Jeux de Rio : Quel impact pour les Brésiliens?

Le 5 août dernier,  l’Amérique du Sud a accueilli ses 1er JO avec une splendide cérémonie d’ouverture laissant entrevoir deux semaines de fêtes et de spectacles sportifs.

Mais cet événement sportif planétaire censé être fédérateur  n’obtient pas le soutien d’une grande frange de la population locale. Les Brésiliens, pourtant connus pour leur optimisme, sont victimes d’une sinistrose.

Michel Temer, le président par intérim réprouvé, a ainsi lancé les Jeux sous les huées de milliers de Brésiliens.

Une population opposée à l’organisation de cet événement :

● Un pénible parcours de la flamme olympique

Alors que le Brésil s’enfonce dans une dépression économique avec un chômage et une inflation considérable, les Brésiliens ne comprennent pas l’investissement pharaonique de ces  Jeux. Rio a  ainsi dû se déclarer  en « état de calamité publique » autorisant le pays à réduire les dépenses publiques pour pouvoir assumer les Jeux.

Alors aux manifestations déjà présentes (notamment contre le Président au Pouvoir) viennent s’ajouter un appel à boycotter ces Jeux jugés indécents vu l’état dans lequel se trouve le pays.

Dès le 2 juin, un appel a été lancé pour l’extinction rapide de cette flamme olympique, normalement prévue le 27 juillet. Un événement symbolique soulignant le ras-le-bol des Brésiliens.

● Les Brésiliens doutent de la rentabilité économique de ces Jeux :

L’euphorie de 2009 lorsque le Brésil, alors à  son Zénith, a appris qu’il serait le pays «  hôte de ces Jeux » laisse désormais place à un marasme. Touchés par de multiples crises, politique, économique, juridique, les habitants ne se sentent plus concernés par les JO. Selon un sondage, 64 % des Brésiliens pensent même que  ces Jeux seront désormais plus préjudiciables que bénéfiques.

Il est courant que le budget prévisionnel  des JO soit largement dépassé. En effet, en moyenne, le taux de dépassement du coût depuis les JO de 1968 a été de 167 %. Toutefois, cela devient très problématique dans un pays très durement touché par la crise économique et où l’argent investi dans ces Jeux approche  déjà les 11 milliards, montant qui dépasse le budget initialement prévu.

Le souci ? Il est clairement énoncé que les villes et pays hôtes prennent en charge les déficits du Comité d’organisation. A titre d’exemple, les JO de Montréal de 1976 détiennent le record avec un dépassement du budget de 796%, ce qui explique que les contribuables Montréalais mettront 30 ans à rembourser cette dette.

Le problème de rentabilité des grands événements sportifs trouve aussi sa source dans les fameux « Eléphants blancs » (des stades non rentables dont l’entretien coûte très cher). Les Brésiliens connaissent déjà ce problème depuis la Coupe du Monde  de football de 2014. Il faudra à certains stades, comme le stade « Mané Garrincha », près de 1000 ans pour  que l’argent investit puisse être « récupéré ».

Un constat : être  la « ville hôte » est donc un privilège qui coûte très cher. Ainsi, certains maires comme celui de Boston refusent de se porter candidats, car ils ne veulent pas utiliser l’argent du contribuable pour payer les JO.

A l’approche des Jeux, Rio devient une ville encore plus inégalitaire.

● Inflation de l’immobilier :

La gouvernement brésilien, soucieux d’éradiquer la violence au sein des favelas grâce à  une « Unité Pacificatrice de la Police » (UPP), a contribué à augmenter de manière considérable les prix de l’immobilier au détriment des populations pauvres désirant trouver un toit en ville. Cela a été une aubaine pour les investisseurs mais pas pour les populations les plus défavorisées.

Ainsi, depuis 2010, à une inflation importante déjà présente vient s’ajouter une augmentation du prix de l’immobilier d’environ 16 % dans les quartiers situés en centre-ville. En plus de cette inflation excluant les plus pauvres qui ne peuvent trouver un abri, le développement de Rio impacte aussi les habitants actuels des favelas.

● Les favelas sont « hors- jeu » :

Pour cet événement, le gouvernement a mis en place près de 85 000 policiers et militaires – le double des JO de Londres-  afin d’assurer la sécurité.

A l’approche des Jeux, de nombreuses opérations ont eu lieu pour pacifier les favelas mais, le bilan de ces interventions reste préoccupant. En effet, il y a eu une augmentation de 135% de la mortalité  à Rio en mai 2016 par rapport au mois de mai de l’année passée.

Une application  a même été créée pour dénoncer ces violences policières.

Outre la pacification de certaines favelas, d’autres ont aussi dû être rasées pour  construire certaines infrastructures sportives.

Près de 67 000 habitants ont été expulsés parfois avec une extrême violence, avec peu voire sans indemnités. Ils doivent désormais se reloger en urgence dans les banlieues, excentrées de leurs travail et de leur ancienne vie.

« Depuis des années, ils ont essayé de nous expulser. Ils y parviennent aujourd’hui en utilisant le prétexte des Jeux.»

Ces expulsions rappellent étrangement certaines mesures prises par d’anciens pays hôtes comme à Pékin où les travailleurs migrants ont été évacués, à  Athènes où les Roms ont été déplacés. D’ailleurs, pour les JO de 1996 à Atlanta, une loi a même permis de considérer pendant les Jeux « les sans-abris comme des délinquants ».

Ces pratiques excluant les minorités sont en complète contradiction avec les valeurs de l’Olympisme et des spots publicitaires  prônant « le vivre ensemble du CIO ».

Des Jeux respectueux de l’environnement ?

La cérémonie d’ouverture a montré la préoccupation  de ces Jeux pour la question environnementale. Et cette thématique était effectivement un élément clef de la candidature de Rio comme ville hôte.

Mais les objectifs environnementaux sont loin d’avoir tous été atteints :

  •  La baie de Guanabara n’a pas été dépolluée.
  • Une réserve écologique a été rasée pour construire un golf olympique
  • Rio devait planter 24 millions d’arbres, or seulement 5,5 millions l’ont été.

Le CIO a évalué l’empreinte écologique  de ces Jeux à 3 millions de tonnes de dioxyde de Carbone et 17000 tonnes de déchets.

Les Jeux Olympiques sont un événement  mondial historique prônant des valeurs de respect et d’amitié entre les peuples. Cependant, les dépassements quasi systématiques des budgets prévisionnels handicapent fortement les pays hôtes. Il serait peut-être temps d’envisager un modèle de Jeux moins coûteux et plus respectueux de l’environnement.

 

Olivier L.

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