Critique : Le ciel attendra, la radicalisation, un sujet sensible mais essentiel

Depuis quelques années, la radicalisation touche de plus en plus de jeunes. Dès l’âge de 14 ou 15 ans, ils se font embrigader par des hommes qui leur font croire que le monde leur ment et que l’islam est une religion de la haine. Le ciel attendra traite un sujet qui touche la France de près en ce moment de crise. La réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar a choisi de se concentrer sur la radicalisation de deux jeunes filles, Sonia et Mélanie. L’une est sur le chemin long et pentu de la déradicalisation tandis que l’autre se fait convertir et manipuler virtuellement par un « prince » qui veut la convaincre d’aller en Syrie. Quand les technologies nouvelles servent les mauvaises personnes, les plus innocentes se retrouvent dans leur camp.

L’incompréhension est le sentiment le plus fort quand les journaux décrivent les arrestations de jeunes âgés de 14 à 19 ans pour tentative d’attentat. Et c’est pour pallier cette incompréhension qu’on se dirige vers Le ciel attendra. Seulement, le film de Marie-Castille Mention-Schaar n’est pas fait pour apporter une réponse claire à nos interrogations car il n’y en a pas. Les parents de Sonia ne reconnaissent plus leur fille, il la pense devenue folle et aliénée. La mère de Mélanie, elle, voit sa fille s’éloigner peu à peu. Elle la voit changer d’attitude, de caractère. Ils ne comprennent pas. Qu’ont-ils fait de mal ? Est-ce leur faute ? Faut-il rigidifier l’éducation, interdire internet et blâmer l’islam ? Ce ne sont pas les bonnes questions et pourtant ils se les posent tous.

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Crédit : ©Guy Ferrandis

Les séances de parole avec Dounia Bouzar filmée dans Le ciel attendra ont tout d’un documentaire. Cette spécialiste de la déradicalisation a accepté de participer au film et a pu mettre son savoir en œuvre. Elle dédiabolise l’attitude de ces jeunes filles qui sont perdues mais qui ne sont pas pour autant devenues des monstres. Ces séances de discussion entre parents ou entre jeunes en voie de déradicalisation montrent au spectateur les moyens mis en œuvre pour lutter contre cette crise qui est en train de bouffer notre jeunesse.

Un goût amer reste en bouche. La crainte que ce film soit mal interprété est très présente. Ne pas généraliser, toutes les filles qui portent le jilbab ou le tchador ne sont pas des filles radicalisées. De même que si une jeune fille de 15 ans tombe amoureuse d’un jeune Mehdi, cela ne signifie pas qu’elle partira en Syrie. Malheureusement, il est certain que des personnes feront et font déjà ce type de raccourci malencontreux.

L’actrice qui incarne Sonia, Noémie Merlant, montre ici un talent saisissant. Elle se donne toute entière à la caméra. Ce réalisme à fleur de peau nous fait frissonner. Le ciel attendra souhaite lever le voile sur une incompréhension qui s’empare de notre société. Marie-Castille Mention-Schaar ne donne pas de solution miracle au problème, elle met en lumière une inquiétude et permet que celle-ci ne devienne pas un tabou.

Pauline THURIER

Crédit image à la une : ©Guy Ferrandis 

Article à retrouver sur Pauline se fait des films 

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