Uniforme : utile ou inutile ?

Si à la rentrée 2016, ils sont – selon un sondage BVA – 65% des Français à se dire “favorables au rétablissement de l’uniforme à l’école”, (contre 50% en 2011), les uniformes ont en majorité disparus en France depuis longtemps. Mais, ont-ils vraiment un impact social ? Jollies Magazine a rencontré des “porteurs d’uniformes” pour tenter de répondre à cette question.  

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Pensé pour gommer les différences sociales et mettre tous les élèves sur un pied d’égalité, l’uniforme, issu du latin uniformis, qui signifie littéralement “une forme”, représentait jusqu’en 1968, une tenue réglementaire dans les écoles françaises. Il apparaît pour la première fois en Occident au Moyen-Âge, mais sa forme telle que nous la connaissons naît plus tard en Angleterre, dès le XVIe siècle, dans des écoles non pas élitistes, mais plutôt au sein d’établissements destinés aux plus démunis.

Acclamé au XXème siècle, l’uniforme a été définitivement abandonné – à l’exception de certaines écoles – en 1968, au nom des libertés individuelles. Aujourd’hui, peu d’établissements publics scolaires français l’imposent encore. Les lycées militaires français, au nombre de six, font partie des rares établissements à perpétuer cette tradition : St Cyr, Autun, Aix-en-Provence, le Prytanée, le lycée naval de Brest ou encore le lycée des Pupilles de l’air. D’autres établissements, élitistes, demandent à leurs élèves le port de l’uniforme. Pourtant de nos jours, des uniformes, voire même des tenues de travail – dans les lycées professionnels – sont souvent de rigueur pour assurer une “tenue vestimentaire correcte de l’élève”.

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L’uniforme en France aujourd’hui, mythe ou réalité ?

De la blouse bleu “informe” qui descend aux genoux de Marie G., à la jupe plissée à carreaux et polo blanc d’Amaia, certaines écoles françaises continuent de perpétuer la tradition de l’uniforme.

Amaia, 20 ans, a porté trois ans l’uniforme durant sa scolarité (publique) en primaire. Elle considère qu’il peut être “très utile pour masquer les différences sociales : nous nous sentions un peu tous égaux et pareils”. Un avis que ne partage pas Ophélie, étudiante dans un prestigieux lycée militaire “Même si nous avons tous une tenue identique, les groupes sociaux s’assemblent tout de même suivant les habitudes et les traditions de chacun...” Cet uniforme qu’Amaia “n’aimai[t] pas porter” n’a jamais été un frein à sa construction individuelle, mais pour elle, “cela dépend de l’âge”.

Parmi les écoles imposant le port de l’uniforme, les lycées militaires en sont les principaux adeptes. Ophélie et Clarisse, étudiantes en Terminale dans un lycée militaire réputé, vivent plutôt bien la situation comme en témoigne Clarisse : “Je n’y fais même plus attention, c’est une habitude maintenant, on ne se pose plus vraiment de question à ce sujet.” Pantalon bleu marine, chemise ou polo bleu clair et brodequins (chaussures montantes, style rangers) composent la tenue quotidienne de ces deux étudiantes. Lors des cérémonies, l’uniforme change : jupe obligatoire et lavalière pour les filles ; pantalon gris et cravate pour les garçons. Le seul hic pour Clarisse : l’entretien des chaussures. Ce sont les restrictions concernant la coiffure et les accessoires qui semblent peser sur Ophélie. Malgré cela, le port de l’uniforme ne semble pas les empêcher de se construire personnellement, bien au contraire, comme nous le fait remarquer Ophélie : “le port d’un uniforme nous conduit à nous démarquer par notre personnalité et non pas par une certaine tenue. Les élèves ayant l’habitude de porter des habits de marque se retrouvent au même point que les autres. Ils apprennent donc à se développer eux-mêmes plutôt qu’à travers un style.”

Dans certains cas, l’uniforme est bien plus qu’un moyen de gommer les différences sociales, c’est aussi une tenue de travail. C’est le cas de Lucas, 20 ans, ancien étudiant en lycée hôtelier. Dans ce genre d’école, les garçons sont en costume et les filles en tailleurs. En plus du coût important sur le budget familial, l’uniforme reste une mauvaise expérience pour Lucas. Selon lui, cela ne servait pas à atténuer les différences sociales : “Si les élèves avaient plus d’argent, ils avaient des costumes de meilleur qualité”.

