Harcèlement scolaire : quand l’école devient un calvaire

Mardi 27 septembre, France 3 diffusait le film Marion, 13 ans pour toujours, qui relate l’histoire d’une jeune fille, Marion, qui s’est pendue à l’âge de treize ans, ne supportant plus le harcèlement moral et physique dont elle était victime au collège. Ce film est tiré du livre éponyme de Nora Fraisse, la maman de la jeune fille.

Dans notre société, l’école est le lieu privilégié de la construction de l’enfant. Construction intellectuelle, mais également sociale et affective. L’école – et particulièrement le collège, – est en effet le théâtre des premiers amours et de l’expérience de la vie en groupe. Une étape, donc, essentielle au bon développement de l’enfant d’abord, puis de l’adolescent. L’école, on l’associe certes aux cours et aux profs, mais aussi aux copains, aux bêtises et aux rires partagés pendant les récréations.

Pourtant, il arrive que l’école devienne le lieu de la destruction de l’enfant. Un lieu où il se sent menacé, mal-aimé, voire détesté. On connaît peu ce phénomène tabou, on en parle qu’à demi-mot, on refuse d’admettre qu’il existe. Le harcèlement scolaire. Il n’est abordé qu’en de rares occasions, lorsque de grands malheurs surviennent, comme la mort de Marion, en février 2013. Mais on oublie bien souvent ceux qui, en apparence, s’en sortent. Alors qu’il reste une blessure, profonde et irréparable.

Le harcèlement scolaire, qu’est-ce que c’est ?

Revenons tout d’abord sur une définition du harcèlement scolaire. C’est un terme très vaste, qui désigne, selon Marie-France Hirigoyen, une « conduite abusive qui se manifeste notamment par des comportements, des paroles, des gestes, des actes, des écrits pouvant porter atteinte à la personnalité, à la dignité ou à l’intégrité physique ou psychologique d’un personne ». Concrètement, cela rassemble les moqueries, les brimades, les coups, les bousculades… De la rigolade au harcèlement, il n’y a donc qu’un pas.

La violence physique ne représente que 10,1% des cas de violence scolaire. Le harcèlement est plus souvent moral, et, par conséquent, plus vicieux et difficile à détecter.

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Une impunité de la part des bourreaux

On a bien du mal à imaginer des enfants de 10 à 13 ans en bourreaux. Pourtant, le harcèlement sévit principalement dans les collèges. Comment un enfant, normalement innocent, devient-il si destructeur ? On constate que bien souvent, l’effet de groupe contribue à la généralisation de la violence. Entraînés par la masse, stimulés par les autres, on se prend rapidement au jeu, et on en oublie la personne que l’on maltraite. C’est « juste drôle ».

Aujourd’hui, la situation est de plus en plus complexe à cause des réseaux sociaux. Au XXe siècle et avant l’émergence d’Internet, le harcèlement restait à l’école, enfermé dans la case, attendant le retour de l’élève le lendemain. A présent, les bourreaux poursuivent leur victime jusque chez eux, en les insultant sur leur mur Facebook, en répandant sur eux des rumeurs sur la toile, en créant des « groupes » virtuels afin de les accabler. L’enfant – ou l’adolescent – se retrouve enfermé, pris au piège. Pas de porte de sortie possible. Ni la maison, ni l’intimité de leur chambre ne suffit à les protéger.

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@Le Lab du CELSA

Le harcèlement : des dégâts irréversibles et parfois invisibles

Le harcèlement tue, c’est un fait. Marion n’est malheureusement pas la seule adolescente à avoir mis fin à ses jours, épuisée par les moqueries, la violence physique, morale et verbale qu’elle subissait chaque jour. Le livre de sa mère et le film qui en a découlé ont permis d’ouvrir les yeux, de faire prendre conscience de cette horreur qui se déroule dans la cour de récréation ou les vestiaires de sport, parfois à quelques centimètres des yeux des professeurs. Mais l’on oublie les victimes silencieuses. Celles qui n’en sont pas mortes, mais en sont restées traumatisées. Cinq ans, vingt ans, trente ans plus tard, la blessure est toujours ouverte, à vif. Cela se traduit par une dépression, des troubles psychiques, une anxiété et une angoisse, une phobie sociale, un manque de confiance en soi. Comme si la faille ne pouvait jamais se combler.

Angélique, harcelée en sixième-cinquième écrit, vingt ans plus tard, « Je reste une personne anxieuse qui évite au maximum les situations angoissantes. […]Je suis toujours quelqu’un d’ultra-sensible qui culpabilise à la vitesse de la lumière. J’ai toujours cette foutue impression d’être de trop. J’ai toujours cette foutue impression d’être une personne inintéressante. »

(Retrouvez le témoignage d’Angélique sur son blog : http://leblogdelorraine.blogspot.fr/2015/02/20-ans-ont-passe.html)

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Extrait du blog d’Angélique

La lutte contre le harcèlement scolaire est un combat quotidien, qui demande une vigilance de la part des parents et des enseignants. C’est également un traumatisme qui nécessite des années de travail sur soi pour revivre correctement. L’école a été créée pour faire grandir les enfants, et il est du devoir de chacun de préserver cet espace de développement pour l’enfant.

Pour en savoir plus sur la campagne menée contre le harcèlement en milieu scolaire, c’est ici.

Mathilde BERG

Crédit photo à la Une : Counselling

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