Critique : Juste la fin du monde, pris à vif

Le sixième long-métrage de Xavier Dolan, Juste la fin du monde, est enfin dans les salles. Une brochette d’acteurs français adorés du public, un fond d’histoire de famille torturée et un grand prix au Festival de Cannes, tout y est pour que l’attente soit insoutenable. Louis (Gaspard Ulliel) sait qu’il va mourir. Il rend visite à sa famille qu’il n’a pas vu depuis une douzaine d’années. Sa mère, sa jeune sœur qu’il a à peine connue, son frère Antoine et la femme de celui-ci ne savent comment réagir face à l’arrivée de Louis (pourtant prévue). Entre maladresses, tentatives de rattraper le temps perdu et rancoeur, Dolan dresse un nouveau portrait de l’Humain tel qu’il est réellement.

La réunion de Nathalie Baye, Léa Seydoux, Vincent Cassel, Marion Cotillard et Gaspard Ulliel se fait en (quasi) huis-clos. En effet, Dolan a adapté la pièce de Jean-Luc Lagarce, Juste la fin du monde, pour réaliser son film. Une fois arrivé dans la maison familiale pour le déjeuner dominical, on n’en sort plus. Ce confinement permet aux performances des acteurs de résonner, de se cogner contre les murs. Les gros plans sur chacun des personnages lorsqu’il parle prouvent que seul la performance et le jeu comptent. La voix, les mots qui sortent de leur bouche, leur regard, la lumière qui émane de leur corps sont les éléments qui prennent tout l’écran au cours du film.

067381
@ Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual

Léa Seydoux en vieille adolescente rebelle et frustrée, Marion Cotillard, la belle-soeur trop timide et soumise, Vincent Cassel, fidèle à lui-même, brutal et cynique et enfin Nathalie Baye, exubérante et sensible. Ces personnages forment le portrait de l’humain que Dolan s’est mis à peindre dès son premier film, J’ai tué ma mère en 2009. L’effet cathartique de chacun de ses films est indéniable. Regardez donc cette famille qui crie, qui hurle, qui pleure et qui dit tout ce qu’elle a à se dire, regardez-la bien, parce qu’elle le fait à votre place. Aucune relation entre frères et sœurs n’est aisée, ce lien manque l’évidence qui caractérise celui qui existe entre une mère et son enfant. Qu’on se connaisse trop bien ou très peu, le lien fraternel dessiné par Dolan est celui qui est imposé et parfois incompris. Comment deux parents ont-ils pu créé trois personnes aussi différentes qui ne vivent pas dans le même monde ? L’incompréhension et le malentendu mènent parfois à des cris comme il peut mener à des silences.

La famille est un élément majeur de la filmographie de Dolan. Pour lui, elle n’existe pas lorsque tout se passe bien et sans encombre. La vie et l’amour se trouvent dans l’électricité créée par les paroles qui se heurtent au sein de cette famille. S’il n’y a pas d’obstacle alors c’est qu’ils sont cachés. Juste la fin du monde est un film qui soulage d’un poids tout en étant déplaisant car il n’est jamais plaisant de voir comme l’on peut être injuste et incompris. « L’essence de l’art, c’est la vérité se mettant elle-même en oeuvre » disait Heidegger. Voilà comment expliquer le degré artistique de Dolan lorsqu’il peint si bien la vérité.

Article à retrouver sur Pauline se fait des films

Pauline THURIER

Crédit photo à la une : Shayne Laverdière, courtesy of Sons of Manual

Publicités

3 réflexions sur “Critique : Juste la fin du monde, pris à vif

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s