Marine Le Pen, une féministe… quand elle le souhaite

Marine Le Pen a la mémoire courte. Après des années d’idées résolument anti-féministes, la présidente du Front National a pris la plume dans L’Opinion pour dénoncer les milliers d’agressions sexuelles commises par des migrants, le soir de la Saint-Sylvestre à Cologne. Ironique de la voir utiliser Simone de Beauvoir comme modèle, alors que le FN rejette catégoriquement plusieurs de ses valeurs féministes.

Le féminisme, c’est quoi ? Il est temps de se le mettre en tête une fois pour toutes : le féminisme, ce n’est pas la lutte pour la supériorité des femmes sur les hommes, ou le contraire. Le féminisme, c’est vouloir l’équité pure et simple des hommes et des femmes. C’est l’égalité des gens, c’est l’égalité des genres.

 

Le féminisme, très bien expliqué par les compères de Bloqués… et avec humour !

Est-ce que le Front National peut se targuer d’être féministe ? A première vue, la réponse est évidente. Bien sûr que non. Pourtant, Marine Le Pen n’a pas hésité à défendre le statut des femmes dans sa tribune publiée dans L’Opinion, le 13 janvier 2016. Elle y condamne les agressions sexuelles commises par des migrants le 31 décembre à Cologne, en Allemagne. Geste compréhensible, si on oublie que la présidente du Front National instrumentalise ces événements pour critiquer en réalité la crise migratoire. Se découvrant une soudaine passion pour le féminisme, Marine Le Pen « repense à ces paroles de Simone de Beauvoir : « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question », et [elle] a peur que la crise migratoire signe le début de la fin des droits des femmes. »

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Le FN… et l’avortement

Pourtant, le Front National n’est pas spécialement connu pour sa défense des droits des femmes. Il y a peu encore, la nièce de la présidente du parti, Marion Maréchal-Le Pen, s’engageait à supprimer les subventions aux « associations politisées, dont les plannings familiaux (…) des associations politisées, qui véhiculent une banalisation aujourd’hui de l’avortement. » Une décision brutale que plusieurs militants FN tentaient de nuancer, mais qui restait toujours purement et simplement inacceptable. Plusieurs qualifiaient ainsi l’interruption volontaire de grossesse (IVG) de « sujet que l’on prend trop à la légère (…), dont certaines femmes abusent. » Marion Maréchal-Le Pen avait même comparé l’avortement à… l’achat d’un micro-ondes.

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Si Marine Le Pen avait tenté de calmer le jeu, elle avait elle-même parlé en 2012 de « multiplication des avortements de confort », qu’elle pourrait dérembourser en cas de besoins budgétaires. Élue au Parlement Européen, elle s’était aussi prononcée contre l’article 45 du rapport Tarabella, qui affirme que les femmes « doivent avoir le contrôle de leur santé et de leurs droits sexuels et reproductifs », notamment « grâce à un accès aisé à la contraception et à l’avortement. »

Pourtant, la présidente du Front National a plusieurs fois assuré qu’elle-même était « pour la contraception libre et l’IVG. » La co-fondatrice de l’association Osez le féminisme !, Caroline de Haas, rit jaune à cette idée. Elle explique clairement que se déclarer féministe et remettre en cause l’avortement n’est pas possible. « L’IVG est une condition sine qua non à la liberté des femmes. Imaginez qu’on ne puisse plus avorter, cela aura des répercussions sur notre vie professionnelle et familiale. »

 

LOGO OLF
Logo de l’association d’intérêt général Osez le féminisme !

Le FN… et le travail des femmes

Le Front National s’est aussi fait beaucoup remarquer par les propos du député européen Dominique Martin, qui prône « le droit des femmes à rester chez elles » pour libérer des postes. Car oui, plus de femmes au foyer, c’est « de l’emploi libéré », mais c’est aussi « la sécurité dans nos rues parce que [les enfants] ne traîneraient pas dans nos rues et ne seraient pas soumis à la drogue ». Selon le Front National, les femmes ont donc pour seul but de rester à la maison s’occuper des enfants, pour permettre aux hommes de travailler. Élever ses enfants et travailler seraient donc complètement incompatibles. C’est l’occasion de se demander comment Marine Le Pen, mère de trois enfants et aujourd’hui divorcée, a fait pour assumer au même moment son rôle politique et son rôle de mère…

Toujours dans cette perspective de défense de la « femme au foyer », le Front National souhaite d’ailleurs créer un « salaire parental » ou « salaire maternel » de 80 % du SMIC (environ 910 euros) pour les « femmes qui font le choix d’élever leurs enfants. » Caroline de Haas s’insurge de cette idée, qui mènerait au « retour des femmes au foyer et le développement d’une politique nataliste. En cas de crise économique, les hommes vont garder leur travail et les femmes vont rester à la maison car leur salaire restera un salaire d’appoint. » Pour voir la courbe du chômage s’inverser en « libérant de l’emploi », le Front National est donc prêt à tout… y compris à limiter le droit des femmes à travailler.

Le FN… et la parité

La parité est également un sujet qui fâche. Selon le droit des femmes revendiqué par les féministes, il serait logique qu’il y ait autant d’hommes que de femmes, au travail comme dans la sphère politique. Pourtant, Marine Le Pen avait été très claire sur France 2 en 2012, déclarant que « la parité est contraire à la méritocratie républicaine. » Les femmes mériteraient donc leur sous-représentation. Sur son site internet, le Front National indique qu’ « un peu partout, se sont mises en place des politiques comme la parité (…) dont les premières victimes sont les hommes blancs hétérosexuels (…). Ceux qui sont censés en bénéficier se trouvent aussi lésés, car ils sont toujours soupçonnés d’être là où ils sont par la grâce d’une discrimination. » Marine Le Pen souhaite interdire ces dispositions qu’elle juge « sexistes ». Est-ce réellement sexiste de vouloir la parité ? Ou est-ce juste un droit qui paraît évident ?

Le FN… et le féminisme, alors ?

Alors non, Marine Le Pen n’est pas féministe. Un(e) féministe ne parle pas d’« IVG de confort ». Un(e) féministe ne remet pas en cause le droit à l’avortement. Un(e) féministe ne relègue pas la femme au rang de simple «mère au foyer » (même s’il n’y a aucune honte à l’être), ne refuse pas la parité, ne supprime pas les subventions du planning familial. Après les événements de Cologne, Marine Le Pen a cru pouvoir récupérer les voix des femmes. Elle oublie simplement que son parti refuse bien trop leurs droits.

Cassie GODIN

Une réflexion sur “Marine Le Pen, une féministe… quand elle le souhaite

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