JO 2016 : le cas de Caster Semenya et des athlètes intersexués

Ce mercredi 17 août marquera l’arrivée de Caster Semenya aux Jeux Olympiques de Rio, pour disputer le 800m. L’athlète Sud-Africaine se positionne en grande favorite pour la course, et relance la polémique quant à la légitimité de sa participation.

Caster Semenya n’en est pas à ses premières courses : elle se fait connaitre du grand public lors des Championnats d’Afrique junior de 2009, durant lesquels elle remporte la finale du 800m en 1’56’72. Moins d’un mois plus tard, la Sud-Africaine conquiert les championnats du monde d’athlétisme de Berlin, raflant sans difficulté la médaille d’or du 800m. Avec un impressionnant chrono de 1’55’’45, un record pour la Sud-Afrique et une vingtaine de mètres d’avance sur ses concurrentes, Semenya est remarquée par les médias mondiaux.

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Semenya – @Lequipe.fr

Du haut de ses 18 ans, Semenya a la voix rauque, des épaules imposantes, un menton carré et peu de poitrine. Il n’en faut pas plus pour que des suspicions sur son genre se fassent entendre, suspicions renforcées après que l’IAAF – l’Association Internationale des Fédérations d’Athlétisme – confirme l’avoir soumise à des tests de féminité quelques heures seulement avant la finale du 800m de Berlin.

Cette déclaration, effectuée au lendemain de sa victoire et en violation de toutes politiques de confidentialités, endurcit la polémique autour de la participation de la Sud-Africaine et du mérite de sa victoire. L’affaire est débattue, et l’athlète est aussi violemment attaquée d’une part que défendue de l’autre. Elisa Cusma, sa concurrente italienne, arrivée sixième, déclare que pour elle « Ce n’est pas une femme. C’est un homme ». Le coach de Semenya, Michael Seme, explique sur le site Sud-Africain New24 que les camarades de l’athlète à Berlin l’ont « déjà vu nue dans les douches et qu’elle n’a rien à cacher ». La fédération sportive Sud-Africaine se rallie derrière Semenya, et à son retour au pays, elle est acclamée par la foule et félicitée par les autorités.

Le 11 septembre 2009, le quotidien australien Daily Telegraph révèle la fuite des résultats des tests passés par Semenya, et l’athlète est déclarée comme étant intersexuée : ses organes génitaux extérieurs sont effectivement féminins, mais elle ne possède ni utérus ni ovaires, et son taux de testostérones est trois fois plus élevé que celui généralement observé chez une femme.

Pendant 11 mois, Caster Semenya se trouve interdite de compétitions, et obtient finalement l’aval de l’IAAF de reprendre les courses le 6 juillet 2010, en contrepartie de la prise d’un traitement hormonal baissant son taux de testostérones à un seuil instauré. Semenya n’est pas la seule femme soumise à cette contrainte : toute athlète ayant été déclarée intersexuée se voit donner le choix d’abandonner les championnats ou d’accepter le traitement.

Mais Semenya voit dès lors ses performances régresser, donnant du cachet aux opposants à la participation d’athlètes hyperandrogènes. La Sud-Africaine obtient la seconde place à la ligue de diamant de 2011 puis aux Jeux Olympiques de Londres en 2012, mais subit le recul progressif de ses chronos.

L’affaire Dutee Chand offre un nouveau départ à Semenya. Chand, sprinteuse indienne et également hyperandrogène, se refuse à prendre le traitement hormonal requis. « Je veux rester qui je suis et concourir à nouveau » déclare ainsi Chand en 2014 dans l’Indian Express. Le Tribunal Arbitral du Sport – TAS – lui donne raison à l’été 2015 et suspend pour deux ans la réglementation de l’IAAF sur les taux de testostérones.

Bien que le lien avec ce verdict (et ainsi la levée d’obligation de prise du traitement pour Semenya) ne peut être complètement assuré, la Sud-Africaine affiche dès lors des temps à nouveau écrasant toute concurrence : aux championnats de Monaco le 15 juillet 2016 elle signe ainsi avec un chrono de 1’55’’33 un nouveau record personnel. Elle marque également un triplé victorieux historique aux championnats d’Afrique à Durban, arrachant l’or au 400, 800 et 1500m.

Semenya est de retour et au sommet de sa forme pour les Jeux Olympiques de Rio, et les chances qu’elle ôte une nouvelle fois la première place à ses concurrentes lors de la finale le 20 août sont considérables. Mais avec son retour en pleine puissance, les contestations se font à nouveau entendre : ainsi pour Paula Radcliffe, détentrice du record du monde de marathon « Ce n’est pas du sport ». Interrogée aux micros de BBC Radio, Radcliffe a reproché la présence de Semenya aux Jeux Olympiques, une position rejointe par la coureuse de demi-fond américaine Brenda Martinez.

Caster Semenya et Dutee Chand ne sont pas les premiers cas d’athlètes dont la sexualité et la légitimité dans les championnats a été remise en question.

Helen Stephens, accusée d’être un homme par la presse après sa victoire au 100m en 1936, est forcée de subir le premier test de féminité du comité Olympique, qui consiste alors en une inspection des parties génitales. Alors déclarée comme étant « réellement » une femme, son autopsie 40 ans plus tard la présente comme intersexuée.

Ewa Klobukowska, après qu’un test de chromosomes ait présenté une anomalie, s’est vu retirer ses médailles remportées au JO de 1964 à Tokyo. Publiquement humiliée et présentée dans la presse comme un homme en situation d’imposture, Klobukowska donne naissance à un enfant en 1968, et obtient la restitution de ses médailles en 1999.

Dora Ratjen, en réalité Heinrich Ratjen, est un des cas ayant révelé une réelle tromperie. En 1936, le jeune Heinrich, membre de la jeunesse hitlérienne, est infiltré  parmi les compétitrices féminines, avec pour objectif d’aider à surpasser les 21 médailles obtenues par l’Allemagne en 1932 à Los Angeles, mais aussi de donner une concurrente à la juive allemande Gretel Bergmann. La supercherie est découverte en 1938, Ratjen est trahi par sa pilosité faciale. Une expertise médicale révèle l’hermaphrodisme du jeune homme, qui se voit exclu de la fédération allemande d’athlétisme et déchu de ses titres.

D’autres femmes encore peuvent être mentionnées, dont, entre autres, Maria José-Martinez Patino ou encore Santhi Soundarajan. Pour toutes, les suspicions ont donné naissance aux mêmes polémiques et à la même humiliation publique.

Dutee Chand, grâce à son combat, a obtenu gain de cause et a pu courir le 100m femmes le vendredi 12 août à Rio. Si son temps, 11’69, ne lui a pas permis la qualification, elle ressort néanmoins victorieuse de ses Jeux Olympiques, et a déclaré ne pas regretter un seul moment.

Pour Caster Semenya, une victoire pourra être contestée comme étant due à un avantage injuste, et une défaite analysée comme une tentative de camoufler cet avantage. La possibilité qu’elle puisse battre le record du monde, de 1’53’’28 et détenu par Jarmila Kratochvílová depuis 1983 a également été soulevée dans les médias et laisse imaginer que quoi qu’il en advienne, la polémique autour de Caster Semenya et des athlètes intersexués n’est pas prête de s’éteindre.

Axelle BOUSCHON

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