Jollies Magazine aussi passe la « Nuit debout »

Depuis quelques jours à Paris, place de la République, à l’endroit même où se trouve la Statue de la République qui fait office de mémorial depuis les attentats de janvier, se déroule, matin et soir le même manège… Chaque soir, on installe des chapiteaux, on dresse des stands de nourriture, on organise des Assemblées Générales (AG) pour parler des sujets polémiques et chaque matin, les CRS viennent évacuer cette place, forte de symboles, occupée toute la nuit.

Mais alors, que se passe-t-il ? Qui sont ceux qui occupent la place et qu’est-ce que « Nuit Debout » dont on entend parler depuis le 31 mars ?

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Crédit : Léa Gorius

C’est après la manifestation qui a lieu le 31 mars contre le projet de loi travail dans les rues de Paris, que le cortège se rend sur les coups de 18h place de la République et commence à dresser des chapiteaux. La première « Nuit Debout » est née. On assiste à une véritable convergence des luttes : réfugiés, étudiants, lycéens, anciens soixante-huitards, indignés de toutes nationalités se retrouvent chaque soir pour discuter et repenser ensemble la société de demain.

Ainsi, nous y avons passé la soirée du mardi 5 avril et nous allons à présent, tâcher de rendre compte de l’ambiance de ce rassemblement rare et impressionnant.

Chapitre 1 : L’arrivée et l’AG générale

18h30: nous arrivons place de la République. L’ambiance est au beau fixe : on entend de la musique, des rires et des brèches de débats venant des nombreux petits groupes qui sont installés, bière ou guitare à la main, sur les dalles de la place. Dans l’air se répand l’odeur des stands de merguez et de kebab venus pour l’occasion… on se croirait en plein festival. Le soleil n’est même pas encore couché et la place est déjà pleine.

Impressionnées par tout ce monde, nous décidons de trouver l’AG générale et ce n’est pas chose difficile! Un public nombreux écoute, assis, attentif et sans bruit, le discours qu’un réfugié prononce en anglais et qui est traduit par la suite par un étudiant. Il dénonce « le racisme d’Etat et la violence policière » et remercie la France de l’avoir accueilli comme elle l’a fait. Par la suite, un autre réfugié arrive et fait appel à la « convergence des luttes » et aux « revendications communes » afin que les « majorités protègent les minorités, c’est-à -dire moi, en tant qu’homme, les femmes ou pour les français, les sans-papiers « . Très vite, la fin de son temps de parole est écoulé…il termine en insistant sur l’accueil de « ceux qui fuient les guerres menées par nos gouvernements ». Cette dernière phrase fait mouche dans l’Assemblée, certains applaudissent pendant que d’autres empruntent la gestuelle des indignés en agitant les mains afin de montrer leur accord. Nous décidons de laisser la place à d’autres et nous partons à la rencontre des occupants.

Chapitre 2 :  » Le grand-père soixante-huitard »

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Crédit : Léa Gorius

C’est comme ça qu’il nous a demandé de l’appeler à la fin de notre échange. Arborant fièrement sa pancarte « Mai 68 puissance 2016 », Gil Ben Aych, ancien prof de philosophie et auteur de plusieurs romans tels que Le voyage de mémé, est là depuis le début. Confortablement installé sur sa chaise pliante parce que « rester quatre heures debout c’est pas facile », il nous raconte mai 68 de l’intérieur… puisqu’il y était ! Il a 20 ans et vient d’entrer à la Sorbonne lorsque les premiers pavés sont lancés. « C’est moi qui ai accroché les portraits de Mao et de Lénine sur les colonnes de la Sorbonne » nous dit-il fièrement ! Contre une paix au Vietnam mais pour la victoire des Vietnamiens, il prenait part au cortège dans les manifestations et hurlait « Libérez nos camarades! ».

