Message à Benoîte Groult

Le lundi 20 juin, Benoîte Groult, grande féministe et auteure de nombreux ouvrages, nous a quittés à l’âge de 96 ans. Jollies Magazine vous propose de (re)découvrir ce personnage emblématique de la lutte pour l’égalité des sexes. Hommage de la Rédaction.

Vous faisiez partie de mon inconscient féministe. Vous étiez une de ces figures dont on connaît le nom mais pas véritablement l’œuvre. Vous, Benoîte Groult, grande féministe dont la jeune génération n’a pas entendu parler. Et puis, je vous ai croisée au détour d’un rayonnage dans une bibliothèque.

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Couverture du roman graphique consacré à Benoîte Groult

C’est à travers la « bio-graphique » de l’auteure et dessinatrice Catel, que j’ai découvert le «  phénomène Benoîte ». Dans ce roman graphique intitulé Ainsi soit Benoîte Groult, la dessinatrice vous raconte : féministe, écrivaine, journaliste et amie. Vous y campez un personnage intelligent, drôle et touchant. Happée par cette rencontre par dessins et lectures interposés, j’ai lu, relu, écouté et re-visionné des articles, vidéos et autres captations audiovisuelles, de ou par vous.

Un prénom qui en dit long

Vous naissez le 31 janvier 1920 mais, comment dire… ? Vos parents ne s’attendaient pas à une telle rencontre. Ils avaient pensé accueillir un petit garçon et vous voilà. Qu’importe : « Benoît » deviendra « Benoîte » ! Mais c’est trop masculin, alors tous prennent l’habitude de vous appeler Rosie, plus féminin, mélodieux et somme toute assez floral. Les années passent et « Rosie » vous paraît de plus en plus niais et ridicule. C’est donc le retour de « Benoîte », une vraie naissance, celle de votre caractère.

GROULT, BENOITE 1983       © ERLING MANDELMANN
@Wikipedia Commons

Des bas bleus aux pantalons

Contrairement à votre mère dessinatrice de mode, vous vous passionnez pour les lettres, le latin et l’enseignement. Vous êtes une de ces « bas-bleu » comme on disait à l’époque : une femme lettrée, intelligente, ce qui, il faut bien l’avouer, a tendance à effrayer. Vous arrivez au féminisme à la trentaine et vous devenez une « bas-bleu » militante qui ne se meut qu’en pantalon. Puis, à l’âge de 80 ans, lorsque l’on vous demande sur un plateau de télé ce que c’est que d’être femme aujourd’hui, vous répondez, sans détour et avec l’aplomb que l’on vous connaissait : « c’est être déçue ».

Les déclics littéraires

La littérature vous fait prendre conscience de la situation des femmes, vous qui, plus jeune, n’avez lu que les Bibliothèques roses et autres lectures à la mode à l’époque. A 18 ans, vous découvrez Les Nourritures terrestres d’André Gide, ouvrage auquel vous accordez une place importante. Plus tard vous expliquerez: « ce livre qui célébrait les voyages et la sensualité s’adressait autant aux hommes qu’aux femmes. C’est la première fois que je me suis dit que je pouvais attendre de la vie autre chose que le mariage ». A l’âge de 30 ans, le déclic principal a lieu : vous lisez Une Chambre à soi de Virginia Woolf. Et puis, c’est la découverte des écrits de Beauvoir, d’abord en 1947 avec Le Deuxième Sexe, puis en 1958 avec les Mémoires d’une jeune fille rangée, qui achève de vous convaincre de la puissance de la thèse du Castor (ndlr. Simone de Beauvoir). En 2009, vous dévoilez au magazine Télérama vos dix livres préférés, dont ces écrits font partie.

La féminisation des mots de la langue française

Dans plusieurs ouvrages comme dans de nombreuses interviews, vous luttez contre le côté machiste de la langue française. Vous remarquez que les mots désignant des postes importants ne sont que rarement féminisés. Mais si vous étiez là aujourd’hui, vous seriez certainement dépitée par ces dizaines d’articles qui vous qualifient d’ « écrivain » ou d’ « auteur ».

Une œuvre colossale

Vous commencez l’écriture en 1962 accompagnée de votre sœur Flora avec Le Journal à quatre mains. Après des récits autobiographiques comme Les Vaisseaux du cœur, vous écrivez plusieurs romans comme par exemple Les Trois quarts du temps. Enfin, vous choquez, en 2006 avec votre dernier ouvrage La Touche étoile où vous abordez notamment la question de l’euthanasie, avant de reprendre votre autobiographie en 2008 sous le titre de Mon Evasion. Mais l’ouvrage le plus marquant de toute votre carrière c’est sans conteste Ainsi soit-elle, publié en 1975. Vous y prenez la parole, parfois en contre-pied de certaines féministes issues de 1968 que vous considérez trop extrêmes. Vous y dénoncez notamment la condition de la femme au sein du couple mais aussi les mutilations génitales. Vous êtes alors une des premières à dénoncer la pratique de l’excision.

J’avais encore des questions pour vous…

Tout cela, j’aurais aimé en parler avec vous, face à face, autour d’un thé dans votre maison de Hyères, en écoutant vos nombreuses anecdotes. Nous aurions discuté des nouveaux enjeux du féminisme. Ma naïveté vous aurait touchée à bien des égards et votre intelligence m’aurait subjuguée. Je vous aurais questionnée sur la GPA, la place des femmes dans les religions monothéistes, et les Femen. Et vous, vous m’auriez fait découvrir des grands noms de la littérature et du féminisme.

Alors, chère Benoîte, bon vent !

Claire JEANTILS

(Image de Une : @Catel – Grasset)

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