#FreeKesha : les dessous d’une affaire très médiatisée

Pas de maquillage. Un tailleur blanc immaculé. Des cheveux blonds platines lâchés négligemment sur les épaules. Une femme pleure de désespoir dans un tribunal de New-York ; rares sont ceux qui auraient reconnu Kesha sans la légende de cette photo qui a fait le tour de la Toile. Quel contraste avec la Kesha que nous avons l’habitude de voir, cette blonde pimpante, sur-maquillée, rayonnante, aux micro-tenues excentriques. Que lui est-il arrivé ? Nous revenons aujourd’hui pour vous sur cette affaire qui mêle tous les ingrédients du drame américain : pouvoir, notoriété, chantage, et sexe.

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Ke$ha, victime d’un producteur véreux et sans scrupule

En 2005, Kesha a 17 ans. Elève studieuse et passionnée par la Guerre Froide, elle souhaite aller à l’université. Elle n’en fera pourtant rien puisque la même année, un certain Dr Luke la convainc de s’installer à Los Angeles afin de tenter une carrière de chanteuse. Dr Luke, ce nom ne vous est sans doute pas inconnu ; il a déjà produit des stars comme Katy Perry, Avril Lavigne, ou encore Britney Spears, ces reines de la provoc’. Sans doute ne refuse-t-on pas une telle proposition lorsqu’on a des rêves plein la tête comme c’était le cas de Kesha.  Arrivée à Los Angeles, elle travaille en tant que serveuse, espérant derrière le comptoir que sa carrière finira par décoller malgré un Dr Luke qui la délaisse au profit des stars qu’il produit déjà avec succès.

Ce qui la fera connaître, c’est la chanson Right Round, un featuring avec Flo Rida. Mais  déjà les premiers signes d’une exploitation abusive auraient dû se faire sentir. En effet, elle ne touchera pas un centime pour cette collaboration musicale. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle décide de troquer le « S » de son prénom en « $ ».

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L’artiste Ke$ha, accompagnée de son producteur Dr Luke, avant le conflit

En 2009, Dr Luke fait enfin signer Ke$ha chez Sony. Elle enregistre alors Tik Tok, son premier tube qui se vendra à 15 millions d’exemplaires. C’est le début du succès et de la reconnaissance, mais aussi des problèmes. Et comme une prédiction, en 2010 elle chante dans Dancing with tears in my eyes, tirée de son premier album :

« Quand suis-je devenue une telle hypocrite ?
Une double vie, des mensonges où j’étais prise au piege
Crois moi, je paie pour ça
A chaque mouvement je meurs

Sur la piste
Je suis juste un zombie
Qui je suis, ce n’est pas qui je veux être
Je suis une grande tragédie
A chaque mouvement je meurs »

Et en 2013, celle qui se vante d’avoir vomi dans le dressing de Paris Hilton exprime pour la première fois sa frustration créative, puisqu’elle n’a aucun contrôle sur ses musiques. Chose évidente, elle n’est qu’un produit créé de toute pièce. L’objet du Dr Luke. Il a façonné une fêtarde, collectionneuse de garçons, revendiquant sa liberté d’action, son insolence et son inconséquence. Elle n’est qu’un personnage fictif. C’est du vu et revu ; une Avril Lavigne moins lisse, qui se laisse aller à des dérapages préparés.

La descente aux enfers d’une « figurine humaine »

L’année suivante, Kesha est hospitalisée. Elle souffre de troubles alimentaires. Ses proches, déjà, accusent Dr Luke d’être le responsable de la boulimie qui affecte la jeune artiste. D’après eux, il la qualifiait régulièrement de « putain de gros réfrigérateur » et lui avait ordonné de perdre du poids à peine le contrat signé. On est bien loin des strass et des paillettes, comme le disait Emma Daumas dans sa chanson « Figurine Humaine » en 2004 (excusez la référence, mais elle se prête tellement bien à la situation).

