Critique : Eternité, un bilan mitigé

Adaptation de L’Élégance des veuves d’Alice Ferney (1995), Eternité plonge le spectateur dans la fin du XIXème siècle. Ce film dépeint l’histoire de trois générations de femmes d’une famille bourgeoise. Femmes interprétées par Audrey Tautou (Valentine), Mélanie Laurent (Mathilde) et Bérénice Bejo (Gabrielle). Trois histoires d’amour, de séparations. Mais surtout une histoire de famille.

 

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crédits NORD-OUEST FILMS

 

Une atmosphère dans un « éternel recommencement ».

C’est dans un cadre chaud et verdoyant, accompagné d’une musique classique, que Trần Anh Hùng, le réalisateur, immerge son spectateur, une éternité.                                             Durant les trois quarts du film, une narratrice décrit scènes et sentiments. Sans le vouloir, elle rend le film cérémonieux et creuse une distance avec le spectateur.                                                    Quant aux dialogues, on y est, certes plus attentif, car ils sont très rares, mais ils restent pauvres et en retenue.

La narration et le manque de dialogue ralentissent le rythme du film. Ce temps étendu correspond peut-être à l’histoire de ces femmes. Elles vivent, en effet, « une vie très longue à voir partir les autres sans pouvoir les retenir ». La lenteur du film trouve aussi un autre attrait. Elle contraste avec les moments de sursaut et les met en valeur. Ces derniers sont, surtout, présents vers la fin du film. On retiendra une scène sublime avec Mélanie Laurent sur le fond de « Clair de Lune » de Debussy. Elle nous ramène, sans le vouloir à la scène finale des retrouvailles entre Mélanie Laurent et Matthieu Di Concetto (Noé Zygler) dans  La Rafle  (de Roselyne Bosch).

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crédits NORD-OUEST FILMS

La richesse des sensibilités

Ces trois femmes connaissent des histoires similaires : l’amour, la naissance, le deuil, la souffrance, la mort. Mais pourtant, elles réagissent de façon nuancée face à ces événements, comme par exemple face au deuil. Et c’est exactement là, que le film trouve son intérêt : dans sa diversité.

Audrey Tautou (Valentine) avec la force de son regard plonge le spectateur dans une mélancolie profonde. Mélanie Laurent (Mathilde), elle, nous impressionne de par sa douceur. Enfin et surtout, il faut retenir la performance de Bérénice Bejo (Gabrielle) qui devance ses deux camarades en réussissant à provoquer une palette sublime d’émotions chez le spectateur. Elle le fait passer par l’apaisement, la peur mais aussi les larmes.

La place laissée aux sentiments et aux sensations est, vous l’aurez compris, immense. Que cela soit du côté des acteurs ou du spectateur.

Alors que l’on pourrait trouver que le drame et la romance surplombent le film, il parait clair qu’une recontextualisation est nécessaire. A la fin du XIXème siècle, l’espérance de vie était d’environ 50 ans notamment à cause des guerres (comme celle de 1870) et des épidémies. On peut donc affirmer que le film est plutôt réaliste.

En définitive, oui Eternité dure une éternité et oui les dialogues y sont pauvres. Mais c’est un film qui fait du bien. Un film qui permet de se poser l’espace de deux heures dans une délicate parenthèse poétique. Mais cette oeuvre oblige aussi son spectateur à une discussion avec lui-même, notamment sur la place qu’il accorde aux choses simples de la vie. Si souvent oubliées.

Maelle NEVOUX 

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