Pourquoi on voterait pour Hillary Clinton (sans même être féministe)

Après Merkel pour l’Allemagne, Theresa May pour la Grande-Bretagne, les Etats-Unis auront-ils à leur tour une femme à la tête du pays ? C’est désormais possible depuis qu’Hillary Clinton a été officiellement investie candidate à la Maison Blanche, mardi 26 Juillet 2016, lors de la convention démocrate de Philadelphie. Première femme de l’histoire américaine à être investie candidate à l’élection présidentielle, sera-t-elle également la première femme à occuper le bureau ovale ? Les femmes semblent avoir fait de son élection une affaire personnelle.

Hillary, un symbole pour les américaines

On en oublierait presque les enjeux politiques, économiques et sociaux énormes de cette élection présidentielle d’une des premières puissances mondiales. En est-on revenu à une simple guerre des sexes ? A en juger par les phrases de soutien croisées au détour des meetings et des réseaux sociaux, on peut légitimement se poser la question. « Il est temps qu’une femme devienne présidente », avait ainsi glissé la chanteuse et actrice latino-américaine Jennifer Lopez en soutien à Clinton. Certes, une femme à la Maison Blanche aurait des conséquences bénéfiques sur les mentalités : voir enfin une femme à la tête des Etats-Unis après deux cents ans de gouvernance masculine, voilà de quoi inspirer une génération de petites filles, comme l’a clairement exprimé Clinton. Une femme au sommet de l’Etat semble aussi gage d’une meilleure protection et de plus d’avancées concernant les droits des femmes – non pas qu’un homme ne puisse pas s’en soucier, mais une femme se sentira toujours plus concernée. Forcément, cela recoupe les objectifs des féministes concernant l’égalité des droits. Alors, Hillary Clinton est-elle pour autant perçue comme un symbole féministe ? A en juger par la grande partie des jeunes américaines qui se sont montrées réticentes à soutenir Clinton face à Bernie Sanders, on en doute.

Le casse-tête féministe

Selon Carly Gilmore, élève de seconde à la Wesleyan University, « L’idée de voter pour une femme pour la seule raison qu’elle est une femme, voilà exactement l’opposé de ce dont nous parlons au sein du mouvement féministe » (1) , pour lequel une femme et un homme doivent être jugés sur leurs seules compétences. Mais voilà, les préjugés sexistes ont la dent dure, et  si certains ne voient pas d’inconvénients à ce qu’une femme arrive au plus haut sommet de l’Etat, c’est loin d’être le cas de tout le monde: le rappeur Killer Mike s’était fendu d’un très délicat « Having an uterus doesn’t qualify you to be president » (comprenez « avoir un utérus ne vous donne pas les compétences pour devenir président »). Si le rappeur avait expliqué ses paroles en insistant sur le fait que personne ne devrait être élu pour son genre, mais seulement pour ses compétences, on aimerait quand même lui rappeler que les deux cents ans d’histoire américaine ont jusque-là prouvé le contraire : on n’a voté que pour des hommes, parce qu’ils étaient justement des hommes, et on a refusé d’envisager une femme  à ce poste, uniquement en raison de son sexe.

Pire encore, un utérus ne donnait visiblement pas les capacités suffisantes pour voter il y a encore à peine quelques décennies. Voter pour une femme parce qu’on est une femme n’a en effet aucun sens si un autre candidat masculin a les mêmes compétences. Mais certaines femmes poussent l’interprétation plus loin (trop loin ?), allant jusqu’à se demander si l’on doit pas ne pas voter pour une femme parce que l’on est justement une femme, et que cela pourrait être interprété comme du sexisme. Ce raisonnement trouve son paroxysme dans le niveau d’exigence que l’on impose souvent à une femme pour justifier un choix en sa faveur plutôt qu’en faveur d’un homme: l’actrice Emilie Ratajkowski, en soutien à Bernie Sanders en Février dernier, avait justement déclaré: « Je veux que ma première présidente soit plus qu’un symbole. J’attends d’elle qu’elle mène une politique révolutionnaire » (2) . Mais pourquoi demander à une femme de démontrer des aptitudes extraordinaires? Si une femme est l’égale de l’homme, il est temps en revanche de cesser de lui demander d’être un surhomme.

