiment économique? 

Il faut comparer ce qui est comparable. Il est évident que si vous n’acheter que du premier prix, Day by Day vous reviendra plus cher. Mais si vous souhaitez acheter des produits de qualité, vous verrez vite la différence dans votre portefeuille! Pour tous ce qui est des produits d’entretien, la différence est vraiment notable puisque je vends essentiellement des produits naturels.

Le lien entre minimalisme et zéro-déchet

Selon Alice, c’est un rapport de conséquence. En effet, quand on entre dans un des mouvements, on finit par rejoindre l’autre. Mais à des intensités différentes. Par exemple, si on rentre d’abord dans le minimalisme, on va s’approprier un peu du mouvement zéro-déchet. Inversement, quand on rentre dans le mouvement zéro-déchet, on finit par adopter certains réflexes minimalistes. C’est simplement logique. Ainsi, ces deux mouvement peuvent se combiner et s’adaptent à chacun.

Dans une société où il n’a jamais été aussi facile d’acheter, de tout, partout, pourquoi souhaitons-nous revenir à l’essentiel? Pourquoi revenons nous au « fait maison » et aux bocaux de grands-mères quand il existe des plats à réchauffer? La reponse se trouve peut être dans le film Demain, sorti l’année dernière et réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion. Il montre que ce progrès incessant a mené à une véritable détresse écologique. On constate également que plutôt que de réduire les inégalités, la mondialisation et la société de consommation n’ont fait que les creuser. Nous n’avons jamais été aussi connectés et pourtant les liens sociaux se délitent au profit d’une popularité digitale. Ainsi, le minimalisme comme le mouvement zéro-déchet se définissent comme des réponses à cette société. Attention, ces deux mouvements ne sont pas dans la nostalgie du « c’était mieux avant », bien au contraire. Le progrès peut nous permettre aujourd’hui de mieux vivre dans le respect des autres, de soi et de la planète.

Recommandations de lectures, vidéos, blogs…

 

Eglantine PUEL

 

 

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6 réflexions sur “Besoin de rien, envie de moins? Les mouvements minimalistes et zéro-déchet

  1. Merci pour cet article sur un sujet qui me tient vraiment à coeur. Je milite de plus en plus, ça me rend dingue de voir tout ce qui part à la poubelle !
    J’ai parlé il y a peu de recyclage et de réduction des déchets… et c’est vrai que l’on en vient vite à une démarche plus minimaliste ! J’ai encore beaucoup de progrès à faire mais j’y pense 🙂
    J’opte pour le vrac dès que j’en ai l’occasion, pas mal de boutiques bio le proposent. Et pour les produits de beauté, en plus du tri sélectif je ramène mes emballages dans les enseignes qui s’engagent à les recycler.

    J'aime

  2. et je rajouterai à votre liste de recommandation, ce film documentaire français
    « En quête de sens » réalisé par Nathanaël Coste et Marc de la Ménardière, sorti le 28 janvier 2015 en France soit presque un an avant « Demain ». Pareil que « Demain » ce sont des amis qui devant l’absurdité de notre vie actuelle ont décidé d’enquêter , des mêmes personnes sont cités dans les 2 films, à voir et à diffuser aussi

    Aimé par 1 personne

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