Mieux comprendre l’anorexie

Il y a trois semaines, la rédaction de Jollies se baladait dans les journaux, quand elle a vu le retrait de Marion Bartoli, championne de tennis, du tournoi senior de Wimbledon. Et pour cause : elle a perdu plus de 30kg (avant, elle était qualifiée de femme « grosse, trop en chair ») et a déclaré se battre pour rester en vie, atteinte d’un virus qui l’aurait rongée de l’intérieur. Entre les « encore une anorexique » et les « une de plus qui veut attirer l’attention, comme toutes les ano’ », un véritable festival de commentaires désobligeants a eu lieu sur les réseaux sociaux.

Aujourd’hui, si personne ne peut dire si la championne Marion Bartoli est atteinte de cette maladie, Jollies a quand même voulu se renseigner sur l’anorexie. Quelle est cette pathologie qui s’attire tant les foudres et les jugements faciles d’une bonne partie de notre population ?

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Campagne anti-anorexie – @Dailymail

Le simple mot anorexie est un symptôme qui signifie « perte d’appétit » et que l’on retrouve dans de nombreuses pathologies. Les personnes dites « anorexiques » sont en fait touchées par de l’anorexie mentale.

Selon l’INSERM (Institut National de la Santé et de la Recherche Médicale), l’anorexie mentale est un trouble du comportement alimentaire, souvent associé à des troubles psychologiques. Il s’agit donc bien d’une pathologie, provoquée par des facteurs, avec des symptômes et qui se soigne.

Le diagnostic de l’anorexie mentale repose sur beaucoup de symptômes

Concernant son alimentation, la personne procède à une restriction, à un refus de s’alimenter, à des phases boulimiques. Pour certains, les crises de boulimie sont suivies par des vomissements provoqués ou des prises de laxatifs (lorsque l’anorexique est touché par ces crises, on parle d’anorexie-boulimie).
Psychologiquement, la personne a une peur extrême de prendre du poids. Aujourd’hui lorsqu’on est anorexique mental, on lutte contre sa faim, pour ne pas grossir du tout. La personne se trouvera toujours trop grosse et devra toujours plus maigrir.
Lorsque l’anorexie est avancée et officiellement diagnostiquée, l’IMC de la personne est inférieure à la limite minimale (bien qu’aujourd’hui cette valeur soit discutée). Enfin, pour les femmes, l’absence de règles depuis au moins 3 mois confirme un diagnostic avancé.

Grâce à ces informations fournies par l’INSERM, il convient de constater que non, l’anorexie n’est pas une mode qui permet d’attirer l’attention, mais bien une maladie, qui peut être provoquée par mille et un facteurs.

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Campagne anti anorexie – @Dailymail

Pour mieux comprendre la réalité, Jollies a échangé avec des personnes touchées par cette maladie

  • L’histoire de Camille, 15 ans

Quand ses parents se sont séparés, en fin de 4e, et que la situation familiale est devenue compliquée à supporter, Camille a sombré dans des crises de boulimie. A cela s’est rajoutée la mort de son grand-père ainsi que des problèmes de dos qui l’empêchaient de vivre sa passion, la gymnastique. Elle a alors commencé à réduire son alimentation, jusqu’en janvier 2016 où sa seule source de nourriture est devenue du pain et de la compote.

Camille dormait très peu mais faisait beaucoup de sport. Cumulé à cet épuisement, son passe-temps à faire des gâteaux qu’elle ne goûtait même pas. Tout le monde a fini par s’inquiéter. En effet, l’adolescente est devenue blanche, épuisée par des vertiges et un manque de chaleur constant. Depuis un an, ses règles ne font plus acte de présence, et sa croissance est inexistante. C’est alors que ses parents ont contacté des médecins. Début juin, c’est le début de l’hospitalisation. Poussée par l’envie de s’en sortir, elle se met à manger, et pour cause : elle doit aller mieux, le mois de juillet est synonyme de compétition internationale de gym. Elle sort au bout de 10 jours. Sa seule motivation pour manger : la compétition. Mais elle est certaine qu’une fois passée, ça va recommencer.

