Comment Donald Trump est-il devenu l’objet du cool ?

Le 16 juin 2015, Donald Trump a annoncé sa candidature aux élections présidentielles américaines de 2016 pour le parti Républicain. Depuis juin, les articles sur Trump fusent dans toutes sortes de journaux français et notamment dans les médias destinés à la génération de jeunes adultes, la génération Y (Les Inrockuptibles, Le Huffington Post ou encore Society). Ces articles ont contribué à construire une image d’un Donald Trump risible. Les jeunes ne sont pas dupes, ils savent que ses déclarations sont offensantes et ils n’adhèrent généralement pas aux idées « du Donald » et pourtant, ces derniers sont maintenant à l’affût de sa prochaine punchline ou du tweet assassin qui soulèvera Internet.

Comment un homme qui tient des propos racistes et sexistes peut-il faire rire autant voire être trouvé cool ?

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@CNN

Dès les premières minutes de son discours prononcé à la sobrement nommée Trump Tower le 16 juin 2015, il entreprenait la stratégie de la « petite phrase politique ». Cette petite phrase est concise et mémorable. Donald Trump en use à l’excès. « I’ll beat China all the time » (« Je battrai la Chine tout le temps ») ou encore « It’s gotta stop fast » (« Cela doit s’arrêter vite ») à propos de l’immigration de personnes venant de l’Amérique du Sud et du Moyen-Orient : ces phrases restent en tête mais le fond n’y est absolument pas. Comment ? Pourquoi ? sont des questions sur lesquelles il ne daigne pas s’étaler. Depuis son annonce de candidature, les sondages le mettent en tête du parti Républicain. Malgré toutes ses déclarations, les électeurs sont fidèles à Trump. Les derniers sondages lui accordaient entre 33% (NBC/The Wall Street Journal) et 40,6% des votes (Reuters-Ipsos) pour les primaires qui débuteront le 1er février prochain. Il a déclaré le 23 janvier lors de son discours en Iowa que s’il tirait sur quelqu’un sur la 5e avenue de New York, il ne perdrait aucun électeur (Le Parisien).

Donald Trump, petit nouveau ?

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@TheOdysseyonline

On pourrait penser que si la personnalité de Donald Trump plaît autant (dans une mesure différente aux Américains qui lui offrent leur vote qu’à la génération Y qui se moque gentiment de lui) c’est parce qu’il représente une nouvelle personnalité et que son caractère franc et direct surprend sous couvert de modernité. Pas du tout. Trump est « entré dans le game » il y a presque 30 ans. En 1987, Michael Dunbar (un militant du parti Républicain) fonde le mouvement « Draft Trump » (« Enrôler Trump »). Après avoir lu son best-seller The Art of the Deal (51 semaines dans la liste des best-sellers du New York Times), il veut voir Donald Trump succéder à Ronald Reagan pour la présidentielle de 1988. Ainsi, l’insertion politique de Trump n’est finalement pas une idée venant de lui. En 2015, il va conserver cette idée de successeur de Reagan en reprenant l’exact slogan de ce dernier de 1980 « Make America Great Again ».

Or, la plupart de ceux qui font partie de la génération Y n’avaient jamais entendu parler de lui avant le 16 juin. Cette génération nourrie aux mèmes (on observe un effet identique avec le président russe Vladimir Poutine) voit le visage de Donald Trump accompagné d’une blague ou d’une phrase ironique envahir les réseaux sociaux. C’est ainsi que l’image de Trump a été premièrement associée à une blague, une chose risible.

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@LatinTimes

D’où vient le cool ?