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Des rues australiennes avec des étudiants en uniforme – @Laurine LASSALLE

Marie – aujourd’hui en troisième année de faculté – a été scolarisée dans une école catholique, non-mixte, entre la sixième et la quatrième. Sa blouse, sur laquelle était brodé son nom, était obligatoire. Cette dernière “devait mettre tout le monde sur un même pied d’égalité. (…) C’était pratique pour les surveillantes et les professeurs d’avoir les noms brodées en grand sur chacune des élèves”. Elle ne s’est jamais vraiment sentie oppressée, mais elle aurait préféré “un uniforme en bonne et due forme, style anglais !” Bien qu’il ne s’agisse pas d’un uniforme scolaire comme on l’entend souvent, le règlement scolaire du collège de Marie était plutôt stricte concernant les tenues : en plus de la blouse, les jupes et shorts au-dessus du genou et les débardeurs étaient interdits.  “On finit par s’habituer, au final ce n’est pas si horrible”. Pour Marie, il n’est pas possible les dissimuler complètement les différences sociales grâce aux uniformes. Dans son collège, c’étaient les sac de cours qui permettaient de différencier les élèves : “Il fallait avoir un Longchamp, un Vanessa Bruno, un Anne-Charlotte Goutal…”  

Dale, étudiant anglais de 21 ans, est de l’avis de Marie : il existe toujours des moyens de s’exprimer à travers d’autres choses que l’on porte : sac, coupe de cheveux, etc. “Certaines coupes de cheveux semblaient inappropriées pour l’école, et valaient à des étudiants d’être renvoyés chez eux. C’est avec ça que j’avais un problème. La façon dont tu coiffes tes cheveux devrait être ton choix et l’éducation d’un élève devrait être plus importante que sa coiffure”.

Et à l’étranger ? L’uniforme est-il perçu de la même manière ?

Thomas est un étudiant français, mais du CM2 à la 4ème, il a vécu en Chine. Dans son école internationale, un uniforme obligatoire pour le sport, les rassemblements et autres évènements spéciaux de l’école : fête de l’école, voyage, sorties scolaires, photos de classe, etc. À Utahloy, les élèves sont répartis dans différentes “maisons”, oui, oui, comme dans Harry Potter ! Chaque maison a sa propre couleur d’insigne, apposé sur l’uniforme vert foncé : bleu pour panda, rouge pour dragon, jaune pour tigre et vert pour guerrier. Quand on lui demande s’il pense que son uniforme servait à masquer les différences sociales, il répond qu’il permettait, pour lui, de rassembler les élèves et favoriser la communication et les rassemblements.

Cette année, Marie est en échange à Taipei (Taiwan), où presque tous les écoliers ont des uniformes complets. Elle trouve cela “super mignon”, mais a parfois l’impression que “cela déteint sur leur vie de tous les jours” car elle croise “beaucoup de groupes d’amis habillés pareil”.

Ce que Manon, ancienne étudiante française aux États-Unis reproche à l’uniforme c’est sa “sexualisation” dans certains pays asiatiques : “comme certains uniformes pour les filles du style jupes courtes, etc. que l’on peut voir en Corée du Sud par exemple”. Derrière cette remarque, une véritable interrogation : pourquoi la majorité des écoles qui exigent l’uniforme imposent aux filles de porter une jupe ? Avec sa disparition des cours d’écoles, l’uniforme est parfois plus devenu un objet de fantasme qu’une simple tenue scolaire. Ces établissements instaurent déjà un uniforme, alors pourquoi ne pas offrir aux filles la possibilité de choisir le vêtement dans lequel elles se sentent le plus à l’aise, et ainsi, éviter de créer des complexes ?

Outre-manche, les Britanniques n’ont pas mis au placard leur pantalon uni, polo blanc et sweat avec le blason de l’école. Un style bien anglais que les pays anglo-saxons et asiatiques ont gardé, mais avec quelques déclinaisons. Aux Etats-Unis, la robe à carreaux ou la robe bleu marine à bretelles et chemisier restent de rigueur dans certains établissements. L’Australie, forte de ses racines british conserve la robe gris clair ou l’ensemble jupe à carreaux et chemise.

Pour Manon, étudiante française ayant suivi une scolarité en primaire au Texas, l’uniforme est un bon outil pour gommer les différences sociales, et de ses propres mots, elle “adorait le porter”. Parmi les nombreux avantages qu’elle trouve à l’uniforme scolaire, on retrouve le gain de temps le matin et surtout “le sentiment d’appartenance. Aux États-Unis, où le sentiment d’appartenance est omniprésent, l’uniforme est un bon moyen de s’intégrer aux autres.

