IRA, braquage et FBI : l’histoire vraie de Sam Millar

On the Brinks est l’histoire singulière de Sam Millar, ancien activiste au sein de l’IRA (ndlr : Irish Republican Army), immigré clandestin dirigeant des casinos illégaux à New York, braqueur du dépôt de la Brink’s en 1993 et écrivain de romans policiers.

On the Brinks, c’est son récit, celui d’une vie hors-norme. Sam Millar décide de rejoindre les rangs de l’IRA à 14 ans, après avoir été témoin du Bloody Sunday, ce jour de janvier 1972 pendant lequel 14 manifestants ont été abattus par l’armée britannique. À 17 ans, il est emprisonné dans la prison de Long Kesh, en tant que prisonnier de droit commun, bien qu’il ait été arrêté et condamné pour son appartenance à l’IRA. Il  subira dans le « Bloc H » les pires tortures, physiques et morales. C’est l’endroit où les « Blanket Men » – les activistes de l’IRA qui refusaient de porter l’uniforme habituel et revendiquaient leur statut de prisonnier politique – étaient isolés du reste du monde. Leur cellule, dont les murs furent recouverts d’excréments, ne comptait qu’un matelas, les prisonniers passèrent la majeure partie de leur peine vêtus de simples couvertures, ils n’avaient pas le droit aux livres, à la radio, au tabac… Le cardinal Thomas O’Fiaich, qui visita la prison, déclara qu’on n’élèverait pas même des animaux dans des conditions pareilles. Les plaies de cet épisode de l’Histoire, encore très récente, sont toujours grandes ouvertes.

Source : https://www.flickr.com/photos/73512981@N00/galleries/72157624834877608/#photo_1396394596
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En lisant le récit de Millar, on n’arrive toujours pas à réaliser, on tremble d’horreur, aucun lecteur lambda ne pourra vraiment comprendre. Mais Millar arrive pourtant à nous faire sourire, il dépeint certains épisodes avec une certaine trivialité, de l’humour, de l’autodérision. Bien que l’on ne puisse pas vraiment comprendre, on ne peut qu’admirer cet homme, qui relate son passé avec un tel détachement.

Puis arrive sa libération, il s’envole pour les États-Unis et s’installe à New York, en tant qu’immigré clandestin, son visa lui ayant été refusé à cause de son passé en Irlande du Nord. Il travaille dans des casinos clandestins, il vit une vie plutôt calme, bien que souterraine. Puis, l’un de ses amis policier lui parle de la Brink’s, l’entrepôt dans lequel il travaille. L’idée de le braquer démange Millar, c’est une sorte de défi pour lui, la sécurité étant si laxiste, cela paraît vraiment facile. Plusieurs années de préparation et une tentative avortée plus tard, il tente le coup. Et réussit. Sa vie bascule de travailleur tout à fait clandestin à braqueur en cavale. Mais il reste à New-York, comme invisible pour le FBI. Il ouvre un magasin de bandes dessinées dans le Queens. Il mène une vie tout à fait normale. Mais le FBI se rapproche.

Source : http://www.seuil.com/livre-9782021077377.htm
Source : http://www.seuil.com/livre-9782021077377.htm

On the Brinks est en deux partie, l’une est une traque depuis l’intérieur, les gardiens anglais cherchant à briser les prisonniers nord-irlandais, les rendre fous, les faire craquer, les vider de leur âme. La deuxième partie est une traque à ciel ouvert, en plein New York, au moment du 11 Septembre, un jeu de piste pour le FBI. Puis arrive le procès, Millar a déjà passé deux ans dans des prisons américaines, baladé d’une prison à l’autre, pour lui faire avouer son braquage. Les parties civiles mènent une enquête acharnée, ne voulant manquer aucun détail, amassant des montagnes de preuves, de témoignages d’agents spéciaux pour faire condamner les braqueurs présumés, dont Millar et un ami prêtre irlandais. Les avocats de la défense fournissent aussi un travail acharné, voulant tenter l’impossible : faire abandonner les charges qui pèsent contre leurs clients malgré les preuves accablantes.

On ne peut lire ce roman que d’une traite. Il vous hante lorsque vous le reposez et continue de vous suivre une fois que vous l’avez fini. Millar n’apparaît pas comme un criminel banal, il n’apparaît même pas comme un criminel. On ne peut qu’admirer son entêtement, sa détermination et surtout son style dur, froid, qui vous glace, mêlé à un humour noir, satirique. Millar vous hypnotise par ce puissant récit. « Si c’était une fiction, ce serait un excellent thriller » souligne le Rolling Stone magazine, mais c’est une histoire vraie et ça se voit.

J.C.

image en une : @tempsreel.nouvelobs

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