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Campagne de publicité qui montre les ravages de l’anorexie sur le corps – @CNN

Camille vomit quand, après avoir compté chaque calorie, elle se rend compte qu’elle en a trop mangé… C’est-à-dire à tous ses repas. Aujourd’hui, elle n’en peut plus. Elle ferait tout pour retrouver sa vie d’avant, dont elle ne se souvient même plus.

« Aux filles qui pensent que ça fait « tumblr » de dire qu’on est anorexique, c’est complètement ridicule : c’est comme si on disait qu’avoir un cancer, c’est cool. »

Nostalgique de la vie qu’elle devait probablement avoir avant cet enfer, elle veut redemander une hospitalisation, et essayer à nouveau. Camille refuse de vivre comme ça, mais n’arrive pas à s’arrêter : « Il y a une voix dans ma tête, une sensation dans mon estomac, et cette impression de contrôle. Je ne fais pas exprès, ce n’est pas un manque d’affection ! »

La jeune fille est claire dans ses propos : une fois dans l’anorexie, c’est elle qui contrôle ta vie. Elle ne se déplace pas sans ses compotes, ne dort plus chez ses amis, ne peux plus faire de gym. « Je ne peux plus vivre normalement… et ça me manque tellement » est la phrase qui a mis fin à notre échange.

Le site de la Sécurité Sociale, nous indique que les facteurs sont polyfactoriels : il n’y a pas une cause déterminante, mais plusieurs. On l’a retrouvé chez Camille, plusieurs événements s’accumulant l’ont poussée peu à peu dans l’anorexie. Ce sont des facteurs génétiques et psychologiques individuels qui s’entremêlent avec des facteurs familiaux, environnementaux et sociaux. Pour ce dernier exemple, il ne faut pas chercher bien loin : voir les pubs, les magazines et les tailles des magasins qui nous entourent pour comprendre que faire une taille 34, c’est LA taille pour être mannequin !

  • C’est ce que nous confirme Aude, 18 ans.

Pour elle, les causes dépendent de chacune et chacun des malades (elle a personnellement connu un garçon anorexique), même si certaines sont évidentes : « c’est le dictât de la maigreur, toujours vouloir etre plus fine que sa voisine, rentrer dans le 36 de chez Pimkie… Et après, on tombe souvent malade parce-qu’on est fragile. La maladie permet de se concentrer sur autre chose que ce qui nous fait souffrir… » Plus on maigrit, plus on est content, alors on continue. Elle nous explique que c’est la sensation de contrôle : « on arrive à maigrir, alors on contrôle nos émotions, et on se sent bien. » Ce sont ses parents qui lui ont ouvert les yeux. Quand ils l’ont hospitalisée de force, elle a compris qu’elle n’était pas normal. Ça a duré 3 mois, et ce ne fut pas facile.

La pire période de sa vie

C’est non sans gêne qu’elle nous raconte que oui, pour certains, l’hospitalisation est bénéfique, mais pour elle, pas du tout. Elle était dans un service psychiatrique, mélangée avec des dépressifs, entourée de tentatives de suicide, mais aussi d’autres anorexiques et boulimiques. Coupés du monde, ils n’avaient pas le droit au téléphone, aux sorties, pas de cours. « J’étais seule, avec d’autres malades comme unique compagnie. Et c’est pas facile. On était traités comme des enfants. Heureusement, j’ai échappé au repos strict (l’immobilisation au lit). » Les toilettes étaient fermées, par peur que les malades se fassent vomir.

