Le point sur la situation au Brésil

Affaire de blanchiment d’argent, viol collectif, renversement de présidence, magouille comptable et corruption : le Brésil souffre en ce moment et il est temps de faire le point.

 

Dilma Rousseff, la « mère du peuple » déchue

  • Un premier mandat chahuté (2011-2015)

Tout commence en 2011. La femme d’État brésilienne est élue avec 56 % des voix et devient la première femme présidente de la République fédérative du Brésil. Elle passe après Lula (2003-2010), le président haut dans les sondages qui a réussi à faire sortir plus de 30 millions de Brésiliens de l’extrême pauvreté et décide, elle aussi, de faire de la pauvreté sa priorité.

Cependant, la présidente nouvellement élue doit faire face, dès la première année de son mandat, à des problèmes de corruption au sein de son gouvernement et sept ministres sont renvoyés.

Trois ans plus tard, elle est remise en cause lorsque l’on apprend que l’organisation de la Coupe du monde de football va coûter 11 milliards d’euros au pays alors que un million de Brésiliens vivent encore dans la rue.

De plus, le pays fait face à une importante baisse de sa croissance économique depuis  2010 (la croissance était de 7,5 %), tandis que l’inflation augmente (dépasse les 10%). Le seul point fort de l’économie rousséffienne est le plein emploi : 5% de la population est au chômage ou moins selon de BIT (Bureau International du Travail).

  •  Second mandat catastrophique depuis 2015

Malgré le bilan plutôt orageux de son premier mandat, elle promet le retour à la croissance au Brésil et est réélue de justesse avec 52 % des voix le 26 octobre 2014. Cependant, le « champ de rose » promis ne se réalisera pas et la situation économique s’aggrave après un virage austère : le Brésil fait face à sa pire crise économique depuis 25 ans avec un taux de croissance négatif de 4 %.

Le scandale Petrobras met le feu aux poudres


Petrobras
est une entreprise de recherche d’extraction, de raffinage, de vente et de transport de pétrole basée à Rio, la seconde plus grande ville du Brésil.

C’est en mars 2014 qu’éclate une affaire de corruption, de blanchiment d’argent et de pots-de-vin impliquant des personnalités politiques qui ne sont autres que des membres du Parti des travailleurs de Dilma Rousseff ou encore des partis de la coalition au pouvoir.

L’ex-présidente serait peut-être même intimement liée au scandale puisque le sénateur et ancien chef du Parti Travailleurs au Sénat, Delcídio do Amaral, a affirmé, après avoir été arrêté dans le cadre du scandale, que ces pots-de-vin auraient profité à la présidente et qu’elle était au courant de l’existence du réseau Petrobras.

La population, exténuée par la crise économique et le scandale de corruption, décide de changer la donne. Ainsi, le 16 août 2015, le Brésil s’enflamme : entre 900 000 et 2 millions de Brésiliens descendent dans la rue, exigeant la démission de la présidente dont la côte de popularité est descendue à 8 %.

« Nous allons protester jusqu’à la fin. Jusqu’à ce que la présidente tombe. Elle doit s’en aller définitivement et laisser ce pays en paix et libéré de cette mafia du Parti des Travailleurs », déclare une manifestante aux journalistes de l’AFP.

  • 2015 : un nouveau scandale

En octobre 2015, Dilma Rousseff est accusée d’avoir entaché d’irrégularités les comptes publics de l’État, afin de minimiser les dépenses pour maquiller l’ampleur du déficit public. Malgré le fait que ce soit une pratique utilisée par d’autres présidents avant elle, on reconnaît qu’elle l’a utilisé dans une proportion jamais observée jusqu’à présent.

Même si aucune investigation ne fait état d’un enrichissement personnel pour Madame Rousseff, une procédure d’impeachment (permettant au pouvoir législatif de destituer un haut fonctionnaire) est lancée contre elle en décembre 2015.

En apprenant la nouvelle, celle-ci dénonce un « coup d’État » et rajoute, citons-la, « s’opposer à moi, me critiquer fait partie de la démocratie. Mais démettre une présidente élue de façon légitime, sans que celle-ci ait commis un quelconque crime (…) n’est pas le jeu démocratique. »

Depuis, une nouvelle manifestation a eu lieu le 13 mars 2016 et trois millions et demi de Brésiliens sont descendus dans la rue pour demander le depart de leur dirigeante.

Quelques jours plus tard, le 16 mars, Dilma Rousseff nomme Lula, l’ancien président, au poste de Chef de Cabinet du Gouvernement afin (et ce sera confirmé plus tard par des écoutes téléphoniques), de lui permettre d’échapper à la menace d’une mise en détention dans le cadre de l’affaire Petrobras. Suite à cela, le 18 mars, le Tribunal Suprême fédéral suspend la nomination de Lula et ouvre une enquête sur la présidente pour « obstruction à la justice ».

Le 17 avril, 367 députés se prononcent en faveur de la procédure de destitution (plus des 2/3 nécessaire). Ainsi, le 12 mai la suspension est votée, pour une durée maximale de 180 jours en attendant le jugement final sur la procédure de destitution. Dilma Rousseff est écartée du pouvoir.

Depuis cette date, c’est Michel Temer, son vice-président, qui assure la présidence à la place de Dilma Rousseff, mise au ban.

Faux départ pour le gouvernement de Michel Temer

Le jeune gouvernement de Temer n’aura tenu que 11 jours sans scandale. Oui, oui, 11 JOURS !

Le 23 mai, le journal Folha de San Paulo publie des écoutes téléphoniques embarrassantes pour le nouveau chef du pays. En effet, il s’agit d’une conversation entre le ministre de la Planification, Romero Jucá, homme proche de Michel Temer, et Sergio Machado, ancien président de Transpetro, filiale de Petrobras. Au cours de cette conversation, Jucá laisse entendre que la destitution de Dilma Rousseff a été orchestrée afin de freiner les enquêtes anti-corruption qui touchent l’élite politique du pays. OUPS !  Jucá s’est donc vu contraint de démissionner le même jour.

Une semaine plus tard, c’est au tour de Fabiano Silveira, ministre de la Transparence de démissionner car il semble (lui aussi) être impliqué dans l’affaire de Petrobras.

Un nouveau gouvernement qui semble donc, déjà en difficulté et fragilisé par les scandales qui ont frappé ses prédécesseurs.

Un viol collectif, les Brésiliens sont indignés

C’est une agression à faire froid dans le dos. Le 21 mai une adolescente de 16 ans est agressée, droguée et violée dans une favelas a Rio de Janeiro par plus de trente hommes. La scène, d’une violence rare, a été mise en ligne sur les réseaux sociaux par les agresseurs et a déchainé une vague de haine de la part des Brésiliens contre « la culture du viol. »

« Je dénonce avec la véhémence la plus absolue le viol de l’adolescente à Rio de Janeiro. C’est une folie qu’en plein XXIe siècle, on soit confronté à des crimes barbares comme celui-là », a réagi Michel Temer.

Au Brésil, 500 000 viols ont lieu par an selon l’ONG Forum de sécurité publique, soit 1 370 par jour, sans compter ceux pour lesquels les victimes ne portent pas plainte. Le 31 mai, deux arrestations ont été effectuées dans le cadre de l’enquête… Affaire à suivre. 

Léa GORIUS

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s