Brexit : les réponses à toutes vos questions

Le 23 juin prochain, les Britanniques devront se prononcer sur le Brexit. Si beaucoup ont déjà vaguement entendu parler du Brexit, rares sont ceux qui savent vraiment de quoi il s’agit et quels en sont ses enjeux. Jollies Magazine fait le point pour vous.

L’Union Européenne et le Royaume-Uni : je t’aime moi non plus ?

En 1957, la France, la Belgique, les Pays-Bas, l’Allemagne, l’Italie et le Luxembourg décident de se rassembler dans la Communauté Economique Européenne (CEE). Le Royaume-Uni préfère rester à part, persuadé que la CEE aurait un trop gros impact sur ses relations commerciales avec les États du Commonwealth, très importantes pour l’économie du pays. Mais dans les années 1960, le pays rencontre des difficultés économiques et le Premier ministre du parti conservateur, Harold Macmillan demande à rejoindre l’Europe des six en 1961. Charles de Gaulle pose son véto, et refuse aussi l’entrée de l’Irlande et du Danemark, également candidats. En 1967, Gaitskell, le successeur de MacMillan candidate une nouvelle fois pour rejoindre la CEE, mais De Gaulle s’y oppose encore, considérant le Royaume-Uni comme “Le cheval de Troie des États-Unis”. C’est finalement en 1973, après le départ de Charles de Gaulle et sous le mandat de Edward Heath, conservateur, que le Royaume-Uni rejoint l’Union Européenne.

Après être revenu au pouvoir au Royaume-Uni, Harold Wilson, travailliste, organise un référendum populaire en 1975 pour décider si le Royaume-Uni devrait, ou non, rester dans la Communautée Européenne. Le oui l’emporte avec 66%. En 1979, Margaret Thatcher prend la tête du pays, et celle qui avait fait campagne en faveur de l’entrée du Royaume-Uni dans la CEE, change rapidement de position. Elle souhaite une union des pays européens mais seulement économiquement et défend corps et âme les intérêts du Royaume-Uni dans l’Europe et en 1979, sa célèbre phrase I want my money back fait le tour du monde. Elle obtient de la CEE de récupérer £800 millions des contributions financières données par le Royaume-Uni à l’Europe. En 1990, Thatcher donne son accord et le Royaume-Uni rejoint le Mécanisme de Taux de Change Européen (MCE), créé en 1979. Son but était, entre autres, de stabiliser le cours des monnaies européennes, pour développer le commerce dans la CEE.

C’est à l’arrivée au pouvoir de son successeur, John Mayor, que les choses ont vraiment commencé à se détériorer avec le traité de Maastricht (1992) et l’instauration de la monnaie unique. Les Britanniques étaient divisés par rapport à cette idée et la livre a été dévaluée. En 1997, le Travailliste Tony Blair devient le Premier ministre britannique et milite pour rejoindre la monnaie unique. Pour ce faire, il crée des protections sociales, longtemps demandées par la gauche, comme le salaire minimum. Mais l’économie anglaise était florissante et beaucoup ne voyaient pas d’avantage notable à adopter l’euro. En 1999, le sentiment d’anti-européanisme était si fort que UKIP (United Kingdom Independance Party), eurosceptique, a obtenu des sièges dans le Parlement européen pour la première fois. Depuis, le scepticisme des Britanniques ne fait que s’accentuer. En 2007, lancé dans la course aux législatives de 2010, David Cameron s’engage, en cas de victoire, à laisser les Britanniques s’exprimer sur le traité de Lisbonne, qui remplace le projet de Constitution européenne. Grâce à une coalition avec les centristes, il remporte la victoire. Il doit donc partager le pouvoir avec le centriste Nick Clegg, qui devient donc le Vice-Premier ministre. Puisque les centristes, ses alliés au gouvernement, étaient europhiles, il n’a pas pu faire ce qu’il voulait et a abandonné l’idée du référendum.

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@Claire Aboudarham

Mais, concrètement, le Brexit c’est quoi ?

Brexit, c’est la contraction de “Britain” et “Exit”, soit littéralement, la sortie pour la Grande-Bretagne de l’Union Européenne. Cette question est récemment revenue sur le tapis. Avec la montée en flèche de l’euroscepticisme, David Cameron a recommencé à parler du Brexit lors de sa campagne de réélection en 2014 et s’est engagé à conduire un référendum sur la question européenne avant fin 2017. Depuis sa réélection, il est le seul leader du pays. Le 23 juin prochain, les Britanniques seront donc amenés à se rendre aux urnes pour décider si le Royaume-Uni doit, ou non, rester dans l’Union Européenne.

