Le féminicide, une réalité quotidienne non reconnue

De l’Argentine au Moyen-Orient, en passant par les tribunes de l’ONU, le féminicide est un sujet qui revient régulièrement dans l’actualité. Alors, faut-il voir le verre à moitié plein ou à moitié vide ? Chez Jollies Magazine, notre posture est réaliste et donc foncièrement pessimiste. Deux exemples édifiants : les Argentines et la communauté yézidie en Irak (une minorité ethnique).

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Vian Dakhil, députée irakienne qui rachète une à une les yézidies enlevées par Daesh – Crédit photo: AFP

Féminicide : fait de tuer une femme en raison de son sexe. Voilà un mot qui ne séduit pas le vocabulaire du droit international. La ministre française des Droits des femmes en a donc fait un de ses combats. Le 16 mars, devant l’Organisation des Nations Unies, Mme Rossignol a donc déclaré :  » le mot génocide appartient au vocabulaire international, mais le mot féminicide ne relève pas encore du vocabulaire de la diplomatie« .  Ce débat intervient alors que la situation des femmes yézidies en Irak est particulièrement critique. Persécutées, torturées, violées et tuées, elles sont les cibles directes de Daesh. Début 2016, Human Right Watch avait recueilli les témoignages de 15 femmes et filles yézidies qui étaient parvenues à quitter l’enfer de l’EI. Pour l’instant, seule la députée Vian Dakhil semble réellement se préoccuper de la situation dans son pays. Elle est une des rares yézidies du Parlement irakien. Depuis quelques mois elle est activement recherchée par l’organisation Etat Islamique. La raison: elle rachète petit à petit les yézidies enlevées par Daesh. Dans une interview au quotidien helvétique Le Temps, elle déclare: «Je paye entre 4.000 et 6.000 dollars par personne, un peu moins pour les enfants».

1800 femmes et filles yézidies retenues par Daesh

Mais elles sont encore plusieurs centaines à vivre dans ces conditions inhumaines. Le Gouvernement régional du Kurdistan estime à environ 1800 le nombre de femmes et filles yézidies encore détenues par Daesh. L’instauration du terme « féminicide » dans le vocabulaire diplomatique permettrait donc, non seulement de reconnaître à l’échelle mondiale les violences faites aux femmes, mais aussi de protéger et de sauver, à plus court terme, les yézidies.

Un féminicide toutes les 30 heures en Argentine

Les femmes de cette minorité irakienne ne sont pas les seules à subir des féminicides. L’Amérique du Sud est aussi une région très dangereuse pour les femmes. L’Argentine obtient à nouveau de mauvaises statistiques (après les chiffres sur les avortements illégaux). En effet, selon El Pais (journal espagnol), 286 femmes ont été tuées de façon violente en 2015. Soit une moyenne d’un féminicide toutes les 30 heures. L’ONG argentine, La case del encuentro, moteur du mouvement protestataire #NiUnaMenos (« pas une de moins), s’est attaquée aux statistiques floues des féminicides en Argentine et a constaté une augmentation de ces crimes de 3,24% par rapport à 2014. A nouveau, l’organisation interpelle le gouvernement argentin et demande la mise en place de protections pour les femmes et les enfants de femmes maltraitées. A quand une prise de conscience générale? Nombre d’associations et de femmes maltraitées s’interrogent.

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Crédit photo: les éditions Métailié

Pour aller plus loin, la rédaction de Jollies Magazine vous conseille l’ouvrage Les Jeunes Mortes, de Selva Almada. Au moyen de la « non-fiction » et de ses souvenirs personnels, l’auteure déterre trois affaires de féminicides jamais résolues. L’auteure argentine y rappelle que «face au féminicide, l’oubli est une autre forme de mort et d’impunité».

Claire JEANTILS

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