Critique : Voir du pays, lorsque l’échappatoire est inaccessible

Afin d’oublier les horreurs de la guerre, depuis 2008 les soldats français ont le droit à un « sas de décompression » avant de revenir en France. Ce « sas » se déroule généralement dans un hôtel 5 étoiles avec une vue paradisiaque. Un but : « oublier la guerre ». Aurore et Marine arrivent à Chypre avec leur section après une mission de six mois en Afghanistan. Des séances de reconstitution virtuelle permettent aux différents membres de la troupe de se rappeler les combats pour mieux évacuer les traumatismes. L’ambiance tendue et électrique de leur séjour rend le film haletant et criant de vérité.

Soko (Marine) et Ariane Labed (Aurore) forment un remarquable duo. L’amitié complice qui a mené Marine et Aurore jusqu’au front afghan est fraîche même dans les plus sombres moments. Les actrices parviennent à rendre ce lien réel. Cette amitié fait partie des fondations du scénario. C’est par celle-ci que les réalisatrices Delphine et Muriel Coulin ont pu faire passer tous les messages qu’elles souhaitaient faire entendre. Les horreurs de la guerre, le sexisme prégnant du milieu militaire et les traumatismes inévitables vécus par les soldats sont mis en lumière grâce à la relation entre les deux protagonistes. Soko et Ariane Labed sont parvenues à donner à leur personnage une sensibilité puissante qui renforce leur caractère stoïque et froid imposé par la guerre.

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 @Jérôme Prébois – Archipel 35

Voir du pays s’évertue à dénoncer les travers militaires tout en prétendant ne pas le faire. Les réalisatrices montrent les fautes et les violences commises par les militaires comme des actes tellement normaux et habituels pour qu’ils ne choquent pas le spectateur de manière trop brutale. Seulement alors que le rythme s’accélère et que la tension monte dans le groupe, on ne peut qu’être surpris par la façon dont chacun de ces actes est traité. L’impunité, le non-respect envers les autres (et surtout envers les femmes), la violence gratuite et l’humiliation font partie intégrante du quotidien des soldats. Aurore et Marine ne sont jamais montrée comme des victimes de ce système puisqu’elles en font partie. Seulement, même après avoir vécu six mois de guerre ensemble, ce groupe n’est construit que sur de l’animosité. L’image des souvenirs de guerre qui rassemblent et des moments difficiles qui unissent est très loin de celle rendue par ce film. Le point de vue de Voir du pays est peut-être pessimiste mais nous ne pouvons nous empêcher de croire que la part de vrai là-dedans n’est pas minime.

Voir du pays a remporté le Prix du Scénario dans la catégorie « Un certain regard » au Festival de Cannes 2016. Ce prix, largement mérité, prouve que le thème abordé par Delphine et Muriel Coulin est assez « original » pour l’emporter. Si c’était vu et revu que la guerre est une horreur et qu’elle crée parfois des monstres, parfois des coquilles vides, ce film n’aurait pas remporté de prix.

Article à retrouver sur Pauline se fait des films

Pauline THURIER

Crédit image à la une :  Jérôme Prébois – Archipel 35
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