Seulement cette même génération trouve Trump tellement drôle qu’elle s’imagine qu’il veut volontairement faire rire et qu’il est donc « cool ». Qu’est-ce qui rend Donal Trump cool ? Cela tient en trois points :

  • Sa franchise : Même si ses propos sont offensants, racistes et sexistes. Après tout, certains humoristes jouent avec ces limites et font rire tout le monde.
  • Sa mégalomanie : En 1990, il inaugure humblement le Trump Taj Mahal. La marque Trump vendue au rez-de-chaussée de la Trump Tower est estimée par son propriétaire à 3 milliards de dollars. Quant à sa fortune personnelle, il l’estime à 10 milliards de dollars tandis qu’elle n’est estimée qu’à 4,5 milliards par Forbes. Et ceci ne sont que quelques exemples parmi tant d’autres, aussi réjouissant les uns que les autres.
  • Son estime de lui-même : Le 11 septembre 2015, il répondait à Jimmy Fallon « I’m always ready » (« Je suis toujours prêt ») à propos du débat républicain à venir. « I am well acquainted with winning » (« Je suis habitué à gagner ») a-t-il dit à la Conservative Political Action Conference en 2011 (USAToday) ou encore « I will be the greatest job producing president that God ever created » (« Je serai le meilleur président en matière de création d’emplois que Dieu n’ait jamais créé ») dit-il dans l’une des vidéos de sa chaîne Youtube. Tant d’annonces qui ne font qu’accroitre son ego.

Donald Trump est rendu cool par ceux qui ne partagent pas ses idées. L’interview avec Jimmy Fallon dans lequel il est ridiculisé (« I call you back after I comb my hair in three hours » : « Je te rappelle après avoir peigné mes cheveux, dans trois heures ») est l’une des interviews où il est le plus drôle car il fait preuve d’une très grande autodérision.

Tout ceci amène à réaliser que cet homme n’est finalement qu’une caricature de lui-même voire même des Etats-Unis. Il rassemble les pires stéréotypes des Américains : les cheveux d’un faux blond californien, la casquette de baseball souvent clouée sur ceux-ci, le goût prononcé pour l’argent et l’amour pour les armes. Le seul concept américain qui lui fait défaut est l’idée du « self-made man ». Non, Donald Trump n’est pas un self-made man. Il est le fils du millionnaire Fred Trump (qui en l’occurence en est un). Quel dommage, cela aurait pu participer à le rendre plus supportable… Quoique.

Les avis diffèrent

Depuis qu’il a déclaré qu’il souhaitait un « total and complete shutdown of borders for muslims » (« la fermeture totale et complète des frontières pour les musulmans ») le 7 décembre après la fusillade de San Bernardino (The Guardian), certains pays condamnent fermement ses propos. En effet, il est devenu persona non grata au Canada à la demande du Premier ministre Justin Trudeau le 3 janvier 2016 et une pétition qui visait à interdire le candidat républicain de séjour au Royaume-uni a réunit plus de 576 000 signatures. Cependant, le gouvernement britannique n’a pas voulu rendre cette proposition effective bien qu’il condamne ses propos.

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@Syracuse

Donald Trump serait-il aussi cool s’il devenait le Président des Etats-Unis ?

La gentille blague qu’il représente aujourd’hui prendrait très certainement un goût bien plus amer s’il était élu au poste suprême. En effet, ses déclarations éberluées sur l’immigrationI will build a great great wall on our southern border and I will have Mexico pay for that wall» : « Je construirai un très grand mur à la frontière sud et je ferai payer le Mexique pour ce mur »), les musulmans (cf. plus haut dans cet article) ou encore sur le réchauffement climatique (il a tweeté le 6 novembre 2012 « the concept of global warming by and for the Chinese » : « Le concept de réchauffement climatique a été créé par et pour les Chinois ») seraient alors potentiellement réalisables (d’autant plus que le Congrès a une majorité républicaine). La génération Y voit Trump comme un blague plutôt qu’une réelle menace à la démocratie. Espérons qu’ils soient les plus clairvoyants. Les premiers éléments de réponse apparaitront notamment le 1er mars 2016 avec le Super Tuesday, jour où le plus de primaires auront lieu aux Etats-Unis.

Pauline THURIER

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