Mode pudique, mode islamique ? On lève le voile

C’est incontestablement le débat de la semaine. Faut-il dénoncer les marques qui se lancent dans la mode islamique ? Et puis d’ailleurs, mode islamique, ou mode pudique ? Où commence la liberté ? Décryptage d’un débat complexe.

Des marques qui se lancent peu à peu dans la mode islamique

« Il n’y a pas de règle dans la mode » clamait déjà H&M dans un spot publicitaire il y a quelques mois. On y aperçoit la première mannequin voilée de l’histoire de la marque, chic comme pas possible.

Quelques semaines plus tard, la célèbre enseigne Dolce Gabbana lançait sa première collection de mode destinée aux femmes musulmanes. Mais elle n’est pas la seule marque à avoir franchi le pas ; UNIQLO, une firme japonaise, a récemment commercialisé une collection de hijabs. Le géant MARKS & SPENCERS s’est quant à lui jeté à l’eau en créant des burkinis, contraction de « burqa » et de « bikini ». Ce qui n’a pas manqué de faire réagir la Toile.

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Chez la plupart des maisons de couture, on évite d’aborder cette tendance, apparemment tabou. La créatrice Agnès B. s’explique :

« C’est délicat. (…) Faire ce type de vêtement va au-delà de la consommation ou de la mode. C’est toucher au politique et au religieux. (…) Moi, je n’en ferai jamais. Il y a un côté obscène à proposer des tenues pour des femmes riches dans des pays où certaines fuient les bombes avec leur voile de fortune sur la tête »

Oui, mais voilà : le marché des femmes musulmanes pourrait représenter 484 milliards de dollars d’ici 2019. On comprend donc l’appétit des géants de la mode et leur volonté de s’ériger en pionniers de la tendance.

Un débat houleux, sur la scène publique comme sur les réseaux sociaux

« C’est irresponsable ! » juge Laurence Rossignol, ministre française des Droits des Femmes. »Ce qui m’a frappé ce sont les arguments que donnent ces marques, qui disent ne faire la promotion d’aucun mode de vie, comme s’il y avait une dissociation entre les vêtements et les modes de vie » poursuit-elle. « L’enjeu c’est celui du contrôle social sur les corps des femmes (…), la promotion de cet enfermement du corps des femmes. »

Pour la ministre, cette tendance de la ligne pudique offre du crédit aux salafistes, qui, dans certains quartiers, tentent d’imposer aux femmes ce qu’elles doivent faire ou non en tant que « bonnes musulmanes » (sic).

Certaines personnalités, telle que la philosophe Elizabeth Badinter, ont même appelé au boycott des marques proposant des tenues islamiques. En réponse à cela, les militants anti-racisme appellent quant à eux au boycott de ces personnalités. L’ex-rappeuse Diam’s a elle aussi réagi dans un tweet en reprenant un extrait de son dernier livre, accompagné des hashtags #LibreDeM’habillerCommeJeVeux et #ModePudique.

Les internautes non plus n’ont pas été en reste pour exprimer leur opinion face à cette tendance.

Mode « Pudique » ou « islamique » ? Le poids des mots

Parler de mode « islamique » peut avoir une connotation négative. Par ailleurs, pourrait-on parler spécifiquement de « mode chrétienne » ou de « mode juive » aussi facilement ? Mélanger mode et religion, n’est-ce pas procéder à une forme d’exclusion ?

Pour cette raison, certains optent pour le peut être plus sobre adjectif « pudique ». Mais ici aussi, l’appellation peut poser problème. Parler de mode pudique, n’est-ce pas sous-entendre qu’il existe en face une autre mode, impudique et dévergondée ?

Une mode islamique, vraiment ?

Lorsqu’on parle de « mode islamique », on cantonne la tendance aux femmes musulmanes. Or Modeste, une petite marque française basée à Paris, a su montrer que la mode pudique n’est pas que musulmane…

Et en effet pas de hijabs ou de burkinis dans les collections de Modeste, mais des pièces amples, qui couvrent épaules, décolleté, cuisses et genoux. Et devinez quoi ? Musulmanes, comme chrétiennes évangéliques, ou même juives orthodoxes, sont séduites par ces vêtements inspirés des années 50.

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De quoi, peut-être, rabattre le caquet de notre très chère Elizabeth Badinter ?

Camille LAPOTRE

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