Que reprochent exactement les Anglais à Bruxelles ?

En 2004, l’Union Européenne s’élargit à dix nouveaux membres et le Royaume-Uni est, selon Les Échos “l’un des seuls pays à ne pas restreindre temporairement l’immigration en provenance de ces États”. A la même époque, Tony Blair, le Premier ministre travailliste (1997-2007) libéralise le marché du travail et Le Monde explique que « des millions d’emplois mal payés et faiblement qualifiés » sont créés. Le gouvernement britannique avait sous-estimé le nombre de travailleurs qui souhaitaient rejoindre le Royaume-Uni et ces immigrés ont droit, selon les traités de l’UE, aux mêmes prestations sociales que les Britanniques. Pour contrer UKIP et satisfaire l’aile droite de son propre parti, Cameron s’est engagé, fin 2014, à refuser les aides aux salariés européens ayant côtisé moins de quatre ans.

Ce que David Cameron veut de l’UE… Et ce qu’il a obtenu !

Lors d’un sommet à Bruxelles, les 18 et 19 février 2016, David Cameron a tenté de négocier avec l’Union Européenne des termes favorables au Royaume-Uni pour qu’ils ne quittent pas l’UE. France TV info a listé ces demandes, parmi elles :

  • “La suppression du droit automatique aux prestations sociales pour les ressortissants d’autres pays de l’UE
  • “Plus de pouvoir pour les parlements nationaux, notamment en cas de désaccord sur une directive envisagée par l’UE
  • “Les garanties pour les pays qui ne font pas partie de la zone euro de ne pas être pénalisés par les décisions de cette dernière”
  • “Moins de régulations économiques

Au final, toutes les exigences de Cameron n’ont pas été respectées, mais l’Union Européenne a fait un grand pas dans son sens. Donald Tusk, le président du Conseil européen, a proposé un système de “frein d’urgence”. Si un État de l’Union Européenne peut prouver que les flux migratoires sont une menace pour ses prestations sociales, il peut arrêter de les distribuer aux nouveaux arrivants pour une durée maximale de quatre ans.

Un “système de carton rouge” a également été mis en place. Si plus de la moitié des Parlements nationaux de l’Union Européenne (55%) sont contre un projet législatif ou exécutif européen, celui-ci pourra être suspendu. Enfin, au Royaume-Uni, en cas de “circonstances exceptionnelles”, le paiement des aides sociales pourra être limité pendant sept ans pour les nouveaux arrivants. En revanche, François Hollande refuse de laisser le Royaume-Uni s’immiscer dans les décisions concernant la zone euro.

Mais alors, pourquoi faire rester un pays qui ne veut plus être dans l’UE ?

Même si le Royaume-Uni est un membre réticent de l’Union Européenne, le laisser partir serait désastreux pour l’Europe. En plus d’affaiblir considérablement le poids de l’Union Européenne (les Britanniques représentent à eux seuls 15% de la richesse de l’Union Européenne), ce départ affecterait les accords économiques et le budget européen, puisque comme relaté par France 2,Londres participe à hauteur de 12% au budget des institutions européennes. La Commission européenne ou le Parlement perdraient ainsi 14 milliards d’euros chaque année”.

Le Brexit est également symbole de problèmes au sein de l’Union Européenne et d’un manque de coopération entre les États membres. Si le Royaume-Uni était amené à quitter l’UE, cela ouvrirait la porte à d’autres États, encore plus endettés, pour faire la même chose, et l’Europe finirait probablement par s’effondrer comme des dominos.

Et les politiciens anglais dans tout ça ?

Cameron, bien qu’il s’engage à organiser un référendum, organise une campagne pour persuader les Britanniques de voter pour le maintien du Royaume-Uni dans l’UE, expliquant que l’accord lui offre “le meilleur des deux mondes”. Boris Johnson, l’actuel maire de Londres et grand rival de Cameron, a quant à lui, choisi de se positionner en faveur du Brexit.

David Cameron s’est longuement interrogé sur la position du parti Conservateur par rapport à l’Europe en se demandant si chacun de ses ministres devait se prononcer selon ce qu’il pense, ou s’il devait, lui-même, affirmer une position pour tous les membres du parti. Il a finalement décidé d’organiser un vote libre où chacun pourra se prononcer en faveur de ce qu’il pense être le mieux pour le Royaume-Uni. La campagne officielle du Brexit commencera au mois d’avril, soit deux mois avant le vote, tradition du pays. Pour le moment, aucune hypothèse n’est privilégiée dans les statistiques et il faudra patienter jusqu’en juin pour connaître l’issue du référendum.

Texte : Camille BROMCHART, Infographie : Claire ABOUDARHAM

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