Ce n’est pas parce qu’elle est une femme, ce n’est pas pour le symbole (même s’il serait de taille), que voter pour la candidate démocrate peut être important. D’un point de vue tout féminin, c’est bien sûr parce qu’elle s’est battue pour les femmes et leurs droits pendant toute sa carrière. Elle n’a pas seulement été un soutien des politiques des droits des femmes, elle en a été l’une des leaders, notamment lors de ses mandats de sénatrice et en tant que première dame – pour une égalité pour les salaires, (avec le Paycheck Fairness Act), pour l’avortement, pour n’en citer que deux. Mais parce qu’une présidente n’est pas que celle des Américaines, comme un président n’est pas que celui des Américains, le programme politique dans sa globalité doit compter au-delà de tout.

Sur quels points se démarque politiquement Hillary Clinton face à Trump?

La candidate démocrate milite pour une politique sociale et protectrice envers les femmes, les familles, les classes moyennes, pour une politique de santé dans l’esprit de l’Obamacare, ainsi qu’une politique environnementale à laquelle ne croit absolument pas Trump, climatosceptique. Selon lui, « cette très coûteuse connerie de réchauffement climatique doit s’arrêter. Notre planète gèle » (il nous semble inutile de lui préciser qu’il s’agit plus de bouleversement climatique que de réchauffement). En économie, c’est contre le libre-échange et en faveur d’un retour au protectionnisme que se positionne le candidat républicain: en augmentant les taxes pour les entreprises qui délocalisent, ainsi que pour les importations chinoises, tout en évoquant une possible sortie des organisations commerciales internationales  comme l’OMC. La candidate démocrate, à l’inverse de Trump, imagine une augmentation de la fiscalité des plus riches: plus de justice et d’équité, en somme.

Du côté de l’immigration, principal thème de campagne pour Trump, le candidat républicain a insisté sur le projet de création d’un mur entre les USA et le Mexique, garantie selon lui d’une baisse de l’immigration de personnes qu’il a plusieurs fois qualifées de « tueurs et violeurs« , rien que ça. Plus mesurée, Clinton souhaite réformer le système d’immigration pour traiter les nouveaux arrivants dans le respect de la dignité humaine, tout en assurant la sécurité du pays.  Et en politique étrangère? Sans surprise, le protectionnisme économique de Trump s’accompagne d’un isolationnisme politique. Pas d’intervention systématique, mais un rapprochement avec le « leader talentueux » Poutine et une « guerre commerciale » à la Chine, au Mexique et au Japon. A l’inverse, Clinton souhaite mettre en avant son expérience en tant que secrétaire d’Etat sous Barack Obama et s’appuyer sur les relations diplomatiques et l’aide au développement, et poursuivant ainsi une politique extérieure plus traditionnelle.  Sur la lutte contre le terrorisme, les candidats s’opposent également, Trump voulant par amalgame interdire purement et simplement l’entrée des musulmans sur le territoire américain, et n’oubliant visiblement pas les millions d’américains musulmans déjà présents dans le pays, il propose de les ficher. Mais il souhaite également rendre le pays difficile d’accès pour les populations qu’ils considèrent infectées par le terrorisme: les Français et les Allemands sont les premiers sur sa liste.

Oublions ces débats de genre, dépassons une fois pour toute ces préjugés sexistes – dans les deux sens. Une femme a autant de légitimité qu’un homme, y compris à la tête de l’Etat, mais voter pour une femme uniquement pour une question symbolique n’a aucun sens. Le choix entre Clinton et Trump n’est pas un choix de genre, mais réellement de programme politique et de compétences.

Hélène MONNIER

1“The idea of voting for a woman purely for the fact that she’s a woman—that’s really almost the opposite of what we’re talking about in our feminist movement.

2“I want my first female president to be more than a symbol. I want her to have politics that can revolutionize.

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