Rencontre afghano-française à Calais

Nous avions décidé d’y aller, juste pour voir, voir de nos propres yeux et être capable de discerner le vrai du faux. Nous sommes allés tout un week-end dans la « jungle » de Calais.

La journée, on explore la zone sud qui a entièrement brûlé la veille. Il n’y a plus rien si ce n’est des déchets, des vêtements et des vélos carbonisés. Deux bâtiments « résistent » au milieu des restes : l’école et l’église orthodoxe.

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L’église orthodoxe érythréenne. Crédits : Léa Gorius

L’école est magnifique : une salle de classe pour les adultes, une autre pour les enfants (fermée) et une aire de jeux faite de palettes de bois au milieu de la petite cour. Nous passons la tête à travers la porte de la salle de classe pour adultes. Plusieurs tables, des chaises. Autour : un prof pour un, deux, voire trois élèves. Des étagères remplies de livres de langue, des cahiers vierges et des stylos à disposition, c’est une vraie salle de classe qui se situe là, au milieu de la zone déserte.

On nous invite à rentrer. « Tu veux enseigner l’anglais ou le français ? » me lâche une des professeures ? Hésitante, je me retourne vers un homme qui est entré en même temps que nous dans la salle et je lui dis « What do you want to learn, English or French ? », « English please » me répond-il.

La salle est bondée. Il nous installe une table et deux chaises. On s’assoit et on commence à parler. Voici le récit de ma rencontre avec cet homme qui a traversé l’Europe avant d’atterrir dans cette salle de classe du nord de la France.

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Ecole des dunes. Crédits : Léa Gorius

Ad-Jami a 25 ans et est afghan. Il est grand, brun avec un jogging et un sweat-shirt bleu foncé. Il a un regard bienfaisant et me sourit chaque fois que je lui réponds.

Il est né dans une petite ville en Afghanistan, y a grandit et y a suivi des études. Ado, il emprunte la voiture de ses parents pour sortir avec ses amis le soir, il en rit et moi aussi. Puis, la guerre. Il fuit en camion, en train ou même à pied. Il traverse l’Europe pour aller au Danemark (« il fait vraiment très froid, n’y va pas ! » m’a-t-il conseillé), en Allemagne, en Italie puis en France. Il est arrivé par Marseille et n’a vu de Paris que la Gare Du Nord. Il parle très bien anglais, espagnol et, en plus de sa langue maternelle, connaît quelques mots d’italien.

Il est à Calais depuis quatre mois. Il veut aller en Angleterre, à Birmingham pour retrouver ses cousins et sa tante qui eux, sont nationalisés. Je lui demande ce qu’il fera une fois là-bas, il me répond, le sourire aux lèvres « I don ’t know… What would you do ? » (« je ne sais pas…que ferais-tu ? »), je lui souris, nous passons à autre chose.

Il me parle des conditions de sa vie dans le campement : le froid, l’électricité absente, la violence… celle des CRS ou des « fachos » comme ils les appellent qui, la nuit venue, tabassent les migrants. Plusieurs de ses amis sont déjà allés à l’hôpital pour des bras, des jambes ou des poignets cassés.

Nous parlons 1h30 sans interruption, sans aucun blanc, dans cette salle de classe bruyante où le français, l’arabe et l’anglais se mêlent. Il attend un appel d’une amie qui doit le rejoindre. Nous sortons. Une amie a entamé une partie de football avec un autre afghan dehors. Je les rejoins suivis par plusieurs élèves, les équipes se forment. On se fait des passes, on tombe, on marque, et on fête les buts ensemble… C’est quand même beau le sport…

Léa GORIUS

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