Un sentiment communautaire aussi présent en Australie. C’est ce que Kate, 36 ans, nous explique : “Je pense que l’uniforme réduit notre capacité à nous exprimer en tant qu’individu et nous force à adopter l’idée que nous devons être tous identiques. Cela ne nourrit pas notre individualité, mais plutôt le sentiment d’appartenir à une culture.” Quand on lui demande si elle souhaiterait le faire porter à ses enfants plus tard, elle répond : “Je pense que le port de l’uniforme dépend de la personnalité de mes enfants et à quel point elles ont envie d’exprimer leur individualité. Je préférerais les scolariser dans un établissement où l’uniforme est inexistant ou optionnel”. Un des points les plus négatifs du port de l’uniforme, selon l’Australienne : le risque d’être “étiqueté”. Elle évoque : “Je me sentais gênée parfois parce que quand tu portes un uniforme, tu es automatiquement étiquetée comme l’exemple même de l’école. Par exemple, j’étais dans un établissement catholique pour filles uniquement, qui n’avait pas pour réputation d’avoir des filles très sympathiques. J’étais donc automatiquement perçue comme une fille à papa par beaucoup de personnes sans qu’elles me connaissent vraiment”.

Marie considère que les élèves qui portent un uniforme peuvent mettre plus de temps à trouver leur style, mais qu’il est facile de compenser grâce aux accessoires et au maquillage, par exemple.  Thomas, quant à lui, considère que l’uniforme noie l’élève parmi la masse, sans lui donner de chance de se distinguer : “un élève doit pouvoir s’habiller comme il veut sans être contraint de porter quelque chose de défini et de similaire à la masse d’autres élèves.”

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Des étudiants en uniforme dans un musée australien – @Laurine LASSALLE

Polo blanc, sweat vert avec le badge de l’école, pantalon uni et chaussures noires, ou tee-shirt bleu et short pour le sport. Voilà ce que devait porter quotidiennement Dale, jeune anglais de 21 ans, lors des ses années scolaires, sous peine d’être renvoyé à la maison. Il aimait son uniforme “relax” et était à l’aise en le portant, content de ne pas avoir à porter un blazer et une cravate, comme dans d’autres écoles de sa région. Dans l’école de Dale, il y avait des jours spéciaux appelés mufti days, durant lesquels les élèves avaient le droit de porter leurs propres vêtements pour la journée d’école. Cela rendait la chose plus “excitante”. L’étudiant anglais regrette de ne plus porter d’uniforme, c’était “bien plus facile de se réveiller et de savoir ce que tu allais porter, plutôt que ce que tu dois porter chaque jour”. Dale est un fervent supporteur des uniformes, qu’il considère “importants pour aider à minimiser les différences sociales et faire en sorte que les élèves se sentent plus à l’aise”.

Alors, pour ou contre l’uniforme ?

Pour, dans certains cas comme Marie : “Entre 11 et 14 ans, on a beaucoup tendance à juger les autres et à ne pas voir au-delà des apparences, on est pas forcément très ouverts d’esprit” Mais elle admet volontiers qu’une uniformisation forcée peut “faire peur parfois”. Contre pour Lucas, considérant être entré “trop rapidement dans la vie adulte”, il aurait préféré avoir une vraie adolescence : “En sortant du lycée hôtelier, j’ai littéralement pété un cable et j’ai teint mes cheveux en blond !”. Ni vraiment pour, ni vraiment contre, Thomas ne se sentait pas oppressé par son uniforme, qui “n’était pour [lui] qu’une tenue de sport”, mais il n’aurait pas aimé avoir à le porter tous les jours puisqu’il peut “dans certain cas réprimer une forme de liberté.” Clarisse, Ophélie, Manon et Dale insistent tous sur le gain de temps que représente l’uniforme quand il faut s’habiller le matin.

Véritable moyen de masquer les différences sociales pour certains, uniformisation forcée pour d’autres, il existe bien des façons de se démarquer lorsque l’uniforme est imposé. Une utilité controversée, donc. En France comme dans d’autres pays, bien que l’uniforme ne soit pas obligatoire, on retrouve souvent la mention « tenue correcte » dans les carnets de correspondance des élèves. Alors, uniforme ou pas, les établissements scolaires ont tout de même leur mot à dire sur la tenue de vos enfants !

Camille BRONCHART & Laurine LASSALLE

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2 réflexions sur “Uniforme : utile ou inutile ?

  1. Coucou, super article très complet, ça change des autres articles basiques de blog.
    Personnellement je suis contre parce que tout d’abord pour que l’uniforme soit une bonne chose il faut que : l’école le fournisse (comme ça tout le monde à le même, même qualité etc..), que les sacs en fasse partie, que les filles en particulier ne soient pas sexualiser et que ça n’ai pas de conséquences sur la personnalité ou le regard des autres..
    Dans tous les cas je pense que les vêtements nous aident à affirmer notre personnalité, du coup l’uniforme très peu pour moi ^^

    Aimé par 1 personne

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