Nous lui demandons alors ce qui lui fait penser que « Nuit Debout » est un « nouveau Mai 68 », il se redresse et nous réponds :« C’est l’air dans la loi. Elle est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase! Comme dirait Mao, c’est l’étincelle qui a mis le feu à toute la plaine…la misère grandit et la trahison dont fait preuve Hollande en aidant les patrons n’est plus supportable » et rajoute avec un grand sourire « Ayrault n’est pas assez héroïque et Manuel valse ! ». Ses idées sont simples : suppression de l’Assemblée Nationale et du Sénat que l’on remplacerait par des représentants d’unité de production, on proclame la VIème République, une république sociale de travailleurs. « On retourne au système de la Commune de Paris » dit-il avant de se faire interrompre par un jeune qui l’écoutait : « Mais vous savez que le système de la Commune est basé sur un échec ? ». Gil lui réponds : » Et alors ? Un bébé tombe plusieurs fois avant de marcher ! Si cela ne fonctionne pas alors cela marchera pour mon fils, mes petits-enfants ! Il faut voir grand, et moi, je vois l’Histoire ».

Alors que nous concluons notre échange il nous dit :« Hollande est un Kerenski qui va se faire renverser ».

Chapitre 3 : Une nouvelle constitution, ça vous tente ?

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Crédit : Léa Gorius

Après avoir quitté notre révolutionnaire, nous nous dirigeons vers la statue au centre de la place et notre regard est attiré par un panneau « Citoyens écrivons nous-mêmes la prochaine Constitution !« . Intriguées, nous nous adressons à un des membres de l’association. Il tient une pile immense de prospectus et nous en tend un. Les Citoyens constituants, voilà comment ils s’appellent. Ils proposent de s’inscrire à des ateliers afin de proposer une constitution. Nous lui demandons comment cela fonctionne et il nous répond « On essaye de faire une réunion par mois. On se retrouve tous dans une salle qu’on loue et ensuite chacun propose une idée, on fait un vote et on inscrit ou non, les nouveaux articles dans la constitution! Le but de l’association est de montrer aux gens qu’ils peuvent se mobiliser, qu’ils peuvent choisir et qu’il n’y a pas que les politiques qui sont aptes à rédiger des constitutions ». La prochaine réunion est le 23 avril, si cela vous dit, on vous met leur site internet juste là !

Chapitre 4 : L’AG des lycéens et le trio d’étudiantes

Alors que nous nous apprêtions à partir, sûres d’avoir tout vu, nous avons vent d’une AG des lycées qui se tiendrait de l’autre côté de la place. Nous décidons d’aller voir !

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Crédit : Léa Gorius

Plus petite et plus informelle, l’AG est menée par une lycéenne armée d’un mégaphone. « S’il vous plaît un peu de silence ! Est ce que ceux qui ne votent pas peuvent s’éloigner du cercle ? ». Afin de les laisser terminer, nous décidons d’aller voir un groupe de trois étudiantes assises en rond afin de recueillir leurs avis personnels.

Âgées de 22, 23 et 25 ans, deux d’entres elles sont en master et la dernière est déjà entrée dans la vie active :

Jollies Magazine : « Pourquoi êtes-vous là les filles ce soir ? ».

Les étudiantes : « Pour se rassembler ! Nous adhérons à certaines causes qui sont défendues bien entendu mais, le problème avec la convergence des luttes c’est que parfois cela apporte des idées étranges…tout à l’heure on a entendu quelqu’un parler de pénalisation de l’IVG ! »

JM:  » Pensez-vous que tout ça puisse mener à un prochain mai 68? ».

Les étudiantes : « Non, c’est un peu rapide de dire ça ! Par contre, il y a un vrai raz-le-bol de la jeunesse et ça se voit! ».

Voyant que l’AG des lycéens est terminée, nous remercions les étudiantes de leur temps et partons à la rencontre d’une lycéenne que nous avions repéré un peu plus tôt. Elle n’est qu’en Première mais elle est déjà membre d’un parti politique et responsable de l’AG de son lycée à Paris : « Nous souhaitons faire passer un message, le message que les lycéens aussi sont concernés et qu’on ne manifeste pas juste pour rater les cours ! ». Dans son lycée, elle organise des réunions d’information, fait venir des politologues et des avocats afin d’informer et de sensibiliser les élèves à la questions de la loi Travail. « Personne ne s’y intéresse, ils pensent que de toute façon leur avenir est bouché, nous, on essaye de faire bouger les choses ! ».

Nous nous éloignons. Avant de partir, on passe au stand des goodies histoire de marquer le coup…après tout, on n’a pas cédé sur les kebabs alors on y a bien droit ! Nous choisissons un badge arborant un « Presse ne pas avaler » tiens… elle me dit quelque chose cette fiole noire…

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Crédits : Wikimedia Commons.

 

Léa GORIUS

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