Et en 2014, Kesha créé la surprise : elle porte plainte contre Dr. Luke pour agression sexuelle, harcèlement sexuel et harcèlement moral. Il l’aurait droguée puis violée au moins à deux reprises. Dr Luke réagit, et porte plainte quant à lui pour diffamation et rupture de contrat. Malheureusement Dr Luke est le pot de fer, Kesha le pot de terre.

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Photo tweetée par Dr Luke et retrouvée par des twittos en quête de preuves. Il s’agit de Kesha, endormie.

Le procès

Ce que l’artiste demande au juge est simple : elle veut le droit de rompre son contrat, qui stipulait qu’elle devait encore sortir quatre albums avec Dr Luke, et ce afin de pouvoir travailler avec d’autres producteurs que son bourreau.

Scott Edelman, l’avocat de Sony, s’est exprimé à ce sujet le 25 février dernier :

« Sony a fait en sorte que Kesha puisse enregistrer sans risque de connexion, d’implication ou d’interaction avec Dr Luke de quelque manière que ce soit, mais Sony n’est pas en mesure de mettre un terme au contrat qui lie Kesha à Luke. La société Sony fait ce qu’elle peut pour soutenir son artiste dans ces circonstances mais elle n’a légalement pas le pouvoir de rompre un contrat qu’elle n’a pas signé. »

Car en effet, tout le problème est là : le contrat n’a pas été signé avec Sony directement, mais avec le label créé par Dr Luke. Lena Dunham résume la perversité de la situation dans sa newsletter féministe Lenny :

« Imaginez que quelqu’un vous ait sévèrement blessée, physiquement et émotionnellement. (…) Le juge dit que vous n’aurez plus à voir cette personne MAIS elle reste propriétaire de votre maison. Donc elle peut décider quand monter et baisser le chauffage, si elle va payer la facture de téléphone ou réparer le toit qui fuit. Après tout ce que vous avez enduré, vous sentez-vous en sécurité dans cette maison ? »

Ke$ha est donc la perdante de ce procès, et on ne peut finalement pas être en mesure de savoir si sa sécurité physique et morale et son intégrité seront préservés.

Une affaire qui enflamme à la fois les stars et les internautes

Les stars à soutenir Kesha sont nombreuses. D’abord Taylor Swift, qui a eu la bonté de faire un un don de 250 000 dollars à Kesha afin de l’aider à couvrir ses frais de justice, tandis que son producteur lui a proposé ses services. Quand on voit le succès de 1789, le dernier album de Taylor Swift, on ne peut que conseiller à Kesha d’accepter.

Mais c’est sur Twitter que l’affaire a le plus déchaîné les foules, avec le hashtag #FreeKesha. Environ trente célébrités l’ont donc soutenue sur le réseau social, comme Demi Lovato, Lorde, ou encore Miley Cirus.

Mais on retiendra surtout le soutien de Lady Gaga (elle-même victime de viol)  qu’elle a exprimé sur Instagram à travers une photo et un commentaire. On s’en souvient d’ailleurs, Lady Gaga a récemment écrit une chanson dénonçant le viol, Till it happens to you, à propos de laquelle la rédaction de Jollies Magazine avait réagi.

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Cette histoire n’est en résumé qu’un exemple supplémentaire de la misogynie qui peut régner dans les milieux de la musique, du cinéma ou même de la politique. Une femme talentueuse aurait-elle besoin d’un homme pour s’accomplir ? Bien sûr que non, mais c’est ce que certains semblent penser. Ils s’administrent alors les pleins pouvoirs sur celle qu’ils considèrent comme leur devant leur réussite. Ils pensent avoir tous les droits. Et lorsque cette femme ose parler, dénoncer ce phénomène, on la traite de menteuse (« Kesha mytho » sur les réseaux sociaux). On l’accuse de faire cela pour l’argent, ou pour se mettre en avant. Evidemment. Comme si c’était le seul moyen pour une femme de se mettre en avant. On vous rappelle quand même, à titre d’information, que c’est KESHA, l’artiste capable de déchainer les foules. Pas Dr Luke, dont la majorité d’entre nous ignorait l’existence avant cette affaire. A bon entendeur… #FreeKesha

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Camille LAPOTRE

 

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