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Campagne anti anorexie – @Dailymail

« On se gavait d’eau la veille des pesées pour prendre du poids. » Aux pesées, Aude priait pour avoir pris du poids. C’était très dur moralement, quand le chiffre avait encore baissé sur la balance alors qu’elle mangeait des plats complets et des compléments très lourds en calories. Le choc et la déception grandissaient quand elle voyait les autres heureux d’avoir encore maigri, alors qu’elle, elle voulait juste s’en sortir. « Plus tu prends conscience des choses, et que tu continues à maigrir, plus tu as l’impression que tu ne sortiras jamais et que tu passeras toute ta vie là dedans… »

Un soir, elle a pris l’initiative, toute seule, de manger un biscuit. Elle a explosé. C’est ainsi qu’elle est sortie de l’anorexie : elle s’est mise à dévaliser les placards, à en devenir boulimique, à la différence qu’elle n’a jamais tenté de se faire vomir. « Beaucoup d’ano tombent malheureusement dans la boulimie, et c’est une de nos plus grandes peurs ! Actuellement je ne me sens toujours pas guérie… » Aujourd’hui, les crises se sont calmées, même si elle a l’impression qu’elles la guettent. En effet, Aude a encore peur de manger des légumes en grande quantité. Elle craint de retomber dans l’anorexie.

« 20 à 50 % des sujets souffrant d’anorexie mentale ont des crises de boulimie et 27 % des sujets souffrant de boulimie nerveuse ont des antécédents d’anorexie mentale. » Dr Nathalie Godart, psychiatre chez l’enfant et l’adolescent, spécialisée dans les troubles alimentaires.

Selon la Haute Sécurité de la Santé, cette maladie touche surtout les adolescentes, les jeunes femmes, les mannequins, les sportifs (sports qui fonctionnent selon des catégories de poids ou qui jouent sur l’esthétisme) ou les personnes devant suivre des régimes spécialisés (diabète de type 1 par exemple).

  • Des remarques qui ont tout changé pour Lia, 15 ans

Tout a commencé en 6e. Ce n’étaient que de simples critiques sur son physique… qui ont quand même fini par l’atteindre au plus profond de lui. « Puisque je suis moche, autant être maigre, c’est tellement plus beau ! » C’est ce genre de réflexion qui l’ont définitivement fait sombrer dans l’anorexie mentale alors qu’il était en 5e. A partir de là, la spirale commence. Lia se pesait tous les jours, tout le temps, calculait ses moindres repas. Le jour où ses cuisses ont commencé à ne plus se toucher, ce fut la victoire. Heureusement pour lui, c’est une amie qui a réussi à l’aider. Elle restait continuellement avec lui pour ne pas le laisser dans ses idées sombres. Aujourd’hui, il a repris du poids, il mange ce qu’il veut. Pourtant, cette maladie a laissé un traumatisme. La peur des kilos est toujours là.

Quand nous avons demandé si Lia avait un mot à rajouter, il n’a pas hésité. « Apprenez à vous aimer vous-même, avant que ça ne soit trop tard. On se sent beaucoup mieux en s’aimant que par fierté d’être maigre. »

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Exemple de citations données par les « pro ana » – @myproana

« Les comptes Twitter Pro Ana doivent disparaître parce que ça, ça n’aide vraiment pas » nous disait Lia

Mais être « Pro Ana », qu’est-ce que c’est ? Le terme est assez difficile à décrire. On pourrait qualifier ça de mouvement : des personnes créent des sites (blogs, comptes Facebook et Twitter), et y diffusent des images d’anorexie morbide avec comme légendes « un objectif » « un but » « la beauté ». Mais ils diffusent aussi des listes de règles pour maigrir et pour mieux se mutiler… Pour ce mouvement, la beauté c’est la maigreur. L’anorexie n’est plus vécue comme une maladie mais comme un mode de vie. Et malheureusement, beaucoup se servent de ces comptes pour affaiblir des anorexiques qui ne recherchaient qu’une simple oreille pour se sentir mieux. C’est donc bien ce qu’a voulu nous expliquer Lia.

Voilà ce qui cause beaucoup de confusions et de jugements trop hâtifs, que subissent quotidiennement des anorexiques dans le monde entier.

Morgane PIQUE

Sources utilisées pour les informations médicales :
Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) ; ameli-santé.fr ; Ministère de la Santé ; Haute Sécurité de la Santé (HAS)
Jollies remercie les personnes ayant accepté de témoigner et les félicite pour leur courage.

2 réflexions sur “Mieux comprendre l’anorexie

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